‹ Le mari de ma filleChapitre 13 sur 19 · THÉVENOT, JENNY · texte numérisé non relu

THÉVENOT, JENNY

THÉVENOT

Qu'y-a-t-il donc, Jenny ?... que s'est il passé? Au nom du ciel, expliquez vous!

JENNY

Monsieur, jusqu'à cette heure, j'ai eu. en vous la plus entière confiance ; tout ce que vous m'avez dit, je l'ai cru... tout l'argent que vous m'avez apporté, je l'ai reçu... il était à moi, puisqu'il appartenait à mon père, disiez-vous?... eh bien! cet argent, que je remerciais la Providence de m'envoyer par vos mains, à qui appartenait-il?

THÉVENOT, troublé.

Comment?

JENNY

Je n'y avais aucun droit, aucun !... pas plus sans doute que sur les cinq cents francs de ce M. de Sommerville.

THÉVENOT

Oh! je proteste...

JENNY

Arrêtez, monsieur... vous oubliez que votre gendre est créancier de cette faillite.

THÉVENOT, à part.

Oh! maudit gendre!

C'était donc vrai?... et toutes les sommes que vous m'avez données...

THÉVENOT

Non, Jenny, non, pas toutes.

JENNY

Si, monsieur, toutesl... et moi, j'ai vécu de vos bienfaits!... Ah! je tremble de jeter un regard en arrière... de penser aux soupçons odieux qui sans doute me poursuivent.

Air : Un matelot.

La pauvreté' n'a rien qui soit infâme.

Sans de'shonneur on peut-être indigent ; Mais on ue peut, lorsqu'on est femme , IJcs mains d'un homme acceptcrde l'argent I Que m'importait la misère soufferte ?

IS'avais-je pas pour moi le seul vrai Lien ? Mais cet argent a consomme' ma perte; L'Iionneur ôlé, je n'ai plus rien !

THÉVENOT

Jenny, Jenny, qui oserait vous accuser?

JENNY

Et qui oserait me défendre?... quels titres avais-je à tant de générosité, moi, pauvre orpheline que vous ne connaissiez pas?... moi, envers qui vous n'aviez aucun devoir a remplir, aucun tort à réparer?

THÉVENOT

Qu'en savez-vous ?

JENNY

Qu'entends-je?... quisuis-je donc?... Qui êtesvous vous-même?... Pourquoi une étrangère recevrait-elle le bien de vos cnfan.s?... Oh! parlez donc, monsieur, parlez, je vous en conjure!... vous, que j'aimais tant, j'ai besoin de vous estimer toujours.

THÉVENOT

Eh bien! oui, il faut parler!... Jenny, si j'avai.s causé tous vos malheurs?... s'il était vrai (|ue sans moi votre père vivraitcncoreî...

JENNV.

Grand Dieu !

THEVENOT

Air : Soldat français, etc.

QuanJ le niallicur, qui vint vous accabler, A mes regards vous offrit sans ressource,

Des pleurs rjue j'avais fait couler !N'avais-jc pas droit de tarir la source ?

Mais c'était peu de soulager

Vos chagrins et votre misère ; Oui, je devais avec vous partager ; Comment, lic'las! jamais dédommager

L'enlant qu'on a privé d'un père?

JENNY

Oh ! mais.. . je ne comprends pas !

TnÉVENOT.

Écoutez-moi!... Votre père était commerçant; je ne le connaissais pas... je ne l'ai jamais vu... pourtant des relations d'affaires existaient entre nos deux maisons. Contraint de faire un voyage en Angleterre, je donne ma procuration à un homme d'une probité rigide... mais impitoyable... De malheureuses spéculations mettent le désordre dans la maison de M. Mallard : je me trouvais son créancier pour une somme assez forte... on le poursuit... il demande du temps... on refuse... L'idée de sa ruine, la perspective d'une faillite inévitable lui jettent le désespoir au cœur... Il ne peut pas survivre à ce qu'il regarde comme son déshonneur, et...

JENNY, avec désespoir.

Il se tue!...

THÉVBNOT.

Peu de jours après cette horrible catastrophe, je reviens! j'apprends que c'est en mon nom qu'on a consommé la ruine d'un honnête commerçant; que c'est en mon nom qu'on a poussé un père de famille au suicide!... 11 n'était plus en mon pouvoir de rien empêcher... je ne pouvais que réparer!... Jenny, vous savez tout maintenant... Repousserez-vous maintenant mon expiation, et maudirez-vous encore mes bienfaits?

JENNY

Oh ! vous êtes le meilleur et le plus noble des hommes î ce que je ressens là, pour vous, je ne puis l'exprimer.

THÉVENOT

Yoas me pardonnez votre malheur?

JKNNY.

Toute ma vie sera consacrée à vous bénir.

TBÉVENOT.

Et vous accepterez?

JENNY

Rien... que votre amitié !... et c'est pour en être digne que je refuse tout le reste!... Ah 1 m'éloigner de cette maison, où j'avais contracté la douce habitude de vous voir chaque jour, où je trouvais la bonté qui console, l'esprit qui éclaire, la raison qui conseille et dirige, ce sera un bien cruel sacrifice... mais il le faut!

ÏIIÉVKNOr.

Jamais, Jotiny !

JENNY

Mon devoir est tracé, monsieur!... vous avez cru faire le vôtre en me trompant, en me comblant de bienfaits dont j'ignorais la source... et peut-être les fâcheuses impressions qu'ils ont fait naître rejailliront-elles sur toute ma vie?... Je ne vous accuse pas... je vous respecte et vous chéris .. mais je ne dois plus rien attendre désormais que de mon travail et de mon courage.

THÉVENOT

Jenny... je ne souffrirai pas...

JENNY, lui tendant lu main.

Air : de VÂngélus.

Adieu !... Je vais fuir ce séjour:

Croyez à ma reconnaissance .' Pourtant de vous revoir un jour Je veux emporter l'espe'rance ; Seule elle adoucit ma souffrance !

Slais plus d'argent, plus de Lieufalls ! Au sort que le ciel me destine Sans murmurer je me soumets ; Ce n'est qu'un ami désormais Qui visitera l'orplieline.

Elle sort par le fond.

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