LE SOUS
Aperçu général. — Cette province s'étend sur 200 k. de longueur entre l'Océan et le Djebel Siroua (3,300 m. d'alt.) et dans l'angle compris entre le Haut Atlas et l'Anti Atlas; elle est arrosée par l'oued Sous et ses affluents. Sa superficie est do "20,000 k. carrés. La population, de près de 400,000 hab., est de race et de langue berbère; elle se livre à l'émigration temporaire et s'adapte facilement aux travaux européens.
Pays de transition entre la zone méditerranéenne et la zone tropicale, le Sous jouit d'un climat torride en été.
On a longtemps cru que le Sous est un pays excessivement riche. La réalité serait plus modeste. Toutefois, l'abondance des eaux permet l'irrigation de vastes terrains où les céréales croissent bien dans les parties basses de la vallée. De plus le coton et la canne à sucre, déjà introduits dans la contrée avant l'arrivée des Français, sont susceptibles de bons rendements. Enfin, l'arganier et le thuya, qui peuplent les pentes de la vallée, peuvent être Tobjet d'utilisations intéressantes. Les ressources les plus appréciables seraient les minerais : cuivre
TAROUDANT.
déjà exploité par les indigènes, plomb, sel gemme, phosphate de chaux forment, dit-on, d'importants gisements.
Excursions. — L'heure n'est pas encore venue des excursions librement faites dans le Sous. Nous donnons néanmoins quelques renseignements sur le parcours d'Agadir à Taroudant et à Tiznit pour le jour où elles seront possibles. Pas de routes, pistes muletières.
l** D'Agadir à Taroudant.
60 k. env. E. — Piste muletière, d'un parcours facile.
La piste longe la plage jusqu'à Tanant Er Roumi et remonte la rive dr. de l'oued Sous, riche et peuplée, en traversant un assez grand nombre de petits affluents ravinés et transformés en torrents après les grandes pluies. Elle passe successivement à Tikiouine (50 feux), Draga, (20 feux), Igouder (20 feux), Tagadirt (50 feux), Tadaouart (25 feux), AU Baha (30 feux), Knibich (50 feux). Entre Tikiouine et Knibich, elle suit la lisière méridionale d'une forêt d'arganiers et de thuyas.
38 k. Souk Et Tnine des Oiiled Teïma, zaouïa et marché du lundi, en tribu Haoura, fréquentés par les aborigènes, les Ksima, les Mesguina et les Ida Ou Zika.
La piste traverse longtemps une forêt clairsemée d'arganiers. Les principaux villages rencontrés sont : Adouz (60 feux); Ouled Seghir (100 feux); Ahel Bahrir (100 feux); Oaled Brahim (100 feux); Ouled Moumene (100 feux), où cesse la forêt d'arganiers; zaouïa Ansala, dont les chefs sont de gros propriétaires fonciers; Kchachda (70 feux); Tala (60 feux). On pénètre alors dans des jardins plantés d'oliviers.
60 k. Taroudant (ethn. : Roudanï), ville indigène située dans un étranglement de la vallée de l'oued Sous, à 5 k. de la rive g. du fleuve. Ancienne capitale du Sous, elle est peuplée de 6,000 hab., dont 1,000 Israélites enfermés dans un mellah mal entretenu.
Histoire. — En 1030, alors qu'elle était occupée par les Rafida, secte chiite constituée par Er Rafdi, qui avait été chassé d'Ifrikia pour son hérésie, Taroudant fut assiégée et emportée d'assaut par les Almoravides. Taroudant est de fondation très ancienne, mais encore indéterminée. Ayant recouvré un moment son indépendance, elle fut conquise par les Mérinides qui en firent la capitale du Sous, la fortifièrent et l'embellirent. Mais elle parvint encore à reprendre sa liberté ; elle fut alors gouvernée par quatre principaux notables, dont les attributions duraient six mois. Au xvi^ s. elle entretint avec le Soudan d'importantes relations commerciales. Elle devint un centre d'action des chérifs saadiens et fut pendant quelque temps leur capitale. La plupart des princes de cette dynastie y firent des séjours assez prolongés. La création de Mogador et la fermeture d'Agadir au commerce maritime par Sidi Mohammed (1760) ruina la ville. — Après la mort de Moulay El Hassane qui y avait installé solidement son autorité, la ville fut l'objet de nouvelles convoitises (1898); les caïds Haïda Ou Mouïs Ei Menebhi, El Hadj Dris El Yahaoui, Mohammed Ould Bou Mehdi El Houaraoui essaient de s'en emparer et d'en chasser la garnison makhzen, mais sans résultat, grâce à l'énergique attitude du caïd
riZMT.
Ahmed Ould Kabba Ecli Chiadmi. Mais ce dernier est bientôt assassiné par ses ennemis et Ei Hiba fait de Taroudant le siège de sa résistance. Il s'y maintient jusqu'au printemps de 1913, époque à laquelle la ville est reprise par les mehallas cliérifiennes. — Le général de Lamothe y entra le 5 mai 1917.
Uenceinie actuelle, de remparts fauves régulièrement bastionnés et crénelés, de 5 à 6 m. de hauteur et de plusieurs k. de pourtour, enserre la ville et d'immenses jardins et vergers où croissent des oliviers centenaires occupant les deux tiers de l'espace encerclé. Elle serait la troisième en date, et contemporaine de Moulay Ismail (fin xvn^ s. ou commencement du xvni*" s.). Son périmètre enfin serait plus réduit que celui des enceintes primitives.
Les maisons, modestes, sont bâties en pisé rougeâtre. La ville ne compte pas de palais. Quelques mosquées, mal entretenues, dressent cependant dans le ciel leurs charmants minarets.
L'industrie indigène de Taroudant est représentée par des fabriques de babouches et sacs de cuir, d'articles de chaudronnerie et de cuivrerie, d'armes et de poignards, quelques poteries. Les métaux sont aujourd'hui importés d'Europe; les indigènes sauraient toutefois les extraire, en particulier le cuivre provenant de gisements situés au N. de la ville.
Le climat de Taroudant, agréable en hiver, est torride en été.
De Taroudant a Tiznit, p. 139.
2° D'Agadir à Tiznit.
87 k. S. — Piste muletière en 4 étapes.
Le départ a lieu en terrain plat et broussailleux. Les autochtones « chleuh » habitent des maisons groupées en douars qu'entourent des massifs de figuiers de Barbarie. Souvent de hautes tours de guet s'élèvent au-dessus des agglomérations. — 12 k. Traversée de l'oued Sous, profond dans cet endroit d'env. 0 m. 50 et large de 25 à 30 m. auprès du souk Et Tleta d'Imsgane, marché du mardi des Ksima, très fréquenté. — 13 k. El Mzar (90 feux); forêt d'arganiers à l'E. — 24 k. Talmd (30 feux), à la lisière 0. d'une grande foret d'arganiers. — 36 k. Inchadem (200 feux).
40 k. Dar Kaïd El Houssine Delimi, grande kasba et centre d'un gros village de 200 feux, tribu Ghtouka. — 41 k. Sidi Bon Médiane (300 feux).
La piste est plate et sablonneuse. — 62 k. Tassila, gros village des Ait Massa, de 300 feux, avec nombreux jardins qu'arrosent des séguias amenant l'eau de l'oued Massa. — 64 k. Aguedal (20 feux) et gué de l'oued Massa, large de 20 m. et profond de 0 m. 50. — Douar Sidi Ali (50 feux) dans les Ait Mader.
87 k. Tiznit, bourgade située à 20 k. de la côte, au centre d'un territoire fertile, au pied de l'Anti Atlas et au débouché
TIZNIT, — IFNL [15] — 139
des cols de la montagne. Peuplée de 4,000 hah. dont 200 juifs, la ville comprend 4 quartiers correspondant à autant de tribus : AU Zkri (250 feux), AU Mhammed (500 feux), AU Tlah (200 feux), AU Oukfa (300 feux). Une enceinte de 6 k., percée de six portes, protège la ville.
De grandes places, des rues très larges, des cimetières, des champs d'orge, des jardins irrigués où croissent des plantes méditerranéennes et sahariennes, de grands terrains vagues indiquent que la cité dût être très peuplée. Les maisons ont une porte qui fait songer à l'entrée d'antiques tombeaux.
Histoire. — La ville a été fondée par Moulay El Hassane (1882) au cours de son expédition dans le Sous. Ses mosquées, kasbas, fondouks, mellah dateraient de cette époque. Après la mort du souverain, les sept tabors, qu'il y avait envoyés en p:arnison, se dispersèrent. — D'après une légende locale, Tiznit serait do fondation plus ancienne et dûe à une femme dévoyée, Fatma Tiznit, qui vivait quelque temps avant la naissance du Prophète. Réfugiée là avec son amant, elle y découvrit une source auprès de laquelle vinrent s'installer plusieurs familles. Plus tard, elle se repentit, et eut une conduite telle qu'on la considéra comme une sainte. C'est sur sa tombe que s'élève la mosquée Ida Ouzfa.
Au souk El Khemis, à 1 k. N. de Tiznit, marché du jeudi, dont les boutiques sont des niches construites en pierres sèches. Spécialité de koumias ou poignards de cuivre ou d'argent ciselé incrustés de cires jaune et verte, de poires à poudre en corne avec ornements de métal, d'ouvrages en perles de verre coloré.
Environs. — l'' Oasis de Talaïnt ('20 k. S.-O. ; piste arabe) : Talaïnt, village de 1,200 hab., dont 250 juifs vivant dans un mollah, comprend plusieurs groupes de maisons reliés par des champs et des jardins; l'un de ces groupes, formanc pointe vers le S., est fortifié. L'oasis est fréquentée par les Maures qui viennent y commercer.
2° Zaoula de Sidi Ahmed Ou Moussa (25 k. S.-E. ; piste muletière), on pays Tazeroualt, siège de la zaouïa mère des Ouled Ou Moussa dont les adeptes, qui se livrent aux jeux acrobatiques (sauteurs arabes), sont répandus au Maroc et connus en Europe et même en Amérique; centre de 3 moussems annuels et d'un certain mouvement commercial.
Le Tazeroualt, région de 400 k. carrés env., a une histoire qui se confond avec celle d'une secte religieuse, les Bmaï on M okahlia « francsarchers », habiles tireurs, fondée, d'après la légende, par un archer très habile. La secte fut amenée au Sous au moment de la lutte contre les Portugais (xvi« s.). Son chef était le chérif idrisside Sidi Ahmed Ou Moussa qui sut acquérir une très grande notoriété et dont le tombeau se trouve dans la zaouïa. Son petit-lils, rompant avec la dynastie saadienne, souleva les populations du Sous, du Dra et du Tafilalet, et devint le souverain du pays. C'est contre lui que Moulay El Hassane organisa l'expédition de 1882, qui obtint la soumission du chérif au Makhzen. Au moment de l'insurrection hibiste, des membres de la famille ayant prêté main-forte à El Hiba, fils de Ma El Aïnine, la colonne d'Agadir se rendit au Tazeroualt, livra le combat d'Oujjane, du 24 mars 1917, à la suite duquel le chérif de Tazeroualt et ses deux fils vinrent faire leur soumission.
DE TIZNIT A IFNI (50 k. env. S.-O.). — Ifni, sur la côte atlantique, à l'embouchure de l'oued Ifni, est le centre de l'enclave espagnole du
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Maroc méridional. Les bijoux de la répfion sont d'un type spécial; composés de disques, de rectangles ou de triangles découpés dans les plaques d'argent et gravés d'ornements que rehaussent des applications d'émail et de cire, ils sont curieux et originaux.
DE TIZNIT A TAROUDANT (130 k. env. N.-E. ; piste arabe). — 23 k. de Tiznit à Aquedal ( V. en sens inverse l'itinéraire d'Agadir à Tiznit, p. 138). — La région tantôt sableuse, tantôt rocheuse, paraît pauvre. De temps à autre, autour des villages, vergers de figuiers et grenadiers entourés de haiesde cactus. — 70 k. Biougra, centre principal du pays Chtouka. On entre ensuite dans la forêt d'Admis, que les indigènes disent être peuplée de serpents dangereux. C'est là que s'approvisionnent les charmeurs de serpents qui donnent des représentations sur les souks et les places des villes marocaines. — 112 k. Dai^ Bel Hamidi, en pays Houara.
130 k. Taroudant (p. 137).