ACTE II
DE MONTAGNAC
Des chansons !
Un artiste? un poète, — un homme sans façons,
Sans foi ni loi, sans feu ni lieu, sans sou ni maille. — Avec ces va nu-pieds l’on couche sur la paille ;
On meurt à l’hôpital à trente ans. — Aime ailleurs. Mais cette fois, crois-moi, choisis des grands seigneurs. Nous sommes bons enfants, — nous avons tes poètes A gages ; avec eux. nous ronrons les guinguettes, Même nous les grisons parfois.
(Il montre Yauloo qui ronfle sur la table.)
Mais nos amours
Enchâssent leur beauté dans l'or et le velours.
Cette châsse t’irait fort bien.
NICOI.I.E.
Oh ! c'est un conte.
Vous vous moquez de moi. — J’aurais si grande honte Avec tous ces bijoux et tous ces falbalas,
Oue je n’oserais point seulement faire un pas.
VASLOO, se retournant sur son banc.
Ouf !... que ce banc est dur !
DE MONTAGNAC
Tu serais très-gentille Avec ton petit air fripon, — ma belle fille!
(Lui prenant lu mBin )
El tiens, — voici d’abord comme il faut t'habiller:
Une robe en brocard avec un beau collier De corail — serpentant sur tes épaules blanches,
Et du point d’Alençon au col ainsi qu'aux manches! Une petite mouche au-dessus du menton,
Des bas de soie à coins, — des mules à talon.
Un œil de poudre sur ta chevelure blonde,
— Et tu feras tourner la tête à tout le monde !
NICOLLE, frappant des mains.
Que ce serait mignon !
T» F. MONTAGNAC
Ce sera merveilleux !
Allons, viens! — Mon carrosse est à deux pas.— Je veux Opérer sur le champ cette métamorphose, —
Et te faire jolie à croquer... viens !...
NICOLLE
Je n’ose !...
DE MONTAGNAC
Mais puisque je le veux !
NICOLLE, à part, pendant que de Monlagnac va chetcher son chapeau et son épée.
Il va bien à ce bal.
D'ailleurs, en me parant, je ne fais pas de mal ;
— Peul ôtre que Vadé me trouvera plus belle.
l'E MONTAGNAC, imposant les maii.s à Vanloo endormi.
Dors en paix, brave ivrogne!
(A Nicolle.)
Allons, venez, rebelle !
(Ils sortent.)
(Vanloo ronfle bruyamment )