CAROLINE, LA MARQUISE
LA MARQUISE, assise à droite.
.le VOUS demande pardon, mademoiselle; à présent, je suis toute à vous.
Madame d'Arglade m'avait promis de me présenter ellemême à madame la marquise; mais, en allant la prendre ce matin, dès mon arrivée à Paris, j'ai trouvé une lettre d'elle, où elle m'annonçait qu'une course très-pressée, un service à rendre il une amie...
LA MARQUISE
Elle est si obligeante !
CAROLINE
Elle compte avoir l'honneur de voir madame la marquise aujourd'hui, et, au lieu de m'accompagner, elle me suit.
LA MARQUISE
Nous n'avons pas besoin de madame d'Arglade. (Eiie fait signe à Caroline de s'asseoir près d'elle.) Elle ne peut pas mc dire devant vous plus de bien de vous qu'elle ne m'en a dit déjà. Mais quel âge avez-vous donc?
CAROLINE
Vingt-quatre ans.
LA MARQUISE
Et vous avez été au couvent avec madame d'Arglade ?
CAROLINE
Oui, madame.
10 lu: lAlAROUIS DE VILLEMER.
LA MARQUIS li.
Et VOUS étiez amies ?
CAllOLINi:.
C'est-à-dire que mnclemoi.sclle Léonie Lecomte, qui était dans les grandes, comme nous disions, quand j'étais dans les petites, m'avait prise en amitié. Elle a quitté le couvent bien avant moi, et nous nous étions perdues de vue. Mais, lorsque, par des amies communes, elle a appris la ï^ituation de ma sœur et la mienne, elle s'est souvenue de nous, et, sachant que j'ambitionnais une place de lectrice, elle a eu l'hsureuse idée de me recommandera madame la marquise.
Je lui en sais gré. Seulement, madame d'Arglade m'avait dit que vous étiez plus âgée qu'elle.
CAROLINE
Dans mon intérêt, sans doute, et dans la crainle que mon âge n'offrit pas assez de garanties. Mais les années de malheur doivent m'ètre comptées doubles.
LA MARQUISE
Pourtant... elle m'avait dit aussi que vous n'étiez pas jolie, et je vous trouve jol.e.
CARO LINE
Ceci est une afTaire de guùt, madame, et les opinions làdessus sont libres.
LA MARQUISE
Vous avez de l'esprit.
C A ROLTN E.
J'essaye d'avoir celui qui convient à ma position.
LA MARQUISE
C'est le jilus rare. Parlons donc de votre position. Vidons d'abord la question matérirllc. .le vous ai fait olï'rir dix-huit cents francs.