‹ Le marquis de CarabasChapitre 32 sur 44 · SCENE X LE MARQUIS, SYLVIANE · texte numérisé non relu

SCENE X LE MARQUIS, SYLVIANE

Hélas !

SYLVIANE

Qu'avez- VOUS ?

Eh! princesse, Si je vous dis que je vous aime D'amour fervent, d'amour extrême N'allez-vous point penser, princesse Que je blasphème ?

SYLVIANE

Dites toujours.

Je vous aimais Avant de vous savoir princesse Et de votre âme me charmais,

Si bien que je n'ai plus de cesse Et que plus n'en aurai jamais.

SYLVIANE

Eh! mais !

Je ne ressens aucun courroux Contre Faudace d'un langage Décevant peut-être, mais doux, Si persuasif et si doux Que si sans doute il vous engage Je redoute fort qu'en retour A mon tour Il ne m'engage.

Il exprime un sincère amour Un amour affolant et qui D'affoler n'est que plus exquis.

SYLVIANE

Je dirais que je le sais.

Si je savais, cher marquis,

Quelque chose.

Je le dirais, mais je n'ose ; Car, en vérité, que sais-je ?

Vous passiez et je passais ; Vous vîntes dans mon cortège.

l68 LE MARQUIS DE CARABAS

J'en fus presque heureuse, et c'est Mon Dieu ! tout ce que je sais.

Que ne savez-vous l'excès

Où mon bonheur me transporte ?

SYLviANE, Varrêtant.

Là, mon ami, je m'en vais, Si vous parlez de la sorte.

LE MARQUIS, interdit.

Eh ! quoi ! trouvez- vous mauvais...

SYLVIANE

Oui, mon ami, qu'on s'emporte.

Il faut toucher d'une main

Presque morte Aux frêles bonheurs humains.

Tout bonheur est du prodige Apparu dans nos chemins.

Sa délicatesse exige De n'en approcher que mains Merveilleusement discrètes.

Mon ami, rappelez-vous Que les moments les plus doux Sont ceux où l'âme est secrète.

Où les yeux sont palpitants

Derrière le cil qui tremble...

On nous laisse bien longtemps Ensemble.

Ah ! princesse, il n'est pas d'aveux Qu'il puisse être plus doux d'entendre !

Je n'en désire ni n'en veux

De plus tendres.

Consentez vers vos cheveux Que mon cœur féru d'attendre Laisse ma lèvre vous tendre

L'offrande belle

De mes vœux.

SYLVIANE

Marquis, vous me causez regret Qui vous montrez ainsi rebelle

A mon gré.

J'aurais voulu votre tendresse Plus craintive de la caresse.

Je devrais vous garder rigueur De cette fièvre qui m'outrage.

Mais je n'en ai pas le courage Et ne puis sévir contre un cœur Que, sans se condamner lui-même, Le mien ne saurait condamner.

Puisqu'il est ferrent et m'aime Puis-je mieux que pardonner ?

(// se précipite à ses genoux. Rentrent le roi et toute sa suite.)

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