ACTE TROISIÈME
BONAVENTURE
Tout!... et autre chose encore. Je fuis mes souvenirs.
HÉLÈNE, à part.
Pauvre homme!
BONAVENTURE, à part.
Chaque soldat me rappelle Véronique.
HÉLÈNE
J’ai besoin d’un aide-jardinier. Adèle, vous donnerez à Bonaventure la chambre la plus commode... la plus claire.
ADÈLE
Vous devez être content?
BONAVENTURE
Non... Je veux une chambre sombre... sans fenêtres... de laquelle on ne puisse voir le ciel!
ADÈLE
Mais dans ce genre-là, nous n’avons que la cave?
Eb bien ! la cave, ça me va . .. Je la connais... elle est bien garnie., il y aura de quoi noyer son désespoir!
ADÈLE, à part.
Je le logerai au grenier. (Haut.) Venez.
BONAVENTURE, revenant sur ses pas.
Ah’ (A Hélène, en lui remettant un anneau.) De la part du passeur, madame.
HÉLÈNE
Du passeur ?
BONAVENTURE
Oh! quand je dis le passeur... j’avais cru reconnaître le batelier du Rhin dans l’inconnu qui m’envoie vers vous... comme j’avais pensé un instant retrouver dans ce batelier un méchant bossu de Grand-Pré... mais mon homme m’a ri de si bon cœur au nez, que j’ai fini par en rire aussi, (il lui
remet la bague )
HÉLÈNE, à part.
L’anneau de Juvigny ! (Haut.) Vous ne le connaissez pas ?
BONAVENTURE
Du tout. Nous nous sommes rencontrés tout à l’heure, pour la première fois, en entrant dans le petit bois, que nous avons traversé ensemble.
HÉLÈNE
Que vous a-t-il dit en vous donnant cet anneau ?
Que je n’avais qu’à vous le présenter pour hâter l’entrevue qu’il réclamait.
HÉLÈNE
Faites-ie venir.
BONAVENTURE, à part.
Des intrigues !... tant mieux. Je voudrais que l’humanité n’eût qu’une tête. . et qu’elle ressemblât à la mienne.
ADÈLE
Monsieur Gourdier se dirige de ce côté, madame.
HÉLÈNE, à part.
Encore lui!... (Haut, en les congédiant.) Bien! (ils sortent, Gourdier entre.)