SCÈNE I
SI* ZETT K, occupée à travailler près de la table à droite, PINCHON, parlant à la cantonade.
PINCUON.
Soyez donc tranquille, cousin... je ne réveillerai personne, et j'attendrai qu'on soit levé... (Entrant et apercevant Surette.) Ehî qtl’est-ce que ine disait donc Bertrand, mon cousin, que tout le inonde dormait au château?... voilà mademoiselle Suzette qui est déjà sur pied.
srzBTTE.
C’est monsieur Pinchon, le fermier de monsieur le comte. ( EUe se lève *.)
HUCHON •
Eh! oui, vraiment.... Aujourd'hui à cinq heures du matin, moi et ma femme, madame Pinchon , nous étions hors du lit... pareequ’à la ferme on dort aussi bien qu'au château; mais on dort plus vite, excepté le dimanche... rar on fait son dimanche. Mais pardon, mademoiselle Suzette, ce sont là des détails de ménage... Ma petite femme m’a dit comme ça :
* Surette, Pinchon.
psyché.
' J *' J * Pinchon, je vais nu marche, où tu Tiendras
me rejoindre... Toi , pendant ce temps-là, va compter avec monsieur le comte, et lui apporter le prix tle ses fermages;" car, afin que vous le sachiez, c’est aujourd’hui la Toussaint.
SCZfcTTE.
Oh! l'on sait combien vous êtes exact.
pinciion.
C’est vrai... Au jour de l'échéance, faut que tout soit payé... point d'arriéré, point tle retard • c’est ma femme qui m'a rais sur ce piedlà; pareeque, là -dessus, madame Pinchon n’entend pas la plaisanterie.
Ail du vaudeville du Charlatanisme.
Depuis que de payer comptant Mm feimn’ m'u fait prendr’ l’habitude,
Nos riches*’* voot eu augmeutint;
V'Ià c' que c'est que l'exactitude.
SrZBTTE.
Et vol’ femme?
PINCHON
De» r'mcrcimeuls :
Sur cil' n'ayez pas d'inquiétude Fraîche et vermeille...
MJ7.E1T6.
Et vos enfant* '
Mtrcaoic.
Fort bien... Un île plus tous les ans ;
VIA c'que c'esi que l'exactitude.
Mais vous ne venez plus à la ferme... voilà un siècle qu’on ne vous y a vue...
SC7.KTTR.
Il y a tant de monde au château que je ne l'ose quitter.. .Voilà quinze personnes au moins qui nous arrivent de la rapitale... des belles dames, des jeunes gens à la mode... On va à la chasse ou à la pérlie le matin, on joue la comédie tous les soirs.. .Hier encore il y avait un bal, où l’on a danse' jusqu’après minuit.
Enfin, c’est la ville à la campagne... c’est Paris au milieu du Lyonnais.
PINCHON
Dieux! s’amuseni-ils, ces Parisiens!... et c'est monsieur le comte qui reçoit... qui héberge tout cela. V’ià un digne homme!...
Air de I Km de m franc*.
C’est un brave et bon militaire,
Un honnête hoiumc , Dieu merci ;
Quand on s’ mél’ d'êtr* millionnaire ,
Il faudrait l'être comme lui :
Aussi chacun l’aime ii la ronde;
Car son bras est à son pays ,
Son crnir est à tous scs amis.
Et sa fortune a tout le monde.
El son fils, not’ jeune maitre, ('.'est un gaillard, celui-là! ah! ah!...
StV.ETTE.
Taisez-vous donc... ne parlez pas si haut, car il est là; il dort. (Désignant la chambre à gauche.)
pinchon.
Ah ! c'est la porte de sa chambre... Est-ce qu’il est malade, par busard?
Sr/.KTTE.
Eh ! vraiment, oui... Hier, il est sorti de ce bal avec la lièvre : et cela n’a fait qu’augmenter cette nuit... du moins, à ce que m'a dit Bertrand, qui est déjà entré dans son appartement...
PINCHON
Ça ne m’étonne pas... Avec un air si doux et si gentil... il paraît que c'est un diable, du moins à ce que m'a dit madame Pitichon; et, quand on est le fils d'un général, qu’on a dixhuit ans, de la fortune et une jolie tournure, on fait tout ce qu’on veut... n’cst-co pas, mademoiselle Suzette?... Mais vous-même, qu’avez-vous donc ?... Plus je vous regarde, et plus je vous trouve changée; non pas que vous ne soyez toujours fraîche et bien gentille... mais les autres années vous étiez si gaie... si étourdie... toujours sautant, toujours courant... et maintenant je vous vois triste et rêveuse...
Est-cc que, par hasard, il Tousserait survenu des chagrins ?
MütKITB.
Est-il étonnant d’en avoir, lorsqu’on est urplieline, lorsqu'on est seule au monde?
pinchon.
Seule!... vous ne l’êtes pas... N’avez-vous pas été recueillie et élevée par madame la comtesse, auprès de laquelle vous étiez femme «le chambre, il est vrai , mais qui vous a toujours traitée comme son enfant; et après la mort de cette digne dame, son mari, à qui elle vous a recommandée, n’a-t-il pas toujours eu pour vous h-s mêmes soins?... la même tendresse?.. .Et voyez-vous, mademoiselle Suzette, j' gagerais que l’intention de M. le comte est de vous donner une dot et un épouseur... tout le monde le dit dans le pays.
SUZETTE
Il serait vrai!... Je l'en remercie; mais je ne tiens pas à me marier.
PINCHON
Bah ! madame Pinchon disait aussi comme vous; et maintenant, demandez-lui-en des nouvelles... Eu tout cas, et si vous vous décidez, j’ai un parti à vous proposer.. .un parti auquel je pense depuis longtemps... mais ma femme vous en parlera... pareeque, dans notre ménage, c’est moi qui ai les idées, et c’est clic qui a la parole.
{On entend une sonnette dini b c hambre du fond.)
SUZETTE
Tenez, tenez, c’est M. le comte qui sonne son valet de chambre; il vous dira si vous pouvez entrer. »
pi (tenon.
Ail : Dicn tout-puissant, par qui le comestible.
Dépêchons-nous, il sortira peut-être ;
Et je ni’en vais, en fermier diligent,
A son lever, offrir à notre maître.
Mes hunild's respects, ainsi «|ue mon argent.
(À Surette.)
Pour vous, quittez cet air triste et sévère;
Que la gaîté vienne charmer vos jours;
Et si r château ne vous eu offre guère,
V’nca à la ferme , on en trouve toujours.
ENSEMBLE
SUZETTE
Dépêcher- vous, etc., etc.
pinchon.
Dépêchons-nous, etc.
( Pinchon sort par le fond. )