‹ Le mariage d'orgueil, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 34 sur 37 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

Les Mêmes, LE MARQUIS, GERVAIS.

lis sortent tous deux du cabaret en se tenant bras dessus bras dessous, et en chantonnant.

GERVAIS

Hein! quel joli petit vinl

LE MARQUIS

On n'en boit pas de meilleur chez l'ami Ramponneau.

GERVAIS

Ramponneau... c'est un voleur! je le destitue, Ramponneaû! à bas Ramponneau!

Ingrat! vilain ingrat! tu ne dis pas toujours ça... quand notre gosier est à sec et que notre bourse est comme notre gosier, tu es bien aise de trouver crédit.

GERVAIS

Crédit! je n'en veux pas de crédit! je la méprise, son crédit!

LE MARQUIS

Ah! oui, à cause de notre enseigne? il va en venir, des écus de six livres!

GERVAIS

Et tout ça, grâce à vous.

LE MARQUIS

Et je n'en suis pas plus fier; la preuve, c'est que je veux que tu supprimes te&mus.

6ERVAIS.

Et qu'est-ce que j'en ferai?

LE UÀKQUIS.

Tu me tutoieras, donc.

GERVAIS

Gomment, moi, que je te... vous tutoyé î...

LS MARQUIS

Je le veux.

GERVAIS

Que je te parle comme à un simple homme.

LE MARQUIS

Je le veux.

GERVAIS

Eh ben ! non, vois-tu, je sens que je ne pourrai jamais.

LE MARQUIS

Allons donc ! il y a un qu art d'heure que tu ne fais que ça. A présent, tu es mon ami, mon véritable ami.

Il s'assied sur le banc.

RAYMOND

Et voilà OÙ l'ont conduit la misère et le désespoir.

JULIETTE

Oh ! ma tante I ma tante!

RAYMOND, s' approchant.

Monsieur le marquis I

LE MARQUIS

Ah! c'est VOUS, mes enfans... c'est encore pour moi que vous êtes venus ?

JULIETTE

Oui, mon oncle.

Il fallait entrer au ca... ba...

LE MARQUIS*

Veux-tu bien te taire 1... ma nièce là dedans!

GERVAIS

C'est juste; ça ne boit que du doux.

RAYMOND

Eh quoi I monsieur le marquis , vous ne voulez pas renoncer...?

LE MARQUIS

Au cabaret?... oh ! non. Le cabaret, depuis bien long-temps, c'est mon asile quand je suis joyeux, y„,înon refuge quand je souffre, m^ source d'oubli quand je me souviens trop cruellement... et puis, j'y ai rencontré des amis, quelques pauvres diables qui veulent '*î)îen me pardonner d'être marquis , tandis qu'autrefois les marquis ne me pardonnaient pas d'être pauvre diable.

RAYMOND

Cependant si la fortune vous souriait de nouveau, si vos biens vous étaient rendus?

LE MARQUIS

Quelle folie! comme si c'était possible! les parlemens y ont passé.

GERVAIS

Ils y ont passé... les parlemens?

JULIETTE

Mais si ma tante... si votre femme revenait à vous?

D'abord, je ne reviendrais pas à elle.

GERVAIS

Jamais à elle !

LE MARQUIS

Et puis est-ce que ça se peut? surtout après la scène de tout-à-i'heure... non, non, allez! * Juliette, Raymond, le Marquis, Gcrvais.

GERVAIS

Non, non, allez !

RAYMOND

Et pourtant, voici un de ses laquais qui vient vous chercher.

GERVAIS

Le chercher?

Il saisit le marquis par le bras.

LE MARQUIS

Moi! allons doncl

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