ÉDOUARD, CELESTE
Édouard , à part. S’il pouvait ne pas rc- ▼enir.
céleste , qui n *a rien écouté.
Et mon amc s'allume au flambeau du génie.
Oh! comme cela, c’est mieux. . . c’est beaucoup mieux .. .
Au flambeau du génie.
( A Édouard. ) Et vous croyez qu’il y a de l’effet?
Édouard. Immensément. . . Il ne faudroit donc pas avoir un cœur d’Iionmie, pour ne pas se récrier d'adiuiration à de si beaux vers, sortant d'une bouche si belle ! 11 y a dans tout cela uuc arnede feu. . •On sent que le génie de Corinne y a passé.
céleste. V rai !... 11 me semble que vous me llattcz... Mais c'est égal, cela me fait plaisir... Et vous, mousieur Edouard, avez-vous vaiucu celte paresse qui ne vous laisse rien terminer?... avez-vous achevé celle épître , que j’admire aussi... de confiance ?
Édouard. Oui ; mais je n’en suis pas content Il y manque de l’inspiration. . .
Une épître d’amour à uncjSaplio. . . un être idéal. . . uuc femme qu’on ne connaît pas. . . qu'ou n’a jamais vue. . . comment voulez-vous que cela vous monte l'imagination?... Ah! pour Lien peindre l’amour il faut aimer.
céleste. Oui , vous avez raison : je n’ai jamais été mieux inspirée qu’avant mon mariage.
Édouard. El maintenant , vous chantez Napoléon et sa gloire?
céleste. Oui, c’est l’admiration : cela dure plus long-tems que l'amour.
Édouard. Mais ça ne le vaut pas...
Vous avez 'raison... Comme l’on doit se sentir en verve , lorsqu’on peut se dire :
ces vers, qui me parlent du cœur, tout brûlans de poésie et d'amour, ne sont pas de vaines phrases , des jeux d’esprit que l’on jette à la tête de quelques indiltérens... ils s’adressent h un cœur qui les comprendra! . Oui, là, dans cette foule... il y a une femme... un ange qui partage tous les scnlimcns que j’exprime si bien... C’est pour elle que j'écris. . . c’est elle qui m’inspire — Et comment n'aurais-jc pas du génie?. . . lorsque je sais qu'au milieu des applaudissemcns que je u'enteudrai pas, ma plus douce récompense sera dans son sourire enivrant , dans ses yeux mouillés de larmes!... Ab! voilà du bonheur:
c’est mieux que de la gloire.
céleste. Quelle chaleur!. ..quelle (lamine brille dans vos yeux ! C’est de l'enthousiasme lyrique : je vous garantis que vous êtes poète.
Édouard. Ob ! je le crois... surtout si vous étiez nia musc... si vous étiez pour moi cette femme dojlil je parlais tout à l’heure... celte femme dont les regards si doux. ..
céleste, arec émotion. Assez, monsieur, assez.
Édouard. Oh! alors, inspiré par vous, comme je le suis en ce moment... que ne ferais-je pas pour vous plaire?
céleste. Pour me plaire... Eh bien! en ce cas, terminez donc votre épître... j’y compte pour ce soir.
Édouard. Sans doute; mais, avant. de vous quitter...
rôitcET, en ikhors. Venez par ici.
céleste. On vient nous interrompre . . .
( Montrant la /jolie à gauche.) Passez là , dans mon cabinet. 11 me semble que vous voilà en verve, et qu'il n'y a plus qu’à écrire.
édouard.C’csI ce que je vais faire... {J part. ) Mais en prose. . . une bonne déclaration. . . i) faut en finir. . . {Haut.) M<damc. . . (Il lui taise la main. A part.) St crois que le moment est venu.
Il entre élans U cabinet à gauJ'e. )
céleste, seule. Pauvre jeune homi«g'->* quelle émotion! Je sens quelle m'a gapuic.