‹ Le mariage de Victorine comedie en trois actesChapitre 46 sur 48 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

SOPHIE, ALEXIS, enveloppé d’un manteau.

ALEXIS

Oui, c’est moi, chère sœur, moi qui puis être découvert dans le jardin, car il me semble qu’on m’y cherche, et je viens me réfugier auprès de vous. Je ne veux pas être vu.

Sophie.

Vous ne voulez pas être vu ?

ALEXIS

Non ! Sophie, fermons les portes, je vous en prie.

Il ferme la porto du jardin et Sophie relie de l’antichambre. SOPHIE.

Dites-moi donc vite...

64 THÉÂTRE COMPLET DE GEORGE SA.ND ALEXIS, allant vers la porte de gauche.

Et, ici, personne ne peut nous entendre? Votre mari?

SOPHIE

11 n’arrive que demain; si vous craignez d’ètre surpris... tenez, Vous vous enfermerez dans sa chambre. (Elle désigne la porte de droito.) Mais pourquoi tout ce mystère? Qu’y a-t-il donc?

ALEXIS

Rien... Une nouvelle d’affaires que j’ai apprise à Beauvais, où mon père m’avait ordonné de prendre des informations... J'ai voulu, j’ai dû ne me fier qu’à moi du soin do la lui apporter. Savez-vous s’il a regu ce soir une lettre déposée sur le bureau d’Antoine ?

SOPHIE

Oui, j’ai vu Antoine la lui remettre... Mais pourquoi lui écrire ? pourquoi ne pas le voir?

ALEXIS

Je voulais attendre que tout le monde fût couché dans la maison; je ne veux voir que lui. Je n’ai pu gagner ma chambre, Fulgence était sur mes talons.

SOPHIE

Ah!... peut-être avez-vous tort de vous cacher ainsi !

ALEXIS

Peut-être ai-je eu plus tort encore de revenir!... Mais je ne reviens pas, SojJhie.. J’entre, je vous embrasse et je repars.

U dépose son manteau et son chapeau.

SOPHIE

Je vous sais gré de cette marque d’amitié... Mais avezvous quelque chose à me dire, à moi ?

ALEXIS, avec trouble.

Oh! rien de particulier!... A propos, le mariage est-il conclu ?

SOPHIE

Le mariage de Viclorine ?

• Oui, le mariage de Victorine.

SOPHIE

Et s’il l’était ?

ALEXIS

Eh bien, cela ne changerait rien à ma résolution de repartir à l’instant môme. Ma chaise de poste m'attend hors de la ville, et je veux avant le jour reprendre la route de Paris... Il est donc conclu le mariage?... Il doit l’être I

, SOPHIE

Et s!il né l’était pas ?

ALEXIS

Il ne l’est pas? dites, Sophie, il ne l’est pas?

SOPHIE

Il le sera demain matin.

ALEXIS

Bien décidément ?

SOPHIE

Il n’a pas été question de le rompre.

ALEXIS, secouant ses gants d’un air indifférent, et évitant les regards de sa sœur.

Et Victorine?,.. est-elle triste? est-elle gaie? sera-t-elle heureuse?

SOPHIE

Ah! qui peut répondre de l’avenir?

Il est vrai. Et moi-môme... que sais-je du mien? Je n’y pensais guère quand j’ai désiré de partir... de voir le monde! et puis, au dernier moment, je regrettais de n’avoir pas eu quelque projet plus raisonnablol

SOPHIE

Pourquoi n’avez-vous pas dit alors ce regret à mon père?

ALEXIS

Il était trop tardj

SOPHIE

Pourquoi donc?

ALEXIS

Ah ! Sophie , il est bien inutile à présent que je me confesse 1

SOPHIE, se tournant vers Alexis, qui marche avec agitation, un peu 'en arrière d’elle.

Voyons! serait-ce au mariage que vous avez pensé? aimeriez-vous? Quelles que soient vos résolutions, mon père les approuvera le jour où vous lui direz : « J’aime tendrement, sérieusement, et pour toute ma vie. »

ALEXIS

Sais-je bien si j’aime assez pour oser faire un pareil serment? Mon propre cœur est devenu une énigme pour moi. J’hésite, je m’étourdis, je sou lire... Mais,- loin de m’encourager, il semble qu’on se soit appliqué à m’ôter toute espérance... Alors.je m’efforce d’oublier, de me distraire, et, après " tout, c’est peut-être la seule chose sensée que j’aie à faire désormais, puisque je ne suis pas aimé !

SOPHIE

Ah ! vous êtes incertain, vous sentez que vous pourriez facilement guérir, vous ne voulez pas donner tout votre cœur sans être assurée de retour? Quand on aime pour tout de bon, on ne se demande pas si on sera heureux. On aime parce qu’on aime, voilà tout 1 Et vous n’aimez pas, mon frère ! (Elle so lève.) Allons, n’y pensons plus, et ne compromettez pas l’avenir des autres, puisque vous abandonnez au hasard celui que vous pouviez créer vous-même. Partez, dès que tout le monde sera couché. Je ne dirai à personne que je vous ai vu.

ALEXIS

Mon père me désapprouverait peut-être d’être venu...

SOPHIE

Peut-être!... Et moi aussi! mais on vient, cachez-vous...

ALEXIS, allant à la porte de droite,

Nous nous reverrons un instant, nous causerons encore? *

SOPHIE

Oui, oui! enfermez-vous!

Elle pousse la porte sur Alexis et va ouvrir la porte de l’antichambre.

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