III. — De Bou Denib au Tafilalet
75 à 100 k. soit pâT Aoufous (p. 280), d'où l'on descend le long de l'oued Ziz en passant à El Maadid, célèbre par les chauds engagements qui s'y livrèrent en 1916 entre nos troupes et des harkas indigènes; soit par la Hammada et Talghemt (p. 280).
Succession de 200 ksour et de nombreux jardins et de champs enclos de murs de pisé réunis par des chemins tortueux, le Tafilalet (on dit aussi Tafilelt) proprement dit, de 15 k. de large et de 20 k. de long, est le bassin d'épandage, le delta terminal de l'oued Ziz, dont l'altitude sur ce point est de 750 m. Ses terres d'alluvions, admirables de fertilité, ne produisent que sur les points où l'irrigation est possible. L'eau est tirée de puits d'oîi chameaux et ânes extraient sans arrêt le liquide
LE ZIZ
fécondant. Les gottara ou canalisations souterraines sont rares et pauvres en eau.
La région politique et géographique de l'oued Ziz comprend, outre les sept districts lilaliens : Oued Ijli, Sfalat, Ghorfa^ Si/a, Beni Mohammed, Tamidjiout et Oued Malah, le groupement des Sebbah Saa El Djorf, Ouled Zohra, Tizimi et Fezna^ ce qui représente une bande d'oasis de 50 k. de long.
La source principale de richesse est le palmier, de très belle venue, que l'on compte par millions et qui donne des dattes de qualités diverses, appartenant à une vingtaine de variétés différentes; celles dont la saveur est la plus fine, dites «< Bou Sèkri », sont petites et vertes. D'autres essences, tels l'akba à galle tannante et des arbres fruitiers de toutes sortes croissent sous les palmiers. Enfin, dans les terres irriguables, on cultive les céréales et les légumes.
L'industrie du pays est celle du tannage des peaux de chèvre, que l'on prépare à l'aide de Técorce d'un arbre appelé « akba » ressemblant au mimosa. Le cuir filali jouit d'une renommée générale dans tout le nord de l'Afrique et fait l'objet d'un important commerce.
La population, de 150 à 200,000 habitants, est réputée pour être très indépendante et très fermée; elle vit dans la multitude des ksour très rapprochés les uns des autres; son chef politique et religieux est Moulay El Mahdi, khalifa du sultan, auprès de qui nous avons placé en 1917 un officier résident secondé d'un interprète et d'un docteur. L'inlluence française a commencé à se faire sentir par l'aménagement de sources et du célèbre puits de Sidjilmassa, dont l'eau est puisée par des âniers qui vont la vendre au loin dans les villages, par des soins médicaux aux indigènes et par l'étude d'une maladie du palmier, le « bayoud », attribuée à un ver rongeur.
Histoire. — La capitale du Tafilalet fut autrefois Sidjilmassa, centre de résistance des Berbères kharedjites (viii^ et ix*^ s.) qui se dressaient contre l'orthodoxie musulmane des conquérants arabes. Elle appartint successivement aux Fatimites, aux Maghraoua, aux Almoravides, aux Almohades et enfin aux Mérinides. Au xiii^ s., les Mérinides de Fès et les Abd El Ouadites de Tlemcen se la disputèrent vivement. En 1315 elle devint indépendante avec Abou Ali, lils du souverain mérinide de Fès, puis rentra dans le giron de l'empire en 1363.
Du VIII® au xir^ s., Sidjilmassa fut une ville importante et prospère. El Bekri (xi® s.), Edrisi (xii® s.) en ont fait de séduisantes descriptions. Au XVI® s., Léon l'Africain n'en vit plus que les ruines.
Le Tafilalet est le berceau de la dynastie alaouite actuellement régnante. Moulay Cliérif, le premier émii* de cette dynastie, y fut proclamé sultan en 1630; il descendait de Moulay El Hassane amené d'Orient vers 664 de l'Hégire (xiii® s.) dans le but de rendre plus fertiles, par sa « baraka » bienfaisante, les oasis de la région en complet état de dépérissement à cette époque.
C'est au Tafilalet que les divers sultans alaouites envoyaient les membres de leur famille dont la présence dans les capitales du N. leur portait ombrage ; ils les dotaient alors de biens fonds et de revenus, d'où la raison pour laquelle la région compte tant de chérifs.
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LE ZIZ
La kasba de Sidjilmassa, qui avait été restaurée par Moulay Ismaïl, fut détruite de fond en comble par les Aït Atta, en 1818; ainsi disparut définitivement une ville qui joua pourtant un grand rôle au moyen âge. Le nom de iSidjilmassa n'est connu que des lettrés; les autochtones désignent son emplacement sous le nom de Medinet El Amra.
Les villages du Tafilaiet ne sont que de chaotiques amas de masures de pisé. Seul celui de Tighmart, ksar maghzen construit vers 1890 pour les fils de Moulay El Hassane sur les plans d'architectes de Fès et avec une main d'œuvre juive, est bien ordonné et a du caractère. Entouré d'un mur crénelé qui dépasse 10 m. de hauteur, il est flanqué de neuf bordjs imposants. Au centre, cinq maisons aujourd'hui délabrées et qui furent de petits palais se groupent au pied d'une mosquée avec minaret bien décoré et de beau style. C'est à Tighmart que s'est installée, en 1917, la première mission française chargée d'organiser le Tafilaiet. Un camp a été aménagé près du ksar de Dar El Beïda, à 4 k. de Tighmart.
Le ksar Bou Aam, le village le plus important, est le grand centre des transactions qui s'opèrent par caravanes entre le Soudan, le Touat, le Gourara, le Tidikelt et le Sud marocain. C'est de là que se fait l'exportation sur Mogador, Tanger et l'Algérie, de l'ambre, des dattes et du cuir fllali; le Soudan y envoie ses gommes et ses plumes d'autruche.