‹ Le marquis caporalChapitre 54 sur 164 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

GOURDIER

Je vois avec regret que je ne réponds pas à l’idée que vous pouviez vous faire de votre protecteur inconnu.

Je ne dis pas cela... mais...

GOURDIER

Il faut en prendre votre parti. Cet être mystérieux, dévoué, attentif à vos moindres périls et tremblant à la pensée seule de se présenter devant vous, oui, madame, c’est cette espèce de loup qui a hurlé avec Danton aux journées de septembre. J’ai grandi avec la Révolution. J’ai été terrible comme elle. J’ai de son audace et de sa force dans le cœur. Voilà pourquoi j’espère vous sauver, vous sauver encore, vous sauver toujours.

HÉLÈNE

Je suis menacée?

GOURDIER

Plus que jamais la veuve du marquis de Valleroy doit cacher son nom.

HÉLÈNE

On me poursuivra donc sans cesse?

GOURDIER

On croit que M. de Valleroy a survécu à son suicide. C’est absurde, j’en conviens. Comment cette erreur s’est-elle accréditée; comment le comité de sûreté générale s’en est ému lui-même ; qu’une enquête a été ouverte, et que je suis chargé de la diriger, seul, s’il me plnit, ou, au besoin, avec le concours du général Ghombure, je ne saurais le dire.

HÉLÈNE

On ne me croit pas assez malheureuse !

GOURDIER

Ne tremblez pas : si on accuse madame Dortois, je la défendrai; si on la menace, ses ennemis me trouveront entre elle et leur colère.

Ah! monsieur!

GOURDIER

Laissez-moi croire seulement que toute une vie de dévouement ne restera pas stérile; et que madame Dortois, qui est libre de disposer de sa main puisqu’elle est veuve, permettra au citoyen Gourdier qui ose l’aimer, d’espérer?...

Vous ?

HÉLÈNE

GOURDIER

Pourquoi le tairais-je ? quel autre sentiment que celui d'un amour profond m'aurait fait attendre obstinément sans me plaindre pendant deux ans?

HÉLÈNE

Je ne me remarierai jamais.

GOURDIER

J’avais attendu la fin de votre deuil, ce n’était pas assez, je le vois... j’attendrai encore.

HÉLÈNE

Non, jamais !

Le veuvage à votre âge est un sacrilège.

HÉLÈNE, à part.

Je suis en son pouvoir 1

GOURDIER

Une espérance, si légère qu’elle soit, forait de moi votre esclave?

HÉLÈNE, à part.

S’il me dénonçait, Gaston se perdrait à son tour pour mourir avec moi !

GOURDIER

Vous portiezhier encore de> habits de veuve... Vous n’avez plus cette tristesse sur vos vêtements, pourquoi votre cœur en garderait-il l'éternelle empreinte?

HÉLÈNE

Je ne puis rien répondre... devinez!

GOURDIER

J’essaierai ! (il va pour lui baiser la main.)

HÉLÈNE, retirant vivement sa main.

J entends le général ! (Entrent le général, Rhouette, Étienne et Claire. Claire et Rhouette attendent dans le fond en causant.)

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