‹ Le mariage de Victorine comedie en trois actesChapitre 40 sur 48 · VANDERKE, SOPHIE · texte numérisé non relu

VANDERKE, SOPHIE

SOPHIE, assise près du guéridon, faisant de la tapisserie.

Ah! mon père! si, la veille de mon mariage, j’avais été triste et agitée comme elle l’est depuis huit jours, vous n’eussiez jamais consenti...

VAN DE K K K , assis de l’antre côté du gnéridon.

Ma chère enfant, les circonstances sont différentes, les caractères encore davantage. Vous unissez la fermeté à la douceur, vous, et Victorine est faible, irrésolue.

SOPHIE

Mais si mon frère...

VANDERKE

Quoi ! votre frère ?

SOPHIE

Al) ! cher père, vous m’entendez bien, puisque vous l’avez fait partir.

VANDERKE

Prenez garde, ma fille; prenez garde à ce que vous pensez, à ce que vous dites.

SOPHIE

Ce serait donc un crime de la part de mon frère d’aimer Victorine, et de la mienne une folie de croire que vous consentiriez...?

VANDERKE

Ma chère Sophie, il n’est point de mariages disproportionnés devant Dieu. Un serviteur comme Antoine est un ami, et je vous ai élevée dans l’idée que Victorine était votre compagne et votre égale.

SOPHIE

Eh bien, mon père ?

VANDERKE

Eh bien, ma fille, le monde, qui a des croyances saines et respectables, communes à toutes les classes de la société, a aussi des préjugés vains et cruels qu’il est beau de combattre ; mais, pour combattre, il faut être- fort. Votre frère le sera un jour, j’y compte; mais il est encore bien jeune et se connaît à peine lui-méme. Je sais qu’une grande passion, un noble amour, inspirent de puissants dévouements; mais cette grande passion, votre frère ne l’éprouve pas.

SOPHIE

Et cependant il s’est fait en lui un véritable changement depuis le jour où il a été question de marier Victorine. Jusque-là, il no l’aimait que d’amitié. Du jour où elle a été promise à Fulgence, mon frère a souvent parlé de quitter la ma rine, do se marier; il a eu l’envie de s’en aller, l’envie de rester, le besoin de voir Paris pour se distraire... le besoin de vous ouvrir son cœur... J’ai vu tout cela, moi !

VANDERKE

Mais, au lieu de m’ouvrir son cœur, il est parti. Admet-

tons qu’il ait eu quelque fugitive pensée d’amour pour Victo* rine, il l’a étouffée, et, ne se sentant pas épris d’elle assez sérieusemant, il a obéi à la voix de l’honneur qui lui commandait de s’éloigner.

Il so lève.

' SOPHIE

C’est vrai. Ah! ma pauvre Victorinel

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