‹ Le marquis de BièvreChapitre 137 sur 185 · M. DE BIÈVRE · texte numérisé non relu

M. DE BIÈVRE

Ni de travers; au revoir, Dorât, je file à la toile d'araignée, je vais rejoindre la Guimard. Vous savez qu'elle vient d'échapper à une mort providentielle : le ciel de son lit s'est détaché l'autre nuit avec fracas. «Juste ciel! » s'écrient les dévots. Ce soir, irez-vous voir le Persifleur de Sauvignj? je crois qu'il aura tous ses enfants au parterre.

BEAUMARCHAIS, Saluant de loin M. de Bièvre.

L'abbé Galiani prétend qu'il y a trois sortes de raisonnements, ou plutôt de résonnements : raisonnements de cruches, de cloches et d'hommes. 11 aurait bien dû indiquer un quatrième raisonnement pour le marquis de Bièvre...

Arsène Iloussaye, faisant parler Dorât, citait l'imaginaire « pays du Calembour » : cette évocation d'une contrée burlesque inspira sans doute Hippolyte Cogniard, qui dirigeait à cette époque le théâtre parisien des Variétés. Vers la fin de la

même année, le fécond vaudevilliste écrivait, en collaboration avec Clairville, une « revue mêlée de chants, en trois actes et dix tableaux t>, qu'il intitula ; Le Royaume du Calembour. La première représentation en fut donnée aux Variétés le 8 décembre 1855.

Au lever du rideau, on se trouve dans le palais du roi Calembour ; sur les états de ce souverain, le marquis de Bièvre est honoré à l'égal d'un dieu, aussi lui a-t-on élevé une statue dans la salle même du trône, et le socle porte cette inscription :

A DE BIËVRE

Le Calembour reconnaissant.

Le roi Calembour, une boîte à sel en sautoir, tient conseil avec sa fdle, la princesse Charade, et ses courtisans, les seigneurs Logogriphe, Coq-à-l'âne et Rébus. En un langage rempli de jeux de mots, il leur explique les périls de sa dynastie : « On conspire contre moi, termine-t-il, on ne veut plus de moi. Le grand de Bièvre lui-même n'est plus qu'un polisson! On parle de renverser sa statue et de la jeter dans la rivière de Bièvre! » Pendant que les assistants se récrient, le Bonsens, principal ennemi du roi Calembour, fait irruption sur la scène : il somme le monarque et son peuple de renoncer aux jeux de mots, mais tous veulent rester fidèles à l'esprit du marquis de Bièvre. « Eh bien! je brise votre idole! » s'écrie le Bon-sens; en même temps, explique le scénario, « il frappe la statue de de Bièvre qui s'écroule et laisse voir le Petit-motpour-rire monté sur un piédestal formé par des grelots. Le Petit-mot-pour-rire étend sa marotte vers le Bon-sens en poussant un éclat de rire : le Bon-sens se sauve. t<

Le Petit-mot-pour-rire, filleul de Calembour, a sauvé son parrain des attaques du Bon-sens; plus tard, il s'occupera de restaurer magnifiquement la statue du grand marquis ; pour l'instant, il invite le roi et la Cour à gagner Paris, » ville où l'on s'amuse » ; là du moins, sous-entendaient les auteurs. Calembour ne riscjuerait plus de rencontrer le brutal Bonsens...

Auteur de comédies oubliées, le marquis de Bièvre avait

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