‹ Le mariage d'Olympe; pièce en trois actes en proseChapitre 11 sur 84 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

PAULINE

Personne ne l'a connue.

MO'TRICHARD.

Bah?

Henri m'a prise tout de suite au sérieux ; il faisait de la discrétion à mon endroit... Didier et Marion Delorme, quoi! Tu comprends : j'ai pris la balle au bond, j'ai joué mon jeu. J'ai parlé d'entrer au couvent, il m'a demandé ma main, et je la lui ai accordée. .l'ai feint un départ pour la Californie, et j'ai été rejoindre Henri en Bretagne, où je l'ai épousé, il y a un an, sous mon vrai nom de Pauline Morin.

MONTRICHARD

C'est donc un pur imbécile?

PAULINE

Insolent! C'est un jeune homme très-instruit et charmant.

MONTRICHARD.-

Alors comment se fait-il?...

PAULINE

Il n'avait jamais eu de maîtresse; son père le tenait très-séverement; à sa majorité, il était aussi naïf que...

MONTRICHARD

Que toi... à quatre ans. Pauvre garçon!

PAULINE

Il est bien à plaindre! je le rends complètement heureux!

MONTRICHARD

Est-ce que vous l'aimez?

PAULINE

Ce n'est pas la question. Je sème sa vie de fleurs... artificielles, si vous voulez; mais ce sont les plus belles et les plus solides. Trouvez-moi dans la nature une rose aussi parfaite que celles de Batton.

M ONT RTC H A R D.

Soit! mais elles ne sentent rien.

PAULINE

Henri est cnchifi'rené... et j'entretiens son rhume.

MONTRICHARD

Joli passe-temps! Voyons, ma chère, la main sur la conscience, trouvez-vous que le jeu en vaille la chandelle?

PAULINE

Jusqu'à présent, non 1 Nous avons passe dix mois en Bretagne dans le tête-à-tête le plus complet; nous voyageons depuis deux mois dans le plus complet tête-à-tête... je ne peux pas dire que ce soit d'une gaieté folle. Je vis en recluse nomade, transférée d'auberge en auberge , comtesse pour mes domestiques, les servantes et les postillons. J'aurais fait un triste rêve s'il n'y avait que cela dans mon rêve... mais il y a autre chose! Maintenant qu'Olympe Taverny (Dieu ait son âme) a eu le temps d'aller en Californie, d'y mourir, et d'être pleurée à Paris, je peux entrer hardiment dans le monde par la grande porte, et c'est le marquis de Puygiron qui me l'ouvrira.

MONTRICHARD

Votre mari va vous présenter à son oncle?

PATLIXE.

Ah! bien, oui! il ne s'attend seulement pas à la rencontre que je lui ai ménagée.

MONTRICHARD

Eh bien, voilà un brave garçon pris dans un joli piège!

Bah! c'est pour son bonheur! je lui rends une famille. D'ailleurs, en me présentant comme une honnête femme, je ne mentirai pas. Depuis un an, je suis la vertu même. J'ai fait peau neuve.

MONTRICHARD

Vous n'avez pu qu'y perdre, comtesse.

PAULINE

Vous êtes un impertinent. — Voilà mon mari.

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