‹ Le mariage de Gérard (volume 2)Chapitre 4 sur 98 · IV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

IV INTRODUCTION

The dominant feature of Theurîet's work is his love of nature, which Le idealizes and which forma the inspiration of the best of his tbought He is devoted to the country in ail its aspects and seasons, and in the description of its life and types he excels. In his verse he is a délicate, sympathetic interpréter of the varions inoods of nature, while his novels form a vast picture gallery of the province^ little known to foreigners and hardly to Parisians even.

The présent story. Le Mâbiage de Gérard, was written in 1875, and has remained since its appearance as one of the most popular, as it is one of the most wholesome, of his works. The setting of the story is the neighborhood of Bar-le-Duc with its picturesque scenery, and in the treatment of thèse scenic associations and in the portrayal of the leadiug characters the author has shown himself at his best and most characteristic.

R E. Bassett.

Chicago, 111.,

September Ist, 1902.

LE

Quelles voix berceuses possèdent ces cloches de province qui sonnent encore le couvre-feu dans certaines petites villes I Cette musique familière clôt doucement la journée de travail, et endort les enfants dans leur lit d'osier mieux qu'une chanson de nourrice. H y a quelque chose d'intime et de réconfortant dans ces sons pleins, larges et pacifiques Le couvre-feu de Juvigny-en-Barrois a de

ces accents-là. Sa voix chaude s'envole chaque soir, — à huit heures en hiver, à neuf heures en été, — du haut de la massive tour de l'Horloge, seul fleuron laissé à la couronne murale de la vieille cité par Louis XIV, ce grand démanteleur de nos forteresses lorraines. Au moment où commence cette histoire, ui^ beau dimanche de juillet 186., les

dernières vibrations de la cloche venaient de s'évanouir le long des coteaux de vignes où les maisons de Juvigny, éparpillées dans la verdure, dévalent vers la rivière d'Omain, comme un blanc troupeau indiscipliné qui descend à l'abreuvoir. Dans un des jardins qui verdoient derrière les vieux logis de la ville haute, un jeune homme, accoudé au mur d'une terrasse, contemplait les pentes de la gorge de Polval, resserrée entre deux vignobles et déjà envahie par le crépuscule. Les premières étoiles ouvraient leurs yeux de diamant au-dessus des lisières boisées qui bordent l'horizon, et tout au loin, vers les bois, des roulements de chariots résonnaient sur la route pierreuse et s'en allaient diminuant toujours. Au milieu du silence relatif qui avait succédé aux tintements de la cloche, tout à coup le vent d'est apporta par bouffées joyeuses la musique d'un bal champêtre perdu sous les feuillées d'une promenade voisine. Le jeune homme redressa la tête et aspira longuement l'air sonore, comme s'il eût voulu s'abreuver des sons mélodieux épars dans le vent.

— Monsieur Gérard, cria tout à coup derrière lui la voix nasillarde de la vieille servante du logis, M. de SeigneuUes est déjà couché, Baptiste et moi nous allons en faire (lutant^ ne comptez-vous pa&| rentrer bientôt ?

— Tout à riienre, Manette.

La servante, ayant fermé à double tour la porte qui donnait sur les vignes, revint vers son jeune maître. — ^Bonsoir donci dit-elle, quand vous remonterez, n'oubliez pas de verrouiller le vestibule. Vous savez que votre père n'aime pas à coucher les portes ouvertes.

— Oui, oui, répondit-il impatiemment, bonsoir !

Gérard de Seigneulles était un garçon de vingttrois ans, à la taille un peu frêle, mais bien prise. Son teint mat et ses yeux d'un bleu profond contrastaient avec ses cheveux noirs et sa barbe brunissante. Sa physionomie était mobile et nerveuse, la passion s'y trouvait comme voilée et contenue par une singulière timidité, et ce mélange donnait à toute sa personne une apparence de réserve qu'on prenait communément pour de la raideur. Son père, chevalier de Saint-Louis et ancien gardedu-corps sous la Restauration, s'était marié tard et avait perdu sa femme au bout de quelques années. Gérard était l'unique enfant de M. de Seigneulles, qui l'avait élevé sévèrement et à l'ancienne mode. Légitimiste ardent et obstiné, intelligence peu cultivée, mais cœur droit et d'une loyauté proverbiale, le chevalier^ comme on l'appelait à Juvigny, avait pour principe que les fils doivent obéir passivement jusqu'à leur majorité, et pour lui

VJCTQK HUGO'S Vi/ORi^s.

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