SCÈNE V
LADY SARAH, seule; ensuite GEORGES.
LADY SARAli.
Qu’avez-vous, Milord ? vous semblez distrait, préoccupé...
LE DUC
Préoccupé... oui, je le suis en effet...
LADY SARAH
Les affaires de l'état... ma présence est importuue ?..
LE DUC , la retenant Vous ne le pensez pas...
LADY SARAH
Celte galanterie affectée... celle prétendue jalousie... pourquoi m’interrogeait-il? Les bruits répandus à la cour... Prenez garde, Duc, moi aussi je suis jalouse...
GEORGES, entrant précipitamment, uns voir lady Sarah.
Non . subisse qui voudra les ennuis de la représentation , moi. je m'affranchis d'une con- «^trainte insupportable... Et pourtant, je dok
LADY SA BAH
avouer que jamais femme ne fut plus (ligne des « hommages de tout un peuple.
LADY SARAn, a part.
Que s'est-il donc passé ?
GEORGES
Moi-même, je contemplais sa beauté, je partageais les transports qui éclataient sur son passage... c'était de l'admiration, de l’enthousiasme, du délire, et comme toute cette foule j'eusse crié : Vive la Reine! si quelqu’un se fût trouvé la pour crier. Vive le Roi !..
LADY SARAH , à part.
11 ne me voit pas... j'aurais cependant bien voulu lui dire...
Georges, l’apercevant.
Lady Sarah !..
LADY SARAH
Prince.
GEORGES
Ah! que j’ai bien fait de quitter la cour, et que je suis heureux de vous rencontrer ici.
LADY SARAn.
Mais , Prince, on doit s’étonner de votre absence... la Reine...
GEORGES
La Reine, entonréc de son penple,de ses courtisans , ne peut m’envier un bonheur que j’eusse payé de ma vie...
LADY SARAH
Eli ! quoi , vous croyez encore...
GEORGES
Oh ! n'espérez pas tous dérober à ma reconnaissance... je vous ai reconnue, vous dis-je, et pourtant , je ne vous cherchais plus ici-bas.
A<« : Vâudrf >!!• de Pi «fille il Taconoet.
Ange gardien, ange mystérieux.
Long-temps mon cœur a chanté vos louanges,
Je vous croyais, dans le secret des dieux.
Je vous croyais au ciel , où se trouvent les anges.
Oui , J’élevais mes regards vers les cieux ;
Pour voua adresser ma prière.
Et c’est en rebaissant les yeux ,
Qu’enOn je vous vis sur la terre, (bis.)
LADY SARAn.
Non, Prince, ce n'était pas moi que vous cherchiez à Londres; mais ne craignez-vous pas, pardonnez si j’ose m exprimer ainsi... ne craignez-vous pas qu’on ne remarque à la cour cette froideur, cette indifférence que vous affectiez tout à l’heure auprès de la Reine , qui vous aime.
GEORGES
Qui m’aime, oh ! sans doute; ne suis-je pas compris dans les 20 millions d’habitans composant ses deux royaumes d’Angleterre et d’Écosse, et son noble cœur, son cœur de reine , n’est-il pas sans cesse occupé du bonheur de tous ses sujets ?.. Pardonnez-moi , Miss, si je ne sens pas encore tout le prix d’un tel amour.
LADY SARAH
Oh ! arrêtez... Si comme reine, Anne doit veiller au bonheur de tous, croyez-moi, comme épouse, tout son amour est au seul homme qui jamais ait fait battre son cœur...
GEORGES
Et cct homme, Miss? <
C'est vous !
GEORGES, avec étonnement.
Moi!
LADY SARAH
Pouvez-vous en douter; par qui furent payés les deux millions que vous deviez à Londres ?
GEORGES
Mois par vous, dont le nom fut prononcé devant moi, par ceux-là même, qui m'apportaient la liberté...
LADY SARAH
liiiTYtlii.
Moi, dites-vous, quelle erreur est la vôtre,
Moi qui venais de qui lier mon couvent.
Je ne pouvais qu’agir au nom d’une autre.
Réfléchissez... j’étais presqu’un enfant,..
El cependant sensible a votre peine,
Oui, ce fut moi, mol, qui vins vous trouver.
Mais pour obéir à la Reine,
Qui m’avait dit... tâche de le sauver...
Oui, pour obéir à la Reine,
A tout prix je dus vous sauver.
GEORGES
Eh quoi , ce serait-elle ?
LADY SARAH
Et ce duel que vous deviez avoir avec ce capitaine anglais, le plus célèbre duelliste de la Grande-Bretagne; croyez-vous, là, franchement, que votre adversaire sc fût embarqué dans la nuit, cdt manqué à votre rendez-vous, à toutes les lois de l'honneur, sans un ordre bien puissant; et cet ordre, qui pouvait le donner, si ce n’est le lord amiral , l'oncle de la reine ? Et vous prétendez qu'elle ne vous aime pas... ah! Prince, vous êtes injuste...
GEORGES
Oui, sans doute, voilà des bienfaits... mais depuis...
LADY SARAH
Ab! vous pouvez me croire, moi, la confidente de tous ses secrets, moi, qui t'accompagnais dans les réunions où nous savions bien vous rencontrer, moi, chargée par elle des bienfaits à répandre sur vous...
GEORGES, à paru
Oui , j’ai besoin de la croire , et dans ma surprise... dans ma joie...