‹ Le marquis de CarabasChapitre 2 sur 44 · SCÈNE I LE COMTE, LE MARQUIS · texte numérisé non relu

SCÈNE I LE COMTE, LE MARQUIS

Oui, comte.

Ceci n'est point du tout un conte.

Ma verve ne va point raillant.

Je n'ai plus un maravédis

Vaillant.

LE COMTE

Eh ! L'avais-je pas prédit, Quand vous alliez bataillant.

Braillant et vous débraillant Et filles dépoitraillant Parmi les borgnes taudis?

l4 LE MARQUIS DE CARABAS

LB MARQUIS

Le sourire de la campagne Se dore de blés et houblons.

Moi, je ne luis plus d'un doublon

D'Espagne !

Ma bourse tristement pucelle De nul or mâle n'étincelle.

Pas même un écu d'indigent

Argent En mon insonore escarcelle !

De Paris à Montbéliard Il n'est pire bougre en nul bouge.

Je fais honte même au liard

Rouge.

Ah ! le désolant tabac !

Le seigneur de Garabas

Est plus pauvre Que le Mathieu le plus fesse

Du Hanovre

Ou de la Hesse.

LE COMTE

Je l'avais prédit.

Feintise !

O l'efficace prophète

LE MARQUIS DE CARABAS l5

Qui galamment prophétise Qu'il immine une sottise, Lorsque la sottise est faite !

LE COMTE {ironique).

Ça ! quand daigna condescendre Monseigneur Texquis — Que voici ! — marquis A m'entendre ?

Quand je faisais ma Cassandre,

Qui rouait en jeune paon

Et jouait au chenapan ?

Qui, pourléchant ses babines.

Portant on ne peut plus beau,

Œilladait les maugrabines

Et taquinait son jabot

Tant qu'enfin le voilà bot

Et dans d'illustres débines ?

Est-ce ma faute si mon zèle Me domestique aux demoiselles Oiseuses, oisives, oiselles Et diversement pittoresques,

Bohémiennes

Ou mauresques?

LB COMTE (ironiqi^).

C'est probablement la mieDoe.

Presque.

LE COMTE (ironique).

C'est vers moi que vous louchâtes, Avec moi que vous couchâtes, O félines Et câlines Et frêles petites chattes.

Et moi que tous écorchâtes En suçottant des pralines?

Soit ! c'est tel que je naquis.

S'y devait- on point attendre.

Etant désordona émeut Né marquis Et tendre ?

Naîton marquis impunément?

Nalt-on impunément Clitandre?

Je souffre d'un tempérament.

Comme l'on n'en voit pas des tas,

D'Amant

Grand A.

J'ai du cœur à donner en dot A toutes les filles de Loth.

Si je traîne l'infortune La plus fâcheuse du monde

A mes trousses.

C'est qu'il persiste des brunes, Sans préjudice des blondes

Ni des rousses.

LE COMTE

Tu fus un galant insolent.

Je fus un galant. . . de talent.

Oui, je m'allais régalant D'yeux que nulles escarboucles Ne scintillent égalant.

Les spires blondes des boucles Aux nuques dégringolant Faisaient tout rossignolant Ou, s'il te plaît, bulbulant Mon pauvre cœur turbulent.

Près d'une fille ballant Je me sentais en folie Et l'esprit brinqueballant.

A quoi bon les homélies ?

C'était d'un fatal... fatal.

l8 LE MARQUIS DE GARABAS

O récrin ornemenlal De votre bijou dental, Gydalises, et vous, Zélies !

Votre beau rire instrumental Me valait un trouble mental Dont je gardais mélancolie.

Pourquoi m'étiez- vous si jolies?

LE COMTE

Quoi ! vous vous trouvez à court De ducats et ducatons Et vous faites votre cour A des Margots et Cathons ?

Je veux croire que leurs mules Mieux que toutes les papales Autorisent vos formules

Principales.

Mais vous qu'elles pressurèrent, Oubliez-vous que tantôt Il vous faut des capitaux A tout prix, fût-ce à un taux

Usuraire ?

Eh ! prétends-je le contraire? Cent mille écus ou ducats Illustreraient mieux mon cas

Ou m'en sauraient mieux distraire Que les plus subtiles gloses.

Las! Plus les femmes sont formoses, Plus mon crédit a d'ecchymoses.

LE COMTE

Tu discours d'or. Or c'est tout l'or Qu'à deux nous détenions encor.

ff

Autrement dit, ni toi ni moi Ne pouvons rien, ni moi pour toi Ni toi pour moi ni l'un pour l'autre.

Eh bien, geignons vers Jésus, Ou vers l'un de ses apôtres !

Parfois une patenôtre Transforme un gueux en Crésus.

{Se jetant à genoux).

Ciel ! fais cesser l'arbitraire, Et nous deviens moins contraire !

Vers nos cœurs qui ne suppurent

Que des desseins Purs Délègue de tes azurs.

En ces minutes pénibles, L'un quelconque de tes saints

Disponibles.

LE COMTE

Une prière pareille Doit, accédant au saint lieu, Nous valoir au moins l'oreille

De Dieu.

LE MARQUIS (mêmejeu).

Ciel, pour nous refleurir de joie, Ainsi qu'un décor végétal Fais que notre ramure ploie .

Sous une flore de métal.

LE COMTE

La requête est peu modeste ; Mais peut-il nuire à son succès Qu'on en use avec cet excès Lorsqu'elle est tout ce qui reste ?

Adieu marquis.

LE MARQUIS (se relevauf).

De moi s'il ne te vient nouvelle, Dis-toi : « Notre marquis a brûlé sa cervelle . Fâcheux ! ce garçon-là n'était point déplaisant. » Et borne-là ton éloquence.

Il n'aura rôti, ce faisant, Que cervelle sans conséquence.

LE COMTE

Eh là ! je m'en verrais marri.

Alors rassure-toi; j'ai ri,

Ayant l'âme fatiguée

Et pour l'instant peu ravie

De la vie Qui n'est pas histoire gaie.

LE COMTE, à la fenêtre.

Au moins sans une mie, ô gué !

Qu'est-ce ? '

LE COMTE

Il s'approche quelque chose.

Un exempt??

LE COMTE

Penh ! avec du rose.

Une femme ?

LE COMTE

Peut-être une fille !

Ud

Tant pis !

LE COMTE

Tant pis ?

Quoi ! je me terre et tapis En ces murs où les tapis Plus archaïques qu'Hérode Seuls, radoteurs chenus, brodent Des idylles d'émeraude !

Je suis sage, étant sans écus.

Et, très Achille sous la tente.

Veux bien paraître convaincu Que rien ne surpasse T attente !

Et voici qu'on vient et me tente !

Dans ce cas, gare

La bagarre !

Je redeviens turc et bulgare Et gars que l'absence d'un sexe Au beau sourire circonflexe Rendait étrangement perplexe.

Vais-je décliner l'aventure Et ne plus courre qu'en peinture Des aventures de tenture ?

J'ai soif. Messire Satanas

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