ACTE TROISIÈME
HÉLÈNE
Mais...
GOURDIER
Mes espérances que vous avez daigné encourager ne me donnaient-elles pas ce droit?... Oui, mes espérances, madame!... Vous m’avez dit : « Devinez! » Eh bien, j’ai compris que vous pourriez être un jour ma femme. Üne union entre la marquise de Valleroy et le citoyen Gourdier aurait peut-être à cette heure sa signification sociale. Elle serait comme un présage de réconciliation entre les castes. Ce n’est pas moi qui aurai sauvé les télés proscrites, étouffé l’anarchie dans son dernier flot de sang, c’est vous. Un au»re mettrait à vos pieds une fortune; moi, j’offre à votre cœur une dot de pitié pour vos amis, toute une volonté de régénération pour la France. Quel choix faites-vous?
HÉLÈNE
Monsieur !...
GOURDIER
Je me suis montré tel que je puis être. Me voici tel que je suis : Dédaigné, je ne réponds de rien. J’ai été inflexible, je serai implacable.
HÉLÈNE, à part.
Ciel!
GOURDIER
J’interrogerai l’existence de vos amis.
HÉLÈNE, a part.
Oh ! Gaston serait perdu !
GOURDIER
Le mystère sérail déjà un crime pour eux.
HÉLÈNE, à part.
Mon Dieu!...
GOURDIER
Le doute ou le soupçon un arrêt. Je chercherai dans leur sang le rival auquel vous m’auriez sacrifié.
HÉLÈNE, à part.
Ah! gagnons du temps!
Eh bien ?
HÉLÈNE
Je vous en veux, monsieur Gourdier... j’aurai voulu désigner moi-même le moment de cette promesse, et vous me dictez pour ainsi dire une résolution... une date...
GOURDI1ÎR.
Oui, madame, une date... oui, la plus prochaine... je vous en conjure?
HÉLÈNE, à part.
Je devais connaître ce supplice!
GOURDIER
Ce mariage, pourquoi le retarder... pourquoi n’en pas fixer l’heureux moment dans trois jours?
HÉLÈNE
Eh bien !...
GOURDIER
Achevez?...
HÉLÈNE
Eh bien... dans trois jours!
GOURDIER
J’emporte du bonheur pour toute ma vie ! (il sort.)
HÉLÈNE, à part.
Dans trois jours, j’aurai fui avec Gaston à l’étranger!