SCÈNE VI
LÉOCADIE, senle.
Me voilà seule! Je vais donc enfin pouvoir laisser couler librement les larmes que je retiens depuis deux heures avec tant
d’effortsi Mais à quoi m’avancerait de pleurer? Non, je ne pleurerai pas! Ah! que celle couronna me paraît lourde à porter!... (Elle ùte sa coaronne de mariée et la pose sur la table.) Que faire? COm* ment sortir d’une situation qui n’a plus d’issue? Dois-je me résigner toute ma vie au rôle de victime expiatoire de la vanité paternelle? dois-je subir en silence la dédaigneuse, l'outrageante indifférence d’un mari qui aura compté pour rien le bonheur de la femme à laquelle il a vendu la moitié d’un titre contre l’argent dont il avait besoin pour le rachat de sa liberté?... Cacherai-je ou montrerai-je les souffrances de mon orgueil blessé, et de mon cœur plus blessé encore que mon orgueil ? car j’avais déjà commencé à aimer Adrien et à m'imaginer qu’en lui le fond valait mieux que les dehors empruntés à ce monde de désœuvrés dont il m’assurait qu’il était las et dégoûté. 11 me le disait, je l’ai cru... Comme on est prompt à s’abuser 1 — Que faire?... Je ne sais. Que vais-je lui dire? Ah! ma mère, ma bonne mère, si tu étais là pour me conseiller?... Sois mon guide et entends ma prière! (Elle s’agenoaille et prie, pnU se relève précipitamment.) On vient.... Ce doit être lui !... O ma mère, ma mère, inspire-moi!