ACTE DEUXIÈME
GOURDIER
Je vois avec regret que je ne réponds pas à l’idée que vous pouviez vous faire de votre protecteur inconnu.
Je ne dis pas cela... mais...
GOURDIER
Il faut en prendre votre parti. Cet être mystérieux, dévoué, attentif à vos moindres périls et tremblant à la pensée seule de se présenter devant vous, oui, madame, c’est cette espèce de loup qui a hurlé avec Danton aux journées de septembre. J’ai grandi avec la Révolution. J’ai été terrible comme elle. J’ai de son audace et de sa force dans le cœur. Voilà pourquoi j’espère vous sauver, vous sauver encore, vous sauver toujours.
HÉLÈNE
Je suis menacée?
GOURDIER
Plus que jamais la veuve du marquis de Valleroy doit cacher son nom.
HÉLÈNE
On me poursuivra donc sans cesse?
GOURDIER
On croit que M. de Valleroy a survécu à son suicide. C’est absurde, j’en conviens. Comment cette erreur s’est-elle accréditée; comment le comité de sûreté générale s’en est ému lui-même ; qu’une enquête a été ouverte, et que je suis chargé de la diriger, seul, s’il me plnit, ou, au besoin, avec le concours du général Ghombure, je ne saurais le dire.
HÉLÈNE
On ne me croit pas assez malheureuse !
GOURDIER
Ne tremblez pas : si on accuse madame Dortois, je la défendrai; si on la menace, ses ennemis me trouveront entre elle et leur colère.
Ah! monsieur!
GOURDIER
Laissez-moi croire seulement que toute une vie de dévouement ne restera pas stérile; et que madame Dortois, qui est libre de disposer de sa main puisqu’elle est veuve, permettra au citoyen Gourdier qui ose l’aimer, d’espérer?...
Vous ?
HÉLÈNE
GOURDIER
Pourquoi le tairais-je ? quel autre sentiment que celui d'un amour profond m'aurait fait attendre obstinément sans me plaindre pendant deux ans?
HÉLÈNE
Je ne me remarierai jamais.
GOURDIER
J’avais attendu la fin de votre deuil, ce n’était pas assez, je le vois... j’attendrai encore.
HÉLÈNE
Non, jamais !
Le veuvage à votre âge est un sacrilège.
HÉLÈNE, à part.
Je suis en son pouvoir 1
GOURDIER
Une espérance, si légère qu’elle soit, forait de moi votre esclave?
HÉLÈNE, à part.
S’il me dénonçait, Gaston se perdrait à son tour pour mourir avec moi !
GOURDIER
Vous portiezhier encore de> habits de veuve... Vous n’avez plus cette tristesse sur vos vêtements, pourquoi votre cœur en garderait-il l'éternelle empreinte?
HÉLÈNE
Je ne puis rien répondre... devinez!
GOURDIER
J’essaierai ! (il va pour lui baiser la main.)
HÉLÈNE, retirant vivement sa main.
J entends le général ! (Entrent le général, Rhouette, Étienne et Claire. Claire et Rhouette attendent dans le fond en causant.)