SCÈNE XI
Les Mêmes, CLAIRE.
CLAIRE, se jetant dans les bras d’Hélène.
Ma sœur 1
HÉLÈNE
Chère enfant!
CLAIRE, à la dame, sans voir Juvigny.
Laisse-nous, ma bonne Gertrude, je te ferai appeler si j’ai besoin de toi. (La dame sort. Claire à Hélène en lui prenant les mains.) Ah ! comme je suis heureuse de te revoir !
HÉLÈNE
Es- tu grande !
Mais pense donc, il y a dix ans que je ne t’ai vue 1
HÉLÈNE
Embrasse-moi encore !
CLAIRE
Je te gronderais, si j’osais, de n’être parvenue nous visiter et de m’avoir si peu écrit depuis deux ans... Mais non !... je sais que tu ne vis que pour lui... Lui, c’est celui qu’on aime, n’est-ce pas ?... Oh ! je te comprends, ton mari doit être bien heureux ?
HÉLÈNE, embarrassée.
Mon mari ?
CLAIRE
Un beau garçon, m’a-t-on dit... bien bon. à ce qu’il parait... Je ne l’ai jamais vu, sais-tu ?... Où est-il ?
JUVIGNY, s’approchant.
Au camp de Dumouriez.
CLAIRE
Mon frère !
JUVIGNY
Oui, Paul de Juvigny. S’il est en fuite, il n’est pas dompté. Il mourra, comme il a vécu, pour la cause de nos rois.
HÉLÈNE
Tu trouveras dans Gaston un adepte obstiné des idées nouvelles. S’il est au camp, c’est comme citoyen et soldat.
Ta place n’est pas ici, tu le devines, elle est marquée à Coblentz. Veux-tu me suivre?
HÉLÈNE
Chacun ne doit écouter que les inspirations de sa destinée dans ces temps de trouble. Je n’ai que mon dévouement et mon cœur à t’offrir; veux-tu rester près de moi ?