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Tableau III.
Principaux articles d'importation et d'exportation.
Importations.
Francs.
Viandes salées et conserves 1 260 108
Soies grèges 992 005
Grains, farines et semoules 28 882 857
Sucre raffiné 37 657 627
Thé 7 998 016
Tabacs 2 370 401
Bois 6 467 847
Boissons 10 284 270
Chaux et ciments 3 722 522
Houille 1 164 336
Fers de toutes sortes 5 992173
Savons 1071565
Bougies 3 749 062
Tissus de coton (écrus, blanchis, teints,
imprimés, mousseline) . 24 648 953
Tissus de laine 4 279 989
— de soie 1 119 190
— de soie et laine mélangés 2 225 416
Vêtements confectionnés 4 112 228
Bonneterie ■ . 1 007 675
Ouvrages en métaux (machines, quincaillerie, etc.) 10 654 031
Meubles de toutes sortes 1 783 570
Voitures automobiles 2 077 631
Bimbeloterie 914 723
Exportations.
Francs.
Bœufs 10 058 755
Laines en suint 4 829 525
Œufs de volailles 5 000 206
Peaux de bœufs 3 660 711
— chèvres 3 792 202
— moutons 2 007 736
Céréales 1 434 925
Pois chiches 753 390
Alpiste 533 825
Amandes 7 596 554
Graines de lin 541 766
— coriandre 549 594
Babouches 1 099 902
Tableau IV.
Trafic total des différents ports.
Kenitra 1 582 696
Rabat 25 083 726
Casablanca 79 371792
Mazagan 25 207 295
Zone ) Sa fi 24 460 825
française. ^ Mogador 2i 948 900
1S0 655 234 Algérie (voie de terre) .... 40 952 000
Zone l Tanger 27 862 746
internationale. ) °
Zone ( Tétouan 4 487 946
espagnole. ( Larache 23 723 450
28 211255 Total général 277 681 205
Le commerce du Maroc était demeuré jusqu'à ces dernières années bien peu important, si l'on songe à Tétendue et aux ressources latentes du pays; la situation politique et économique de la contrée, l'absence de voies de communication, les nombreuses prohibitions édictées par le Makhzen suffisent à expliquer cette stagnation. L'accroissement du trafic ne pouvait manquer d'être très rapide aussitôt que le Maroc serait ouvert à la pénétration européenne, et si l'empire chérifien a excité tant de convoitises, c'est justement parce qu'il y avait là un terrain vierge, un marché non encore exploité qu'il s'agissait de conquérir. Le commerce du Maroc a presque doublé en deux ans, et égale déjà à peu près celui de la Tunisie. Encore les statistiques ne comprennentelles que le trafic commercial proprement dit; les marchandises débarquées par l'autorité militaire et dégrevées de droits de douane n'y figurent pas; si l'on en tenait compte, les chiffres seraient considérablement augmentés.
Le mouvement commercial présente un excédent notable et constant des importations. Ce sont les importations qui ont augmenté depuis l'établissement du protectorat; elles ont fait un bond énorme en raison de l'afflux des immigrants. Cet excédent se maintiendra
vraisemblablement pendant un certain nombre d'années, par suite notamment des dépenses d'outillage économique. Quant aux exportations, elles dépendent presque uniquement de l'état des récoltes ; elles ont plutôt diminué dans ces dernières années, les récoltes ayant été médiocres et la consommation sur place ayant beaucoup augmenté.
Les importations intéressent soit la consommation européenne, soit la consommation indigène. Elles peuvent se répartir en quatre catégories : 1° les objets d'alimentation, sucre, thé, boissons, farines dans les années de mauvaises récoltes; 2° les tissus de coton, de laine et de soie; 3° les articles d'usage domestique, tels que les bougies; 4° les articles d'outillage économique, fers, ouvrages en métaux, automobiles, etc. En 1913, le plus gros chiffre est fourni par les sucres (37 millions); la récolte ayant été déficitaire, l'importation des grains, farines et semoules a atteint 29 millions ; puis venaient les ouvrages en métaux (10 millions), les boissons (10 millions), les thés (8 millions), les houilles (6 millions), les fers de toutes sortes (6 millions), les tissus de laine (4 millions), les vêtements confectionnés (4 millions).
Les exportations sont constituées à peu près uniquement par des produits agricoles. Elles sont tombées de 75 millions en 1912 à 46 millions en 1913, par suite de la mauvaise récolte. Les céréales exportées, au lieu de 27 millions, dont 19 millions d'orge en 1912, n'ont atteint que 1 400 000 francs, dont 1 300 000 francs d'orge. Les principaux articles ont été les bœufs (10 millions), les amandes (7 millions), les œufs de volailles (5 millions), les laines (4 millions), les peaux de chèvres (3 millions), de bœufs (3 millions), de moutons (2 millions). Le seul objet manufacturé qui ait quelque importance, ce sont les babouches (1 million).
Chacun des ports ouverts au commerce, comme le
remarquait Beaumier, a son rôle particulier, résultant de sa situation géographique, de ses relations avec l'intérieur et des productions des pays qui l'avoisinent. Casablanca a enlevé à Tanger le premier rang depuis quelques années, passant de 12 millions en 1908 à 79 millions en 1913, par suite de l'occupation française et de l'accroissement de la population européenne; ce port fait aujourd'hui plus du tiers du trafic maritime total. Tanger reste Temporium du détroit, et sa position géographique l'appelle à un rôle de premier ordre. Quoique les traités le laissent en quelque sorte en dehors du Maroc et lui fassent un régime à part, il ne peut manquer de grandir très rapidement. Les ports du Nord ravitaillent Fez, les ports du Sud Merrakech, d'où les marchandises européennes se répandent ensuite dans le Maroc. Pour l'exportation, Tanger et Tétouan drainent les produits du Rarb, notamment les bœufs; Larache et Rabat exportent des laines, des fèves, des cires, des cuirs; Casablanca, des céréales, des laines, des pois chiches, des peaux; Mazagan, des peaux, des œufs, des amandes; Safî, des peaux, des amandes; Mogador, des peaux de chèvres, des amandes, de la cire, des gommes. Au total, en 1913, le commerce de la zone française a atteint 221 millions, dont 181 millions aux importations et 40 millions aux exportations; celui de la zone internationale (Tanger), 28 millions (importations 25 millions, exportations 3 millions); celui de la zone espagnole, 28 millions (importations 25 millions, exportations 3 millions).
La France, en 1913, a participé pour 152 millions, soit 55 p. 100, au commerce total du Maroc. Le commerce français s'effectue partie par les ports ouverts (112 millions), partie par la frontière algérienne (40 millions). Il serait puéril de nierque ce commerce est en grande partie factice. Les importations atteignent 129 millions, les exportations 23 millions seulement. Le
sucre, dont les indigènes font une énorme consommation et dont la France a en quelque sorte le monopole, est un des plus gros articles. Il faut y ajouter les boissons, les farines et semoules, les papiers, les allumettes, les tissus de soie. Aux exportations, nos principaux articles sont les peaux de chèvres et de bœufs, les laines, les amandes, les pois chiches. Par notre frontière algérienne, nous exportons des moutons, nous importons des produits manufacturés.
L'Angleterre vient au deuxième rang dans le commerce marocain (51 millions). Mais son importance relative a décru devant ses jeunes rivales, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique. Il y a une vingtaine d'années, son commerce dépassait celui des autres nations d'une hauteur telle que le monopole, pratiquement, lui appartenait. Il n'en est plus ainsi ; les commerçants de la côte et les industriels de Manchester maintiennent difficilement leurs positions. Cependant l'Angleterre conserve à peu près le monopole de l'importation des tissus de coton et des cotons bruts, auxquels elle joint les thés et les bougies. Elle exporte principalement des peaux de chèvres, des amandes, des œufs, de l'orge, des fèves, des laines, des gommes.
On peut faire remonter l'origine du commerce allemand au Maroc à l'expédition commerciale envoyée en 1886, sous les auspices du Cenlralverein fur Handelsgeographie. Des lignes de navigation régulières unirent bientôt l'Allemagne aux ports marocains, et Hambourg prit, à côté de Londres et de Marseille, un rôle notable comme port d'exportation du Maroc : « L'Allemagne, disait Jannasch, doit vaincre l'Angleterre; ce n'est qu'une question de temps. » Ces espérances ne se sont pas complètement réalisées. L'Allemagne a déployé au Maroc ses qualités ordinaires : extrême réduction des prix, fut-ce au détriment de la qualité, adaptation ingénieuse aux préférences locales, activité des représen-
LA MISE EN VALEUR DU MAROa 417
tants de commerce. Cependant les progrès du trafic allemand, après avoir été très rapides, ont subi un temps d'arrêt dans ces dernières années. L'Allemagne, avec 27 millions, ne fait que 9 p. 100 du commerce du Maroc. Elle importe surtout des draps et des satins de Chine, de la quincaillerie, des papiers, des alcools, de la verrerie. Elle exporte des orges, des amandes, de la cire, de la laine, des œufs, des peaux de chèvres. L'activité des Allemands s'était surtout portée sur le Maroc méridional, sur la région de Mogador, de Merrakech, et sur le Sous. Dans ces derniers temps, elle paraît viser principalement la zone espagnole, la région de Larache et celle de Melilla.
L'importance, la nature et la valeur du commerce de l'Espagne au Maroc (15 millions) ne justifient guère le rôle auquel elle prétend par suite de traditions historiques plutôt qu'en raison d'intérêts réels. Ses importations sont insignifiantes, et, si l'on fait abstraction de Melilla, l'Espagne n'envoie guère plus de marchandises au Maroc que la Belgique. C'est qu'un pays neuf comme le Maroc importe principalement des produits industriels et que l'Espagne n'en a point à lui fournir. Les exportations, peu importantes (6 millions), consistent surtout en maïs, œufs, pois chiches, peaux de chèvres, dattes et volailles. C'est dans les ports de Tétouan, de Tanger, de Larache que cette puissance montre relativement le plus d'activité; à Mazagan, cependant, les exportations espagnoles dépassent les exportations françaises. Les statistiques concernant le port de Mellila ne sont guère utilisables; il semble néanmoins que, par suite de l'accroissement de la ville et de l'extension du territoire espagnol autour du préside, le commerce se soit accru dans ces dernières années, en même temps que la part du commerce espagnol par rapport au commerce français et anglais, autrefois prépondérants, tendait à augmenter dans ce port.
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Enfin, au Maroc comme sur tous les marchés du monde, des nouveaux venus, tels que la Belgique, l'Italie, les États-Unis, prennent place à côté des anciens fournisseurs et clients, obligés désormais de partager avec eux. Les Belges se sont efforcés de concurrencer la France pour le sucre, l'Angleterre pour la bougie, et ils ont en partie réussi; ils vendent aussi des briques et des tuiles, de la faïence et de la porcelaine, des fers; leurs exportations ont moins d'importance.
La statistique du mouvement de la navigation dans les 8 ports marocains en 1913 donne pour la France 2 465 695 tonnes ; pour l'Espagne, 1 216 373 tonnes ; pour l'Angleterre, 976 042 tonnes; pour l'Allemagne, 773 601 tonnes; pour la Hollande, 698 665 tonnes. Il faut observer qu'on tient compte pour les navires allemands, anglais et hollandais de l'escale que font à Tanger leurs grands navires au long cours, et, pour les navires espagnols, des services postaux effectués tous les jours sur Tanger.
Plus que tout autre témoignage, l'accroissement des services de navigation français indique l'importance du mouvement qui s'est dirigé vers le Maroc depuis l'établissement du protectorat. La Compagnie de navigation Paquet, qui, de longue date, a puissamment contribué au développement de l'influence française au Maroc, assure chaque semaine des services réguliers de Marseille à Tanger et Casablanca et de Marseille à Oran et Casablanca; des services commerciaux de la même Compagnie desservent les ports de la côte occidentale du Maroc, et font d'autre part la liaison avec Alger et Tunis; un autre service relie Tanger à Dakar. La Compagnie de navigation mixte dessert, en partant de Marseille, la côte Nord du Maroc et Tanger. La Compagnie générale transatlantique a établi un service rapide et direct entre Bordeaux et Casablanca; elle assure en outre des départs commerciaux de Dunkerque, de Nantes
et de Bordeaux. La Compagnie Mazella, d'Oran, avec de petits vapeurs entrant en rivière, fréquente les « ports à barre », Rabat et Mehedya-Kenitra. Il faut s'efforcer de développer les relations maritimes du Maroc avec les ports français de l'Atlantique et de la Manche. Il faut aussi, toutes les fois que la chose est possible, favoriser l'escale au Maroc, tout au moins à Tanger, de nos grands services de navigation à destination de l'Afrique occidentale française et de l'Amérique du Sud.
Les lignes de navigation anglaises qui desservent les ports du Maroc, sans compter les services de la Compagnie Bland, qui relie Gibraltar à Tanger, sont la Royal-Mail, la Power-Steamship et la Mersey- Steamship; la Compagnie Peninsular and Oriental, YOrient-Line et la Compagnie -Papayanni font escale à Tanger. L'Allemagne est représentée par YOldenburg- Portugiesische-Linie , sans compter les escales que font à Tanger le Norddeulscher Lloyd et la Deutsch Ost- Afrika; l'Autriche, par la Compagnie A dria; la Hollande, par la Compagnie Nederland et par le Rotterdam Lloyd; l'Italie, par le Servizio Italo-Spagnuolo. L'Espagne fait de grands efforts pour soutenir ses lignes marocaines et la Compagnie Correos de Africa reçoit une subvention de plus d'un million.
Les conditions dans lesquelles a été reconnu notre protectorat sur le Maroc ont rendu notre tâche singulièrement difficile au point de vue militaire, financier et diplomatique. Mais c'est dans la guerre européenne que se décide actuellement le sort de l'Afrique du Nord. La situation du Maroc, comme celle du monde entier, subira après ce grand drame des modifications dont il est actuellement impossible de prévoir le détail, mais qui nous dégageront de bien des entraves. L'œuvre que la France a entreprise au Maroc n'a pas été interrompue parla guerre européenne. La paix victorieuse de demain nous permettra de l'achever avec plus de liberté.
Le phénomène de l'expansion des puissances européennes et du partage de la terre entre elles est trop complexe pour pouvoir être jugé du seul point économique : a Prétendre, dit M. Ribot, que la prépondérance politique n'est qu'un leurre sans la protection douanière est une vue inexacte. Quelle que soit l'importance des questions douanières, l'essentiel, c'est qu'une puissance européenne étant à Alger et à Tunis, une autre puissance européenne ne soit pas à Fez. »
La plus grande richesse du Maroc, c'est cette population berbère, si sauvage, mais dont il importait à si haut point que la France fût l'initiatrice : « L'Afrique du Nord est pour notre race, a dit le général Lyautey, ce qu'est le Far-West pour l'Amérique, c'est-à-dire le champ par excellence de l'énergie, du rajeunissement et de la fécondité. »
Ce que la France a voulu, c'est réaliser entre ses mains, comme l'avaient fait les Romains, l'unité de la Berbérie. c II n'y a pas deux façons de concevoir les destinées de la France, écrivait Prévost-Paradol. Ou bien nous resterons ce que nous sommes, nous consumant dans une agitation intermittente et impuissante au milieu de la rapide transformation des pays qui nous entourent, et nous tomberons dans une douteuse insignifiance sur ce globe occupé par la postérité de nos anciens rivaux. Ou bien 80 à 100 millions de Français, fortement établis sur les deux rives de la Méditerranée, au cœur de l'ancien continent, maintiendront à travers les temps le nom, la langue et la légitime prospérité de la France. »