‹ Le marquis de CarabasChapitre 44 sur 44 · LE GENDARME · texte numérisé non relu

LE GENDARME

Ça, faut-il que je verbalise Contre ce monsieur sans valise?

Sied-il ?

Oui.

Je suis un gendarme subtil, Paradoxal, mais d'aujourd'hui, Un hérétoclite Pandore, Dont le cœur maréchausséen d'amour se dore Et qui se ravit qu'on l'adore !

11 convenait que je parusse !

Je suis imbu de romans russes !

(Considérant le poète endormi.) 13.

îl3o LE SOMMEIL DOMINICAL

Cet habit n'est point de Telbeuf !

Cet homme a plus mangé de vache que de bœuf.

Et de vache enragée, oh ! que de vache amène. Décidément c'est la Providence elle-même

Qui m'amène.

(Au dormeur.)

Mon garçon, tu me parais mûr pour les cachots

Où sans doute on ne vous sert point de mokas chauds

Ni de babas au malvoisie Mais où tu mangeras pour le moins a ta faim

Enfin!

Et pourras à ta fantaisie

Sécréter de la poésie

Sans t'alfoler de la saisie

Proche Ni redouter toutes les autres anicroches.

La prison est un lieu charmant

Et qu'on lapide de reproches,

Bien souvent sans discernement.

Paterne est le gouvernement,

Le gouvernement est paterne,

Qui en fait virer la poterne

Sur ses fils dans le dénûment, Qui n'ont au sot loto d'une existence terne

Gagné ni quine ni quaterne.

Il leur procure la lanterne,

L'eau, le feu, l'air et l'aliment.

LE SOMMEIL DOMINICAL 23l

C'est un lieu discret et charmant D'être tant à Tabri des hommes !

On y peut piquer d'exquis sommes, Se ficher d'acquérir des sommes ; On y peut, si l'on a du diabolique au corps, Tenter entre les rimes riches des records, Sans redouter l'apparition des récors.

De toutes les villégiatures commodes C'est de beaucoup la plus commode.

Tu verras, à l'abri des sergots et des codes, Gomme on a l'esprit libre à lyriser des odes ! Crois-moi; tout bon poète aime le violon Où l'on flemme, où Fon peut passer sa vie au long !

Rien pour ta gouverne mentale Ne te vaudrait la paille gouvernementale !

(Il remmène tout imiment.)

a32 LE SOMMEIL DOMINICAL

UImpresario : Mesdames et messieurs, en i^oici bien (tune autre. Il paraît que toutes ces histoires-là sont de simples blagues. Le poète que cous avez vu allongé dans l'herbe et savourant son hebdomadaire repos va reparaître dans un instant en habit rouge, mauve ou gris-perle, à revers éclatants (les seuls revers que désormais il puisse connaître, paraît-il), orné d'un gardénia ou d'une orchidée, enfin monsieur très éclaboussant/

Le voici.

LE POÈTE déclare :

Or tout ça, ce sont des rengaines, messeigneurs ! Le critique et l'huissier ne sont plus mes saigneurs. Le poète miteux est d'essence baderne ; Moi. je crésuse, étant le poète moderne.

J'ai su faire un Eden de ces temps infernaux Et je gagne ma vie au cœur des grands journaux. Oui, j'ai poignon sur poche et j'ai pignon sur rue. L'époque ne m'est plus revéche ni bourrue.

Le public, malgré les sales cafés qu'on sert, Ne voulant plus aller qu'aux seuls cafés-concerts, Je rythme des refrains cochons pour les divettes Et spécule sur les gants-caleçons d'Yvette -

Je suis très de mon temps et mon temps n'est pas dur. J'exploite l'or stellaire et les mines d'azur. L'Etat fait gibouler sur nos jaquettes aimes L'averse des rubans et la grêle des palmes, Nous sommes désormais puissants comme des rois Et c'est en un sens neuf que nous portons nos croix . Donc, bons seigneurs, chrétiens, protestants ou lévites, Ce sont de vieux clichés sans valeur que vous vîtes. Nous jouons à la Bourse ; on nous cote au Parquet Et je serai nommé prince au prochain Banquet. «>»

L'Imprésario : Sur cette bonne pensée, le poète

sursaute et seréi>eille. Le jour inonde son sublime cerveau et met en déroute les ombres chinoises^ japonaises ou coréennes et les spectateurs par surcroît.

FIN pu sommeil dominical

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