SCENE XI
LE MARQUIS, puis JULIETTE.
LE MARQUIS
Elle a raison, ne déflorons pas mon bonheur... mon bonheur!... C'est à peine si j'ose y croire... il y a si long-temps que je ne suis plus fait à ce mot-là!... ~ ' ' '
JULIETTE, rentre en pleurant.
Allons, touB mes préparatifs sont terminés... je suis prête à partir... ah î mon Dieu I mon Dieul.>.
LE MARQUIS, SttHS la VOÎr.
Fortuné Montmoran !
JULIETTE
Pauvre Juliette! le couvent!...
LE MARQUIS
Hein ! qu'est-ce qui pleure donc là ?
JULIETTE, pleurant.
C'est moi, monsieur,
Vilfp rî^ Rn !V'=>îU« ...
LE MARQUIS
Une jeune fille l
JULIETTE, de même.
Oui, monsieur.
LE MARQUIS
Vous avez des chagrins si jeune encore?
JULIETTE
Oui, monsieur.
LE MARQUIS
Et si jolie...
JULIETTE, pleurant plus fort.
Ouï, monsieur.
LE MARQUIS
Venez, venez, mon enfant, et contez-moi bien vite ce qui vous fait pleurer... oh ! nous nous comprendrions, allez.
JULIETTE
Hélas ! monsieur, vous êtes bien bon; mais ma tante Av.pasie a seule le droit de m'empêcher d'aller au couvent.
LE MARQUIS
Comment!... ce n'est que cela !.». mais, moi, je connais quelqu'un qui pourrait bien vouloir le contraire et qui serait obéi aussi.
JULIETTE
Et qui donc?
LE MAÏiQUiS.
Votre oncle.
JULIETTE
Je n'en ai pas : ma tante est...
LE MARQUIS
Veuve. J'espère qu'elle ne le sera pas longtemps.
JULIETTE
Elle se marie?
LE MARQUIS
^ Dans un instant.
JULIETTE
En êtcs-vous bien sûre ?
LE MARQVIS.
Dam ! il est difficile de le tenir de meilleure source; c*est moi qu'elle épouse.
JULIETTE
Vous, vous, monsieur... oh! quel bonheur! ce ne sera donc pas M. Raymond ?
LE MARQUIS
M. Raymond? qu'est-ce que c'est que ça? Raymond?...
JULIETTE
Un jeune homme charmant, rempli de talent et d'esprit.
LE MARQUIS
Voilà qui est rassurant... et il est aimé?
JULIETTE
De moi... oui, monsieur.
LE MARQUIS
Devons... de toi? oh! très-bien! ù merveille! j'approuve cet amour.
JUHETTE.
11 se pourrait !
LE MARQUIS
Vous n'irez pas au couvent, vous resterez près de nous.
JULIETTE
Quel bonheur!
LE MARQUIS
Et plus tard, ce M. Raymond... si c'est un honnête homme... si on voit que... ehl bien, un bon mariage...
JULIETTE
Sa femme... je serais [sa femme!... 6 mon oncle ! mon bon petit oncle, que je suis heureuse et que je vous aime!
Elle va pour l'embrasser et s'arrête.
LE MARQUIS
Allons, allons, ne vous retenez pas... si vous le désirez un peu.
JULIETTE
Ohî de tout mon cœur!
LE MARQUIS, Vemhrasscmt.
Son oncle 1 moi qui tout-à-l'heure n'avais pas d'autre ami qu'un créancier, un pauvre cordonnier... me voilà entouré d'une famille, j'ai une nièce, j'ai une femme, et bientôt peut-être j'aurai... c'est singulier, la joie, le bonheur... il me semble que j'ai envie de pleurer.
Il l'embrasse encore; dans ce moment Gervais entr'ouvre la porte et s'arrête tout surpris.
JULIETTE
Quelqu'un I
LE MARQUIS
Va, va, mon enfant, ma nièce.
JULIETTE, sortant par la droite.
Au revoir, bon oncle!
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