LE M ARIAGE DE VADÉ
NICOLLE
Oh ! pardonnez, madame !
Je ne le savais pas ! — C'est une lâche trame
Qui nous met face à face à celle heure ! — On s’est dit :
Et voilà bien les tours de vos hommes d’esprit! —
Nicolle aime Vadé. — La fille de la halle,
En voyant la marquise, éclatera. — Scandale! —
Avec des mois poissards elle l’insultera...
Et ce sera charmant ! — Tout le monde rira ! —
Oh! madame!— C’est vrai!— Je souffre, et c'est ma faute, Puisque j’aime Vadé ! — Mais j’ai Pâme trop haute Pour venir en plein bal, — chez vous, — effrontément, Devant tant de Messieurs réclamer mon amant!
Avez-vous pu me croire assez dévergondée,
Moi, la pauvre Nicolle et la dépossédée!
Pour manquer de pudeur, — et perdre le souci Des égards que je dois, — et qu’on me doit aussi !
MADAME DE BEAUPRÉ, radoucie.
C’est bien, ma chère enfant... Je vouscrois.— A votre âge - On ne sait pas mentir avec tant de courage.
Mais vous parliez, je crois, de trame en commençant? Dites-moi tout...
NICOLLE
Mon Dieu !.’.. C’est très-embarrassant A dire ; — car j’ai tort... — Pourtant je serai franche : Vadé m’abandonnait.-. Je voulais ma revanche;
Monsieur de Montagnac m’a donne des bijoux,
Des robes.. . des chapeaux... Enfin... que voulez-vous?... J'aurais dû refuser, je le sais bien! — Mais dame, Quoiqu’on soit sage— au fond, n’est-on pas toujours femme ?
MADAME I)E BEAUPRÉ, souriant.
Hélas! ma pauvre enfant! à qui le dites-vous?