‹ Le marquis caporalChapitre 11 sur 164 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

HÉLÈNE, RHOUETTE.

HÉLÈNE

Le danger est donc bien grand ?

RHOUETTE.

Terrible : le roi de Prusse est à Verdun, Longwy a été pris, quatre-vingt mille Prussiens pèsent sur nos frontières.

HÉLÈNE

Ah!

RHOUETTE.

Quatre-vingt mille!... etDumouriez n’a que vingt-sept mille combattants.

HÉLÈNE

Que deviendrons-nous ?

RHOUETTE.

Si l’ennemi envahit TArgonne, s’il occupe demain le défilé de Grand-Pré et celui des Islettes, l’armée française sera rejetée sous Châlons et bientôt sous les murs de Paris, et Paris conquis ou surpris, c’est la France décapitée !... Oui, sonne, sonne !... Ah ! malheur à ceux qui n’entendront pas ce cri de détresse... à ceux qui mettront leur bonheur avant le salut de la patrie !... Dites comme moi, Hélène : malheur, malheur !

HÉLÈNE

Mais...

RHOUETTE.

La France a besoin de tous ses enfants, entendez vous ?... Les femmes qui font de leurs caresses une distraction à son malheur sont criminelles. Si la France était vaincue, c’est sur ces impies que sa défaite et son sang retomberaient ... c’est sur elles qu’éclateraient ses malédictions !

HÉLÈNE

Vous ne dites pas cela pour moi, n’est-ce pas, docteur?

RHOUETTE.

Non, je vous connais mieux que vous-même. Si l'épée de Valleroy était nécessaire au triomphe de son pays, vous seriez la première à la tirer du fourreau pour armer son bras.

HÉLÈNE

Je l’enverrais à la mort ?

RHOUETTE.

Comme votre aïeule à son mari, vous lui diriez : Va, tu m’embrasseras au retour si la France est contente de toi !

HÉLÈNE

Ah ! taisez-vous !

RHOUETTE.

Aux heures des convulsions publiques, qui s’abstient se dégrade, qui s’isole trahit. Il faut être ici ou là, être ceci ou cela, être au camp de Condé ou parmi nos patriotes ; être avec les hulans et la vieille armée prussienne, pourvu de tout comme eux, discipliné, caressé par la vengeance, l’épée levée contre son pays... ou parmi nos volontaires, déguenillés, sans pain, sans souliers, inexpérimentés, tumultueux, mais avec la volonté de l’indépendance et l’enthousiasme d j la liberté au cœur !

HÉLÈNE

Je crains de vous comprendre 1

RHOUETTE, à part.

Elle a compris.

(Le bossu et Bonaventure reviennent.)

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