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Le mariage de Victorine comedie en trois actes

HUE VI VIENNE, 2 BIS, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15 . A LA L I 0 R A I ltl E NOUVELLE

ANTOINE

Oh! ce n’est pas moi qui le veux : c’est la conscience, c’est l'honneur qui le le commandent.

Comment cela ?

ANTOINE

• Parce que... parce que... Voyons, ne tremble pas, ça me coûte à te dire, mais il le faut. Fulgence s’imagine que tu . aimes quelqu’un... que tu ne dois pas aimer.

VICTORINE, vivement.

Cela n’est pas !

ANTOINE

Je le sais bien, parbleu ! mais il se l’imagine, et d’autres pourraient se l’imaginer aussi. Alors, voilà ce qu’on dirait de toi : « Voyez-vous cette petite Victorine, la fille d’Antoine, qui n’est, après tout, qu’un premier domestique chez M. Yanderke, ne s’est-elle pas avisée de regarder plus haut qu’elle et de croire qu’elle allait épouser... »

Qui donc?

ANTOINE

Qui? Le fils de la maison, rien que ça! un jeune homme riche et noble, qui ne voit en elle qu’une petite camarade d’enfance. Eh bien, de ce qu’on est bon pour elle, de ce qu’on la traite avec douceur, elle a la sottise de se croire faite pour un grand mariage, et elle dédaigne ses pareils.

Ohl mon papa, qu’est-ce que vous dites! M. Fulgence . croit cela ? on dirait cela de moi ?

ANTOINE

Si tu ne te maries pas résolûment et de bonne grâce, on le dira, on le croira. Et si M. et madame Vanderke venaient eux-mémes à le penser, s’ils t’accusaient d’ambition, de coquetterie... de bassesse... car l’ambition c’est de la bassesse, quelquefois!

74 THÉÂTRE COMPLET DE GEoRGE SANU

Assez, assez, mon père !

ANTOINE

Et si M. Alexis... U ne le croira pas... Mais suppose qu’il le croie, comme il te trouverait vaine et riiiculel comme il se moquerait de toi en lui-même I

VICTORINE, cachant sa figure dans le sein de son père.

Oh ! mon Dieu! assez 1...

ANTOINE

Tu vois bien que...

VICTORINE, se levant.

Je vois qu’il faut avoir le courage de sa propre dignité... Je l’aurai, mon père !

ANTOINE, se levant et lui donnant nn baiser.

Je t’ai fait de la peine de te dire celai... mais il fallait bien...

Vous avez bien fait, mon père 1

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