LE CHAT, LE MARQUIS
Je te cherchais.
; LE CHAT
Chut! Pas de pataquès!
LS MARQUIS
Mais encore que fais^u là ? qu'est-ce ?
Mon ami» je sauve la caisse
Je saisis mal.
LE CHAT
Tu saisiras, Vieux, Mieux, Lorsque tu réfléchiras.
Le Roi?
LE CHAT
Tout roi qo'il est, lui-môme.
Je sois aiasi. J'entends qu'il m'aime Un peu, mais vous par contre-coup Beaucoup.
Eh ! n'est-ce point ua casse-cou
go LE MARQUIS DE CARABAS
Oii tu compromets notre cou Double ?
LE CHAT
Il éclatera que vous vous trompâtes.
Ce n est point encor l'heure de la tombe ; Et d'ailleurs un chat qui tombe Tombe toujours sur ses pattes.
Tes discours homéopathes Ont le don de couper net Parmi mon sang globulaire Ma fièvre patibulaire.
LE CHAT
S'il vous plaît, trêve aux sornettes ! — Le sire a l'àme malade, Mettons que ce soit d'amour.
Aussi chaque jour En ces alentours Vient-il faire un tour De ballade.
LE CHAT
De là, de ci,
Afin d'endormir son souci.
C'est un naïf Qui sans doute a trop lu lîaîf Et croit encor à la canipagoe.
Sa noble fille l'accompagne Qu'empompent de pompeux atours ;
Car un pagne Serait peut-fitre insuffisant.
Nous faisons le mauvais plaisant.
Et vous, seigneur, le suffisant !
Mais n'est-il pas séant qu'on rie?
Chacun plaisante comme il peut Et pour ma part j'en connais peu Qui dans leurs boutades marient L'attique et la gauloiserie!
Pardon ! ta maîtrise à ce jeu Passe Benserade et Voiture.
LE CHAT, reprenant.
Je veux donc que cette aventure Vous vaille
Plus clair butin qu'une bataille :
J'entends habit neuf et voiture.
J'ai l'esprit à la tablature Et, cher ami, ne te suis point.
LE CHAT
Voici ! quand je vois ce pourpoint Que met l'usure à la torture Et ces bottes dont la pointure Irréfutablement vous point, Devant cette innomable loque Qu'est le marquis de Carabas Je pose toute morgue bas Et ma tendresse s'interloque.
La fleur est veuve du pistil.
Le vernis délicat s'écaille.
Dites-moi : sied-il ainsi qu'aille Un esprit divers et subtil Sous ce piètre habit de coutil Qui ferait honte à la racaille ?
Hein!
LE CHAT
Je débonde mon courroux !
Que de vous n'êtes-vous jaloux !
Teuez ! la migraine me luxe.
Si devant un surpris miroir Vous ne vous pavanez ce soir Argenté d'un habit de luxe !
LB MARQUIS
C'est très joli, presque bien.
Tout ce que là tu dégoises.
Mais pourquoi me chercher ces noises ?
Il ne nous défaut qu'un moyen.
J'en tiens un, aussi vrai que je suis le doyen Des chats invraisemblables.
Euh!
LE CBAT
Vous allez voir si je hable.
Tout à rheure, le Roi va passer. Noyez-vous.
S'il te plaît ?
LE CHAT
Il me plaît qu'on vous voie Dans Teau, buvant de nobles coups.
L'endroit est à souhait, il y fait frais et doux Et très plausible qu'on s'y noie.
Tout à l'heure je fus en joie :
Un rustre y disparaissait tout.
Ainsi tu veux que je me noie ?
LE CHAT
Eh ! noyez-vous le moins possible, Juste ce qu'il faut pour toucher Le cœur de ce roi sensible Et vers vous faire loucher, Plaintivement évolutives, Ses Prunelles Executives.
S'il allait jusqu'à se moucher
Fi dune ! que vous voici revêche !
Vous vous trempez, l'on vous repêche, On vous dorlote, l'on vous sèche Et c'en est fini de la dèche.
Oui dà, que voilà donc des propos engageants!
Chat, chat astucieux dont l'ilnie mest amie,
Qu'il est mal de t'oIVrir ma physionomie !
Est-il chrétien moquer les gens
Indigents Vàtus de quelle camelote, De qui les volatils argents Ont pris l'habitude falote De n'habiter point les culottes?
Saprelotc !
Je serai bien quinaud quand j'aurai barbotté.
LE CHAT, sévère.
De quel droit doutez-vous, monsieur, du chat
[botté ?
Quand vous a-t-il trahi ? quand vous fit-il béjaune
Et quand par lui rîtes- vous jaune?
Au mitan de quel embarras Laissa-t-il englué le sieur de Carabas?
Le mot m'est dur, et Tâme est scélérate
Qui s'avère à ce point ingrate !
Pardonne, chat loyal, cœur de cristal limpide ! Ça, que Ton me jette aux rebuts !
Je suis tout simplement stupide Et, pour mes débuts, fais abus Du droit qu'on a d'être insipide.
Je mérite que le scorbut Me dépêche vers Belzébuth Pour t'avoir offensé, cher chat.
Dont il serait fou qu'on cherchât Le pareil de Senlis à Tarbes, Pardon !
LE CHAT, conciliant.
C'est bon ! tire mes barbes.
Nous voici réconciliés Et liés
QuenouHpartagerions.n'est-cepas, nos maltresses Si les chattemites aos dames Goanaissaient les humeurs traîtresses De vos dames Les femmes.
Douceur des conjugaux ronrons !
Je crois que nous nous égarons. — Donc tu te baignes : le Roi passe.
Je bouleverse tout l'espace ;
« Il trépasse !
Au secours ! » « Qui ? »
« De Carabas le marquis ! »
On se grouille et trotte ; On textrait et frotte
L'épiderme, Tant qu'il en devient carotte.
Cependant je chauffe ferme
Le Roi.
« Sire admirable, oyez-moi
Dis-je.
Notre guigne tient du prodige.
On vient de prendre à mon bon maître
Son pourpoint, comme il se baignait Sous ce hêtre.
Or, ce pourpoint-là saignait De prestigieuses gemmes. »
Vous souriez?
Je souris A flairer le stratagème.
LE CHAT
Le roi me connaît et même
M'aime Pour certains dons de perdrix Qu'innocemment je lui fis
Le voici blême
Et quasi crème.
« D iantre ! un seigneur de ce prix !
Souffrirai-je qu'il pâtisse? Ça. messieurs ! qu'on l'investisse De velours et de pourpris !
Il m'ennuierait que la brume Le vexât, même d'un rhume. »
LE MARQUIS, Continuant,
Là, tout en me rebellant.
C'est l'habit d'un chambellan,
Que mon marquisat endosse.
Puis vous montez, étincelanti Dans le monarchique carosse. . .
LE MARQUIS (conlinuant).
Où la princesse — fleur et tige — Sous l'elfluve de mon prestige Subit un décisif vertige.
LE CHAT (concluant).
C'est à brève écliéance en le délai légal,
Pour peu, monseigneur, qu'il vous plaise, Un dénouement très conjugal...
Kt vous irez au petit bois cueillir la fraise.
LE MARQUIS (^-Wçwe).
J'en ai toute la chair qui braise !
Chat merveilleux, chat resplendissant, chat divin. Par quoi donc ai-je pu mériter que s'en vint Versmoncastel, oùlesennuispendaientengrappe.
Ton dévouement plus munificent qu'un satrape? Je vénère à l'égal de la mule du pape Cette botte qu'un vœu de fée auréola.
Et je la cirerais de baisers.
LE CHAT
Tout doux là !
M'allez-vous honorer d'un pas de bamboula ?
Attendez que le vin s'évade du vinaigre
Et nous, monseigneur, de la pègre.
Or quand vous serez de céans
Le maître jusqu'aux océans Je serai d'yeux béat et de lippes béant Si votre humeur ne me devient pas cannibale.
Et si vous n'accrochez à quelque lumignon,
L'ayant gardé de la cabale, Le vieux chat qui vous fut féal et compagnon. Si votre bras plus efficace qu'un moignon
Sauve des gourdins et des triques Sa peau que guettent les machines électriques, Vous serez honoré parmi les excentriques.
Ah ! cette fois c'est toi qui m'es sévère !
LE CHAT, çiçement.
Bon!
Dépouillez-vous, j'entends l'escorte du barbon. Immergez toute votre peau, que je glapisse.
Le moment me parait propice.
LE MARQUIS, disparaissant derrière les arbres.
Mes divers membres sont pantois Parmi les joncs.
LE CHAT
Ça ! que le lapin se elapisse !
Vas-y, mon gros, tu peux gueuler comme un putois.
LE CHAT (criant).
Au secours ! au secours !
Sauvez ! sauvez les jours De rillustre, ah ! qu'illustre Marquis de Carabas Qui fonce et coule bas Dans un endroit lacustre !