SCÈNE III
SUZETTE; ÉDOUARD, •‘appuyant sur le bras de BERTRAND.
BERTRAND
Ne craignez rien, mon capitaine... je suis là pour soutenir le corps d’armée.
SUZETTE, courant à loi.
Y pensez-vous, Bertrand... avec votre jambe?
EDOUARD, prenant le bras de Surette.
Elle a raison... Tu aurais besoin, toi-même, de soutien.
BERTRAND, frappant sur sa jambe.
Laissez donc... c’est aussi solide qu'une autre... et quand ça casse, on en a de rechange...
Vous ne pourriez pas en dire autant.
SflEITE , donnant tnujoun le bras à Édouard , et le conduisant ver» le fauteuil qui eu ■ droite.
Ne vous pressez pas, et appuyez-vous sur moi... Comment cela va-t-il ce matin?
ÉDOUARD , «‘asseyant.
Mal... Je souffre horriblement.
BERTRAND
Allons donc, mon capitaine; qu’est-ce que «le s'écouter comme une petite-maîtresse?...
Je vous ai vu marcher gaiment sous le feu d»
canon... et ponrun misérable accès de fièvre... voilà que vous avez le frisson!...
ÉDOUARD
Tu en parles bien à ton aise... Si tu avais danse hier, comme moi, douze contre-danses...
BERTRAND
Il est de fait que, dans le moment, je ne pourrais pas en faire autunt, pareeque chez moi les amours et les zéphyrs ça n* bat plus que d'une aile... Mais vous, morbleu!...* sczettk.
N'allez-vout pas le gronder, parcequ il souffre... et lui faire mal à la tête?
BERTRAND
C’est juste... je {t'entends rien à tout cela...
An : Au temps hctireiii de la chevalerie.
De» médecins et de la pharmacie Un bon soldat connaît peu les secrets :
Est-il blessé... le schnick et l'cau-dc-vie D’une compresse ont bientôt fait les frais.
F.t je m‘ souviens qu* souvent b l'ambulance Pour nous panser quand arrivait 1‘ flacon,
( Faisant le geste de boire. )
En d‘dans, morbleu, je prenais l'ordonnance,
Et la victoire nch'vait la guérison.
( Pendant ce rooplet. Surette va s'asseoir auprès de la table, à ht droite d'Édouard. )
Aussi je vous laisse avec mademoiselle Sujette, pareequ’en fait de garde-malade, elle
vaut mieux que moi... si attentive... si diligente... Ce matin, vous ne croiriez pas quelle était levée à quatre heures.
EDOUARD
Il se pourrait?
BERTRAND
Peut-être phi s tùt ; car, en sortant «le votre appartement , je l'ai trouvée qui m'a demandé de vos nouvelles avec tant d’intérêt, que ça m'en a fait peur... je vous ai cru plus malade que vous n'éticz.
ÉDOUARD
Bonne Suzette!
BERTRAND
Vous avez raison, c'est une bonne fille; ça ne fait pas de phrases ni d’embarras, comme toutes les femmes de chambre de ces dames, qui font tant de coquetteries dans l'antichambre, que quelquefois on se croirait au salon.- Mais en revanche, c’est modeste, c’est honnête, c’est attaché à ses maîtres... c'est sage sur-tout ; car parmi tous ces jeunes gens , vos amis, il n’y en a pas un qui n’en soit amoureux, et qui ne coure après elle.
ÉDOUARD, sc levant.
Vraiment!
BERTRAND
Eh bien, qu'est-ce que vous faites donc? v’Ià scs vertigos qui le reprennent.. Je vous le bisse, mademoiselle Suzette, tâchez de le calmer... (A part.) C’est fini , je n’y tiens plus; cHe est trop gentille... (montrant u jambe) et malgré les inconvénients, en avant... (Sutette pa.«« de l'au<rc côté du théâtre, s'approche du guéridon et verse dans la tasse.) Je vais, de ce pas, me consulter avec le cousin Pinchon, qui vient d’arriver au château, et de là la demander à mon général , paircque, dans ce monde, il faut toujours marcher droit, autant que possible... Adieu, mademoiselle Suzette... adieu, mon capitaine...
( Il sort.)