‹ Le mariage d'Olympe; pièce en trois actes en proseChapitre 22 sur 84 · ACTE 11, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE I

LA MARQUISE

LE MARQUIS

Vous lui passez tout, ma chère ; elle devient trop familière

LA MARQUISE

Eh, mon ami, la familiarité est la menue monnaie de la ten dresse. Nous sommes trop vieux pour thésauriser.

LE MARQUIS

Soit ! mais cette enfant vous parle comme je n'oserais pas le faire, moi.

GENEVIÈVE

C'est entre bonne maman et moi , grand-papa ; cela ne vous regarde pas.

LA MARQUISE

Geneviève, vous vous oubliez...

GENEVIÈVE

Ah ! vous voyez bien que vous êtes aussi sévère que grandpapa. — Vous ai-je fâché, grand-papa?

LE MARQUIS

Non, ma fille; je te permets avec moi certaines choses...

GENEVIÈVE

Ah ! vous voyez bien que vous êtes aussi indulgent que bonne

maman. (EUe l-embi-asse.)

LE MARQUIS

L'enfant se joue de nous, marquise.

GENEVIÈVE, leur prenant la main.

Pardonnez-moi ma petite ruse ; j'ai voulu expérimenter ce que m'a dit Henri, du respect que vous avez l'un pour l'autre.

LE MARQUIS

Cela t'ctonno que je respecte ta grand'mère ?

Oh ! non ; mais je n'avais pas encore pris garde à quel point... c'est Henri qui me l'a fait remarquer. Comme c'est beau , me disait-il, ces deux existences qui se sont appartenu tout entières l'une à l'autre! Ces deux vieillesses sans tache! ces deux cœurs qm ont traversé la vie ensemble et dans lesquels

la vie n'a déposé qu'une vénération mutuelle ! Le chef et la sainte de la famille !

PAULINE, à part.

Philémon et Baucis.

GENEVIÈVE

Et une larme est venue dans ses yeux... une larme d'attendrissement et d'admiration.

LA MARQUISE

Cher Henri !

LE MARQUIS

Il a dit vrai, ma fille : ta grand'mère est une sainte.

LA MARQUISE

Tancrède... ce n'est pas à vous de me canoniser.

LE MARQUIS

Vous demandiez l'histoire de cette blessure, Pauline? La voici : La marquise m'avait suivi au château de la Pénissière... Vous savez les circonstances de ce siège terrible. Quand l'incendie nous força d'abandonner le château , nous fîmes notre retraite en combattant jusqu'à la lisière d'un bois où nous nous dispersâmes après avoir essuyé une dernière décharge. J'arrivai avec la marquise à une ferme où j'étais sûr de trouver un asile; en frappant à la porte, elle s'évanouit, et je m'aperçus alors qu'elle avait le bras cassé d'un coup de feu. Tant que nous avions été en danger, elle n'avait pas poussé une plainte, de peur de retarder ma fuite, (mi tendant la main.) 0 clièrc fcmmc ! cette balle reçue sans un soupir te sera comptée dans le ciel !

LA MARQUISE

Je ne l'espère pas , mon ami : vous me l'avez payée sur la terre.

PAULINE

Admirable héroïsme, (a part.) Posent-ils tous les deux !

GENEVIÈVE

Je voudrais avoir soixante-dix ans et avoir fait cela!

LA MARQUISE

Tu le ferais dans l'occasion, j'en suis sûre.

GENEVIÈVE

Oui, je vous le jure!... et Pauline aussi.

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