LK MARIAGE A L'AROG'KBIJSE
d'esbès.
Merci. Je propose immédiatement la .séparation de corps.
CHAVAGNAC
Fi donc! je tiens à mon mariage à présent. Je m’y entête.
FOÜRQUEVAÜX.
Messieurs, rêvons nous? sommes-nous éveillés? J’ai peine à m’en rendre compte.
CHAVAGNAC
Vous êtes bien éveillés, vive Dieu 1 et moi aussi !... et elle aussi ! Ah I vous avez peut-être cru me donner une de ces femmes indécises, craintives, une de ces poupées sans ressort, de ces épouses passives et résignées dont les feux brillent ou s’éteignent à discrétion, automates à peine animés, sans volonté, sans haine et .sans amour!. ..Non pas, messieurs 1 ma femme est une femme vivante, une vraie femme qui se redresse, bondit, attaque, et, loin de se laisser forcer dans ses positions, s’élance bravement sur l’ennemi et le contraint à se retirer en désordre. Ma femme, messieurs, porte fièrement la tête, comme il convient à un militaire (|ui a fait ses preuves. Elle a le bras prompt, le regard assuré, le cœur haut. Ma femme a servi dans l’artillerie : elle était au siège de Valenciennes, messieurs ! !
ARTIGNAN.
Hein? c’est un officier retraité?
CHAVAGNAC
Ce serait un colonel, si elle n’avait trop tôt renoncé à la carrière des armes.
d’esrês.
Messieurs, le bonheur a porté à la tête de Chavagnac; il extra vague.
FOURQUEVAUX
Je crois plutôt que le malheur l’aigrit, qu’il y a sédition dans le ménage, révolte à main armée, révolution domestique, mais je me charge de l’apaiser.
ARTIGNAN.
De quelle façon ?
SCEISE XV
KOUByUEVAL'X.
üélicalemeat, par le-< vieux moyens de la clievalerie conjugale. Je vais metlre sous clef celle femme guerrière.
OHAVAGNAC.
Permeltez...
EOUBQt’EVAUX.
Cela ne te regarde pas. Le premier Jour elle fera tapage. Ce sera le jour des cris et des fortes épithètes.
MOULINAS.
L’infâme 1
LARTIGUES
L’assassin !
FOUBQUBVAUX.
Le second jour, elle fera des réflexions. Ce sera le jour des larmes et des injures convenables.
d’esbès.
L(* monstre ! .
ABTIGNAN.
Le méchant!
FOUBQUEVAUX.
Le troisième', elle capitulera, el... ^On entend fermer une porte au ?errou.) Qutil e.st ce bruit‘?
CHAVAGNAC
C’est là ! dans sa chambre.
FOUBQUEVAUX.
Elle s’enferme... elle a deviné mon projet... Le troisième jour donc... (Nouveau bruit de serrure de l’autre côté.) Tiens! qui diable s’enferme aussi par là'?... Ah t;à ! mais c’est nous (pi’on enferme !
ABTIGNAN.
Nous voilà sous clef!
FOUBQUF.VAl'X.
Sous clef ! Qui donc oserait...
CHAVAGNAC, triomphant.
C’est ma femme !
d’esbès.
Impossible 1
44 LE MAHIAGE A L’AUyLEBLSE
ie vous dis que c’est ma femme , mou amazone , ma lionne, mon héros d’avant-garde !
FOÜBQUEVAÜX.
Impossible I elle est enfermée là 1 >
D’ESBÈS, à la croisée.
Mais non ! la voilà en bas, dans la cour !
FOURQUEVAÜX.
En liberté? malgré mes sentinelles?
d’esbès .
Elle passe en revue nos domestiques !
ARTIGNAN.
Elle les harangue militairement!
CDAVAGNAC, radieux.
Là! vous ai-je trompés? Faites battre au.x champs, sonner les fanfares! Voilà mon colonel qui a repris du service!
FOURQUEVAUX
C’est une indignité, messieurs. Nos gens se sont laisse corrompre, et ce coquin de Ganymède donne le signal de l’enthousiasme. Allends, misérable!
(Il soulève une chaise.)
d'eSBÊS, s’éloignant vivement de la croisée-
Doucement 1 messieurs 1 doucement ! diable I on nous couche en joue I
CHAVAGNAC, avec transport.
El je ne serais pas fou de cette femme-là ? mais il est impossible d’échapper au charme de ses allures, de ne pas( l’aimer à l’idolâtrie.
FOURQUEVAUX
Nous nous laisserions intimider par nos valets ! A moi , messieurs! ces portes ne résisteront pas à nos efforts. Courons surprendre les traîtres !
(Ils font on mouvement vers le fond. La porte s’ouvre. Madame de Ma-
reiiil paraît accompagnée de Ganymède armé jusqu’aux dents, et d ■
domestiques portant arquebuses et hallebardes.)
< SOK.NE XVI iü