ACTE 1, SCÈNE VIII
Il nous semblait que tu (lovais avoir besoin de te serrer contre nous.
HENRI
Je me suis trouvé bien seul en effet, et j'ai songé à vous ; mais des affaires importantes...
LE MARQUIS
Oui, je comprends... une succession à recueillir... C'est le côté le plus triste des douleurs humaines, qu'elles ne puissent s'abstraire des intérêts matériels. Enfin, te voilà, sois le bienvenu.
LA MARQUISE
Comment avez-vous su que nous étions ici ?
HENRI
Mais... j'avoue que je l'ignorais... Je complais vous trouver à Berlin en achevant mon tour d'Allemagne.
LE MARQUIS
Eh bien, vive le hasard! si c'est lui qui nous réunit; nous te tenons, nous ne te lâchons pas.
HENRI
Je serais heureux de passer quelques jours auprès de vous... mais je ne fais que traverser Pilnitz... et je repars dans une heure...
LE MARQUIS
Allons donc !
HENRI
Une affaire impérieuse...
Tu me la donnes belle 1 II n'y a pas d'affaire qui puisse t'empécher...
HENRI
Pardonnez-moi .
LE MARQUIS, apercevant Pauline.
Ah! c'est autre chose! (Bas à Henri.) Tu voyages en compagnie?... Bien! bien! c'est de ton âge. (iiaut.) Puisque tu n"as qu'une heure à nous donner , passons-la du moins ensemble , chez nous. Notre hôtel est à deux pas. Offre le bras à ta tante.
(Henri donne le bras à la marquise; ils font quelques pas vers la porte.)
PAULINE
Henri, je t'attends ici.
LE MARQUIS
Vous manquez de tact, mademoiselle.
HEXRI, traTersant la scène et prenant la main de Pauline.
La comtesse de Puyglron, mon oncle.
LA MARQUISE
iron !
LE MARQUIS
Vous êtes marié Oui, mon oncle.
HENRI
Comment se fait-il, monsieur, que je n'en aie rien su, moi, le chef de la maison ?
HENRI
Permettez-moi de ne pas aborder une explication qui mettrait mon respect aux prises avec ma dignité. Je ne vous cherchais pas à Pilnitz, et je n'ai pas l'intention de vous y braver par ma présence; mais en aous cédant la place, je crois faire tout ce que vous pouvez attendre de ma déférence.
LE MARQUIS
Il ne s'agit pas ici de déférence, monsieur! Il y a dans les familles une solidarité d'honneur dont on ne s'affranchit pas à son caprice. Demandez-moi ce que j'ai fait de notre nom; je vous répondrai que je l'ai toujours porté avec respect et que je ne l'ai taché que de mon sang. A mon tour, j'exige de vous le même compte,
HENRI
Vous exigez?... En épousant Pauline, j'ai rompu le pacte de famille, et j'ai le droit d'en rejeter les serA itudes puisque je n'en réclame pas les privilèges.
LA MARQUISE
Henri, mon enfant, ne trouvez-vous pas de paroles plus conciliantes?
LE MARQUIS
Eh ! madame, croyez-vous que ce soit lui qui parle? Ne voyez-