‹ Le mariage d'Olympe; pièce en trois actes en proseChapitre 3 sur 84 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

MONTRICHARD

Il y a eu du changement en vingt -deux ans.

LE MARQUIS

Cela devait être, et les choses marchaient déjà vers une confusion générale. Mais, que diable! il y avait une pudeur publique.

MONTRICHARD

Eh! que peut la pudeur publique contre un fait reconnu? Or l'existence de ces demoiselles en est un. Elles ont passé des régions occultes de la société dans les régions avouées. Elles composent tout un petit monde folâtre qui a pris son rang dans la gravitation universelle. Elles se voient entre elles ; elles reçoivent et donnent des bals; elles vivent en famille, elles mettent de l'argent de côté et jouent à la Bourse. On ne les salue pas encore quand on a sa mère ou sa sœur à son bras ; mais on les mène au bois en calèche découverte et au spectacle en première loge... et cela sans passer pour un cynique.

BAUDEL.

Voilà!

LE MARQUIS

C'est très-curieux. De mon temps, les plus affronteurs n'auraient pas osé s'afficher ainsi.

MONTRICHARD

Parbleu ! de votre temps ce nouveau monde était encore un marais; il s'est desséché, sinon assaini. Vous y chassiez bottés jusqu'à la ceinture; nous nous y promenons en escarpins. Il s'y est bâti des rues, des places, tout un quartier; et la société a fait comme Paris, qui tous les cinquante ans s'agrège ses faubourgs : elle s'est agrégé ce treizième arrondissement. Pour vous montrer d'un mot à quel point ces demoiselles ont pris droit de cité dans les mœurs publiques, le théâtre a pu les mettre en scène.

LE MARQUIS

Comment? En plein théâtre, des femmes qui... Et le parterre supporte cela?

MONTRICHARD

Très-bien ; ce qui vous prouve qu'elles sont du domaine de la comédie, et par conséquent du monde.

LE MARQUIS

•le tombe des nues.

SIONTRICHARD , se levant.

D'où tomberiez-vous donc si je vous disais que ces dames trouvent à se marier?

LE MARQUIS

Avec des chevaliers d'industrie?

MOMRICH ARD.

Non pas! avec des fils de bonne maison.

LE MARQUIS

Des idiots de bonne maison.

MOXTRICHARD.

Mon Dieu, non. La turlutaine de notre temps, c'est la réhabilitation de la femme perdue déchue, comme on dit; nos

poètes, nos romanciers, nos dramaturges, remplissent les jeunes tètes d'idées fiévreuses de rédemption par l'amour, de virginité de l'âme, et autres paradoxes de philosophie transcendante... que ces demoiselles exploitent habilement pour devenir dames, et grandes dames.

LE MARQUIS

Grandes dames ?

MONTRICIIARD.

Parbleu! l'hyménée est leur dernier coup de filet; il faut que le poisson en vaille la peine.

LE MARQUIS, se lerant.

Vertubleu ! monsieur de Montrichard, leur beau-père ne leur tord pas le cou ?

Et le Code pénal, monsieur le marquis?

LE MARQUIS

Je me moquerais bien du Code pénal en pareille circonstance! Si vos lois ont une lacune par où la honte puisse impunément s'introduire dans les maisons, s'il est permis à une fille perdue de voler l'honneur de toute une famille sur le dos d'un jeune homme ivre, c'est le devoir du père, sinon son droit, d'arracher

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