‹ Le mari de la dame de chursChapitre 46 sur 60 · SCENE XX · texte numérisé non relu

SCENE XX

NINETTE, MOQUET.

MNETTE. Qu'y a-t il donc ?

MOQUET. Chut ! silence ! ( d'un air de mystère et avec hauteur.) il vous faisait la cour?

MNETTE. Qui ?

MOQUET, vivement. Le vieux, l'exhumé!

MNETTE. M. Verdières ?

MOQUET. Oui.

M>ETTE. C'est vrai

MOQUET, riant, d'un air de mépris. Je vous demande un peu ! une cariatide couverte de flanelle!., ma parole ! il n'y a plus de vieillards que dans les établissemetis ad hoc.

MNETTE. Mais encore une fois...

MOQUET, écoutant. Ecoutez !.. Il part... il court après l.ololte que j'ai fait enlever.

NINETTE, effrayée. Ma mère' enlevée.'

MOQUET, vivement. A la bayonnette.

MNETTE. Comment cela?

MOQUET. J'ai fait remettre votre poulet... et puis j'ai dit à Lololte que nous partions... quand ime fois elle a été montée dans la voiture , avec les mânes de Florette sous son bras... fouette cocher!., en route, la terpsichore du Tribimat !

* Verdières, Moqu«C.

MAGASIN THEATRAL

XETTE , très-émue. Maman abandonainsi au milieu d'une route !..

MOQUET. Elle roule, laissons-la rouler!., qu'elle aille ouvrir des loges à ^^Mascaia, à TénérifFe ; ( d^un air brutal. ) je fais des vœux pour son bonheur.

NINETTE. Mais c'est indigne I

MOQUET, d'un ton calme et imposant. Et maintenant, que nous voilà dans une position solennelle. .

NINETTE, le regardant avec crainte. Grand Di eu 1

MOQUET. Madame ! regardez-moi en fa- :e... Où en sommes-nous ?

MIVETTE. Comment? où nous en som- ,nes?

MOQUET, avec une émotion croissante Doisje considérer la ville d'Amiens.. . conune le chef-lieu... de mon infortune?., répondez-moi .

NINETTE, tremblante. Que veux-tu dire ?

(Elle s'éloigne avec crainte.)

MOQUET , s'éloignant aussi. Dois-je dérouler ma honte... au Palais-de-Justice ?

NINETTE. Nous séparer ?

MOQUET, pleurant. Suis-je ?

NINETTE. Malheureux!

MOQUET. Achève!

MNETTE. Tu en doutes! tu croirais ta femme capable...

MOQUET, faisant un pas en avant. Eh bien I non... jamais !

NINETTE , le regardant avec tendresse.

Léon;

MOQUET, de même. Ninette !

NINETTE, de même. Mon mari !

MOQUET, de même. Ma femme!-, ah!

(^Ils se jettent dans les bras l'un de l'autre, et restent un instant dans cette position, lorsque Moquet dit avec un accent de bonheur.) Tu me jettes du baume! (Puis d'un ton sec et accentué.) Sacristi I je suis flatté de çà ! MNETTE, afec douceur. Ingrat !

MOQUET, attendri, et d'un air caressant. Tu l'aimes donc toujours, ton pauvre petit fabricant de maillots ? Veux-tu que je te dise le mot ? il t'en sait gré.

(On entend la clarinette.)

NINETTE, à part. O ciel ! encore I

MOQUET, at>ec j'oie. Ah ! tu ne sais pas? C'est lui ! notre voisin!., mon ami... cette bonne et précieuse clarinette!

NINETTE. Adolphe?

MOQUET. Oui, Adolphe!., je viens de le voir... il descendait de voiture... il quitte l'Opéra, la France... il va en Angleterre.. partoiiS avec lui pour Londres.

NINETTE , avec un mouvement de j'oie qiielle réprime aussitôt. Pour Londres!

(D'un ton résigné.) Oh ! non, pour Paris... loin de lui, bien loin de lui.

TiOQVET, frappé de surprise. Ah bail !.. ail bah I la clarinette aussi !

NINETTE. Ne m'interroge pas.

MOQUET, à part. Je tombe des Grandes- Indes I

NiXETTE. Ne m'interroge pas... et croismoi î

MOQUET, prenant son parti d'un air résolu. Eh bien ! oui, oui,., je te crois. {^Avec exaltation.) Voilà un aveu qui... Je suis sûr de toi... Je ne crains plus personne... partons !

ENSEMBLE, chacun d'un côté de la scène.

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