‹ Le mariage de raison comédievaudeville en deux actes par mm. Scribe et VarnerChapitre 18 sur 42 · M. DE BREMONT, SUZETTE · texte numérisé non relu

M. DE BREMONT, SUZETTE

Al. DK BREMONT.

Ainsi, et pour la première fois de sa vie, mon fils nie désobéit !... Vous voyez, Suzette , ce dont vous êtes cause.

SUZETTE

Oui, monsieur, je vois que j'ai apporté le trouble et le désordre dans cette maison , où je n’ai reçu que des bienfaits... Mais je ne souffrirai pas que votre fils s’éloigne... je ne veux pas que, pour moi, vous soyez privé de sa présence et de sa tendresse... Qu’il reste dans la maison paternelle ; et moi , monsieur , chassez-moi.

M. DK RRKMONT.

Et où iras-tu?... Non , Snzettc, non, mon

enfant, je ne suis point injuste... si tu as des torts, ils sont involontaires, et ta conduite de ce matin , la franchise de tes aveux , suffiraient pour me les faire oublier... Je te dirai plus ; je t’estime , je t’aime , et je reconnais en toi des qualités et îles venus que je voudrais voir dans la femme de mon fils... Mais je n’ai pas besoin d'ajouter qu'une pareille union est impossible ; non parceqtie je suis noble , et que tu ne l’es pas... ma noblesse date d'hier, et je ne la dois qu’à mon épée... mais je parle pour ton bonheur, pour celui d'Édouard... 11 est des convenances qu’on doit respecter, cl la société se venge sur ceux qui osent les braver... Si mon fils épousait la femme de chambre de sa mère, dans ce monde où il voudrait t’introduire , l’opinion te repousserait... lui-même s’en apercevrait... C’est dans toi qu’il serait humilié, et bientôt il ne t’aimerait plus ; car l’amour-propre est malheureusement le premier mobile de l’amour. Alors, dédaignée par le monde, abandonnée par ton mari, il ne te resterait que moi, nia fille... que moi, qui sais bien vieux, et qui ne te consolerais pas longtemps.

SUZETTE

Oui! oui, vous avez raison... je serais bien malheureuse... mais dussé-je l’être plus encore... qu’importe?... je serais à lui.

Al. DK BREMONT , h part.

(La regardant avec compassion. ) Pauvre enfant! c’est toujours le même langage... voilà t»mmc j’étais... fflaut.) Tu l'aimes donc bien?

SUZETTE

Plus que moi , plus que ma vie... mais non plus que mes devoirs.

Al. DK BREMONT.

Eh bien , ce sont ces devoirs que j’invoque et que je te rappellerai... Orpheline , abandonnée de tous , lu allais périr , quand ma femme t’a recueillie... elle ta élevée comme son enfant... mats bientôt sa tendresse inquiète s'alarma de rattachement qu’Kdouard te portait, et, prévoyant, à son lit de inort,les malheurs de l'avenir, elle t'a écrit ; et sa lettre , la voici.

SUZETTE

Oui... c’est bien son écriture, et c’est à moi qu’elle s'adresse. ( Elle halte la lettre, l'ouvre . puis U lit tout bas avec émotion. ) O ciel ! nia bienfaitrice implore ma pitié ! elle me recommande votre bonheur et celui de son fils. (Tombant aux pieds dcM. dcBremnnt.) Monsieur, je suis à vos pieds... ordonnez de moi et de mon sort.

M. DK BREMONT, la relevant.

Suzette , Suzette... c’est moi qui te remercie ; ne parle plus de bienfaits, c’est moi qui suis maintenant ton débiteur.

SUZETTE

Que dois-je faire ?

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