VANDERKE, MADAME VANDERKE, SOPHIE, ALEXIS, ANTOINE, VICTORINE
MADAME VANDERKE, à son mari, entrant par le fond à gauche.
Comment! mon ami, vous hâtez le départ de notre fils? Il
n’assistera pas au mariage de Victorine , lui qui s’en faisait une fête?
VANDERKEv
Pardonnez-moi de vous causer ce chagrin, mais il est des affaires où l’honneur est engagé.
SOPHIE, stupéfaite.
Mon frère part?
Victorine est pélriûée.
ALEXIS
Oui, ma chère sœur... oui, ma bonne mère, je pars. Mon père le désire, et je ne dois rien regretter quand j’ai le bonheur de pouvoir lui être utile.
MADAME VANDERKË.
Allons, viens donc m’embrasser! Tu es un bon fils !
SOPHIE
Mais tu ne resteras pas longtemps absent ?
VANDERKE
11 restera peut-être deux mois.
Deux mois I
ALEXIS, voyant Antoine qui entre, portant une valise, le manteau et le chapeau d’AlexU.
Tout est prêt, mon père : vous n’avez plus rien à m’ordonner ?
Vous vous arrêterez un jour à Beauvais chez M. Surmont, qui vous renseignera sur l’affaire dont je vous ai parlé, et, s’il le faut, vous m’enverrez un exprès, un homme sûr.
ALEXIS
Adieu, mon père! (il se jette dans ses bras et va ensuito aux antres.) Ma bonne mère!... ma chère Sophie !...
MADAME VANDERKE
Nous te suivons jusqu’à ta chaise de poste.
ALEXIS
Eli bien, Victorine, tu ne me dis rien, toi? Est-ce que tu
me boudes? Ah! si je manque de parole, c’est bien malgré moi. Allons, donne-moi la main. Je te retrouverai mariée.
Ah ! monsieur, je n’y serai plus, je ne vous reverrai plus, moi !
ALEXIS
Que dis-tu ? Tu rêves !
ANTOINE
Vous savez bien qu’elle est folle !
Ah ! tu es folle, décidément, Victorine ? Réponds-moi donc, voyonsl vas-tu me faire cette mine-là ? Crois-tu qu’il ne me faut pas du couiage, chaque fois que je quitte de si bons parents, et notre chère maison où l’on est si bien... et toimême qui es si gentille quand tu ne boudes pas? — Adieu encore, ma mère... ( Vanderka lui fait signe.) Oui , oui , mon père, je pars. Tu m’écriras, Sophie? Antoine, tu me feras part du mariage?... Allons! (A Victorine.) Allons, souris-moi. Tu vois bien que je me bats les flancs pour me donner la force de partir! sois un peu gaie pour moi... que je me console en me disant que tu es contente. (Prenant avec préoccupa tion son manteau, qu’Anloine, inquiet et impatient, lui offre depuis quelques instants.) Tiens, pense à ta robe de moire, à ton collier, à ta montre !... et, le jour de tes noces, tu penseras à ma tante la marquise, tu feras porter ta robe par le petit négrillon que j’ai ramené... Ris donc... ris donc un peu... la!... toutà fait!
VICTORINE, avec un rire nerveux.
Oui, oui, je rirai bien fort... je me ferai bien belle... je penserai à vous... à votre tante... je me donnerai des airs... j’aurai un nègre!... mademoiselle Sophie vous écrira tout cela... et vous rirez là-bas... vous rirez, n’est-ce pas?
ALEXIS
La voilà qui rit! c’est bien. Merci, Victorine. Adieu, adieu, tous I
MADAME VANDERKE
Ndus te suivons !
Ils sortent tous, excepté Victorine et Sophie qui reviennent er scônv.