ANTOINE, VICTORINE
ANTOINE
Eli bien , qu’est-ce que c’est ?
VICTORINE, sc mettant à genoux.
Mon père, M. et madame Vanderke m’ont donné leur bénédiction ce soir. Ne voulez-vous pas aussi me donner la vôtre ?
ANTOINE
Tu veux m’attendrir? Lève-toil lève-toi ! toutes ces cérémonies-là, ça fait du mal !
Vous ne voulez pas seulement m’embrasser 1
ANTOINE
Je ne refuse pas de t’embrasser.
VICTORINE, s’attachant à lui.
Mon père! mon cher père!...
ANTOINE
Allons ! vas-tu encore pleurer ? C’est insoutenable !
Oh! je ne pleure pas. Il y a huit grands jours que je n’ai pleuré. C’est bien la peine de se corriger, si vous n’y faites pas attention J Voyez si mes yeux ne sont pas secs.
ANTOINE, troublé.
Ils sont bien brillants!... Tu n’es pas sérieusement malade?
Oh! cerlainement non!
ANTOINE
Tu n’as pas mal à la tète?
Un peu... Ce ne sera rien.
ANTOINE
Non, non, ce ne sera rien... (il s 'en va et revieut.) Est-ce que... est-ce que c’est vrai que lu as la fièvre?
Je ne crois pas. Voyez! j’ai les mains très-froides.
ANTOINE
Mais non! elles sont très-chaudes. Souffres-tu?
Je ne sens rien.
ANTOINE
Si tu te trouvais malade dans la nuit... il faudrait appeler.
Oh! je ne voudrais pas réveiller Sophie.
ANTOINE
Sans la réveiller, tu sonneras... ici, tiens la sonnette, qu’on entend de mon cabinet. J’y passerai une bonne partie de la nuit avec monsieur. ✓
Soyez donc tranquille, mon papa, je ne serai pas malade. ANTOINE.
Ni demain non plus ?
Ni demain non plus.
ANTOINE
Tu seras fraîche, jolie, pas triste? cela me ferait de la peine! pas trop gaie, cependant, ce ne serait pas modeste. La... un petit air décent... de la piété à l’église, de la politesse avec tout le monde, ton naturel enfin.
Vous serez content de moi. Oh ! un jour comme celui-là, je ne veux pas vous affliger.
ANTOINE
Bien, mon enfant, je t’en remercie.
Et à présent vous voulez bien me bénir ? C’est toute la récompense que je demandais pour ma soumission.
Si THÉÂTRE COMPLET DE GEORGE S AND
ANTOINE, la pressant sur son cœur.
Je suis content de toi... (il s’attendrit malgré lui.) Je te bénis! je t’aime! oui, de toute mon âme! (il l'embrasse plusieurs fois avec efTusion. — A part, levant les yeux au ciel Tel tenant sa fille dans ses bras.) Ah! monsieur Yanderke, vous ne savez pas ce que je souffre! (a Victorine, qu’il repousse doucement.) Allons, allons, monsieur m’attend; et, toi, il faut te reposer... faire ta prière, penser à la pauvre mère qui élait une honnête femme... et puis ne plus penser à rien, entends-tu?
Oui, mon papa.
ANTOINE, h part, s’en allant, et s’arrêtant pour regarder Victorine qui reste immobile.
Je ne sais pas, mais j’aimais mieux la voir pleurer 1... Ah! le courage intérieur n’y est pas!... (Haut.) Victorine!
VICTORINE tressaille.
Mon papa ?
ANTOINE
Voyons, écoute-moi... (a part.) Oui, il faut lui donner la volonté. (tiaut.) Écoute-moi bien... As-tu du courage, du vrai courage ?
Il s’assied et la prend sur scs genoux.
Oh! il me semble que j’en ai beaucoup.
ANTOINE
C’est qu’il en faut, vois-tu, pour faire son devoir... As-tu de la fierté... du respect pour toi-môme... la, ce qui s’appelle du cœur ?
Je l’espère.
ANTOINE
Eh bien, il faut épouser Fulgcnce!
Est-ce que je no fais pas ce que vous voulez?
d’ invent: