SCENE XIX
Les Mêmes , BERTAUD , sortant de l'appartement d'Aspasie.
BERTAUD
Pardon, monsieur le marquis !
LE MARQUIS
Àhî c'est notre intendant.
BERTAUD
Voici un billet que M"»^ la marquise ma chargé de remettre à monsieur le marquis.
LE MARQUIS
Un billet... tjuand dans un instant je vais la voir... {Il lit.) « Monsieur le marquis, malgré mes » instances réitérées, vous avez refusé de lire cer- » taines clauses de notre contrat...» Que veutelle dire? « L'instant est venu où il est indispen- 1) sable que vous en preniez connaissance... mon )) intendant vous en remettra le double...» C'est singulier... je ne sais ce que j'éprouve, mais...
BERTAUD
Le voici 1
RAYMOND
Ah! je commence à comprendre...
LE MARQUIS, Ic prenant en tremblant.
Les... les... clauses du contrat... je... (Il essaie de lire.) Ahl je n'y vois pas... allons... pourtant... ( Il se frotte les yeux. ) Je ne peux pas... impossible de déchiffrer un mot... et cependant je sens qu'il y a là un malheur pour moi... allons!... {Il'lit.) « Monsieur le marquis de Montmoran s'en- » gage à donner à M™^ Aspasie Bernard son » nom, &es titres et qualités , en échange de quoi }) ladite dame paiera au marquis de Montmoran » une somme annuelle de six mille livres. »
GERVAIS
Comment! six milles livres?
LE MARQUIS
Oui... {Froissant le contrat.) De l'argent à moi... ainsi c'était un marché, un marché honteux qu'elle me faisait contracter I... Ainsi on ne voulait que ce titre, ce nom que le hasard m'a donnés I . . . mais cette affection , cette tendresse si
dévouée que je ressentais pour elle... elle ïa repousse avec mépris... mais moi , elle me fait chasser par ses valets... ill pleure.) 0 mon Dieu!... mon Dieu!...
GERVAIS
Monsieur le marquis I . . .
LE MARQUIS
Laissez-moi... Et cet habit dont elle me couvrait pour un instant, c'était une livrée qu'elle me jetait afin de cacher ma misère quand j'étais à ses côtés... Ahl tu as été moins fou que moi.... Mais ce n'est pas tout!.... Oh! il doit y avoir encore là pour moi d'autres humiliations.... {Lisant.) « Aussitôt après la célébration du mariage , » monsieur le marquis s'engage à quitter l'hô- » tel de... de Mn»e la marquise , pour n'y jamais » rentrer I » Oh! il y a cela, il y a cela... « Signé » le marquis de Montmoran. « ( A JBertaud.) Vous direz que le marquis de Montmoran, gentilhomme de vieille noblesse, ne manque ni à sa parole ni à sa signature, même quand cette signature lui a été indignement surprise... vous direz à M™^ la marquise que je ne franchirai jamais le seuil de cette maison , et vous ajouterez que je lui défends de renouveler l'offre insultante d'une pension ; vous direz enfin que je rejette ses honteux bienfaits , car mon nom , je ne veux pas le lui vendre, de peur que, me l'ayant payé, elle ne se croie un jour le droit de l'avilir.
Il ôte son habit et le jette à ses pieds.
GERVAIS
Partons, partons, monsieur le marquis l
Oui, partons... {A Raymond.) Monsieur, vous avez ma parole pour demain... mais si vous tenez encore à vous battre aujourd'hui... je suis votre homme... si vous me tuez... ça m'obligera.
RAYMOND
Non, monsieur, non , car elle nous a trompés tous deux... ( Il lui prend la main. ) Et maintenant entre nous...
LE VICOMTE , entrant f précédé d'un laquais. Prévenez M.^^ la marquise que je l'attends pour la conduire à Versailles.
Bertaud sort.
Elle.
LE MARQUIS
à Versailles. . . et moi. . .
GERVAIS
Monsieur le marquis , il vous reste ma mansarde.
RAYMOND
Et un ami...
LE MARQUIS
Elle vient... oh! partons... partcrns vite... {La porte d'Aspasie s'ouvre ; le marquis se tournant de ce côté.) Adieu pour toujours, marquise de Montmoran . . . mais nous nous reverron&, Aspasie Bernard!
Le Vicomte s'approche de la porte du boudoir. Montmoran, Gervais et Raymond se dirigent vers le fond.
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