‹ Le mariage d'orgueilChapitre 12 sur 36 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

LE MARQUIS, puis JULIETTE.

Elle a raison, ne déflorons pas mon bonheur... mon bonheur 1... C'est à peine si j'ose y croire... il y a si long-temps que Je ne suis plus fait à ce mot-là!.. .

JULIETTE, rentre en pleurant.

Allons, tous mes préparatifs sont terminés... je suis prête à partir... ah 1 mon Dieu! mon 'Dieu!...

LE MARQUIS, Sttns la voir.

Fortuné Montmoran !

JULIETTE

Pauvre Juliette! le couvent!...

LE MARQUIS

Hein ! qu'est-ce qui pleure donc là ?

JULIETTE, pleurant.

C'est moi, monsieur.

LE MARQUIS

Une jeuno fille l

JULIETTE, de même.

Oui, monsieur.

LE MARQUIS

Vous avez des chagrins si jeune encore?

JULIETTE

Oui, monsiaettr.

LE MARQUIS

Et si jolie...

JULIETTE, pleurant plus fart.

Oui, monsieur.

LE MARQUIS

Venez, venez, mon enfant, et contez-moi bien vite ce qui vous fait pleurer.. . oh 1 nous nous comprendrons, allez.

JULIETTE

Hélas î monsieur, vous êtes bien bonj mais ma tante Aspasie a seule le droit de m'empêcher d'aller au couvent.

LE MARQUIS

Comment!... ce n'est que celai... mais, moi, je connais quelqu'un qui pourrait bien vouloir le contraire et qui serait obéi aussi.

JULIETTE

Et qui donc?

LE MARQUIS

Votre oncle.

JULIETTE

Je n'en ai pas : ma tante est...

LE MARQUIS

Veuve. J'espère qu'elle ne le sera pas longtemps.

JULIETTE

Elle se marie?

LE MARQUIS

Dans vn instant.

JULIETTE

En êtes-vous bien sûre?

LE MARQUIS

Dam I il est difficile de le tenir de meilleure source; c'est moi qu'elle épouse.

JULIETTE

Vous, vous, monsieur... oh I quel bonheur! ce ne sera donc pas M. Raymond ?

LE MARQUIS

M. Raymond? qu'est-ce que c'est que ça? Raymond?...

JULIETTE

Un jeune homme charmant, rempli de talent et d'esprit.

LE MARQUIS

Voilà qui est rassurant... et il est aimé?

JULIETTE

De moi... oui, monsieur.

LE MARQUIS

Devons... de toi? oh! très-bien î à merveille! j'approuve cet amour.

JULIETTE

Il se pourrait !

LE MARQUIS

Vous n'irez pas au couvent, vous resterez près de nous,

JULIETTE

Quel bonheur I

LE MARQUIS

Et plus tard, ce M. Raymond... si c'est un honnête homme... si on voit que... eh! bien, un bon mariage...

JULIETTE

Sa femme... je serais [sa femme!... 6 mon oncle l mon bon petit oncle, que je suis heureuse et que je vous aime!

Elle va pour Tem brasser et s'arrête*

LE MARQUIS

Allons, allons, ne vous retenez pas... si vous le désirez un peu.

JULIETTE

Oh! de tout mon cœuri

LE MARQUIS, Vemhrassant.

Son oncle ! moi qui tout-à-l'heure n'avais pas d'autre ami qu'un créancier, un pauvre cordonnier... me voilà entouré d'une famille, j'ai une nièce, j*ai une femme, et bientôt peut-être j'aurai... c'est singulier, la joie, le bonheur... il me semble que j'ai envie de pleurer.

IH'embrasse encore; dans ce moment Gervais entr' ouvre la porte et s'arrête tout surpris.

JULIETTE

Quelqu'un I

LE MARQUIS

Va, va, mon enfant, ma nièce.

JULIETTE, sortant par la droite.

Au revoir, bon oncle I

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