‹ Le marquis de LétorièreChapitre 31 sur 49 · LK DOCTKIR SI' H EX · texte numérisé non relu

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vouloir m' assassiner cl me voler mon manuscrit?) — se demanda le conseiller avec une lourde terreur mêlée d'admiration.

Mais le marquis, lui remettant le manuscrit entre les mains, d'un air égaré, s'écria :

u Pour l'amour du ciel , monsieur, cachez , cache/ ceci!... Pardonnez à un insensé! »

Et il sortit précipitamment de la chambre, en mettant ses mains sur ses yeux.

Le conseiller referma le secret et trouva son hôte assis, d'un air accablé, dans la bibliothèque.

' Qu'avez-vous , jeune homme '/ — lui dit le savant avec intérêt.

— Hélas! monsieur, pardonnez-moi!... A la vue de ce manuscrit, une pensée inlamc , monstrueuse, m'est venue... malgré la sainte loi de l'hospitalité.

— Vous avez eu relivîc de me ravir mon trésor ? >?

î^ctorière baissa la tète d'un air confus. c^ Touchez là, mon jeune ami. Je vous com prends... Je ne vous comprends que trop , — dit le conseiller en poussant un soupir. — C'est un j]rand honneur que vous venez de rendre à notre auteur ; et si vous saviez l'histoire de ce manuscril.i. — Et après un moment de silence

1> LE MAROl IS DE LETOHIERE.

il ajouta : — Vous verriez que je dois excuser la lorrible tentation dont vous n'avez pu vous défendre.

Malheureusement la confidence du conseiller s'arrêta là.

Les deux amis passèrent le reste de la journée à analyser, à grand renfort d'éruditiou , les jugements de Casaubon, de Kœnig, de lUiperti , sur leur poète favori. Ils y découvrirent des beautés cachées qui avaient échappé à tous les éditeurs.

Létorière , par un heureux hasard de mémoire, porta jusqu'à l'extase l'admiralion de Sphex, en lui faisant remarquer queK^e passage de la satire III : u Les leçons de ce sage portique où est peiîite la défaite du Mède, » se rapportait à Zenon, chef du stoïcisme. En un mot, dans ce long et savant entretien, Létorière, admirablement servi par ses souvenirs , par l'élude approfondie qu'il avait récemment faite de Perse, à la recommandation de Dominique , et par la surprenante flexibilité de son esprit , captiva complètement le docteur Sphex.

Cependant pas un mot du procès n'avait été dit de part et d'autre. Le marquis s'en taisait par prudence, le conseiller par embarras ; car, quelque bien disposé qu'il fût pour Létorière,

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