‹ Le marquis de VillemerChapitre 162 sur 197 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ANDRÉE

Ce n'est pas pour cela.

OLIVIER

Pourquoi donc?

ANDRÉE

Quand mon père a eu remercié son ami, il a réfléchi. Il n'avait pas de bonheur, il le voyait; s'il ne regagnait jamais ces deux cent mille francs? Pouvait-il les accepter, lui, honnête homme ?

OLIVIER

Non.

ANDRÉE

C'est ce que mon père a répondu à son ami.

Bien!

ANDRÉE

Mais alors son ami lui a dit : — Il y a une chose qui vous contraindrait à me laisser sauver votre nom : ce serait que votre nom fut celui de ma femme.

OLIVIER, avec un cri.

Vous êtes mariée! Mais non, depuis hier! Je ne sais plus ce que je dis. Votre père a refusé? Je l'aime, votre père !

ANDRÉE

Mon père n'a pas refusé.

OLIVIER

Alors, c'est vous! J'aime encore mieux cela. Comme vous êtes bonne !

68 JEAN BAUDRY

ANDRÉE

Il s'agissait du bonheur et de l'honneur de mon père, et de sa vie, car il n'aurait pas survécu à une faillite. D'ailleurs, celui qui me demandait, dans un tel moment et d'une façon si généreuse, m'inspirait autant d'estime que de reconnaissance. Pourquoi aurais-je refusé?

OLIVIER

Yous avez consenti ?

ANDRÉE

J'ai consenti.

Ah ! — Ce mariage ne se fera pas.

ANDRÉE

Qui l'empêcherait?

OLIVIER

Il ne se fera pas! 0 Dieu! ce serait pour apprendre cela que je suis accouru, rapide, impatient d'arriver ! Vous avez consenti? Pardieu! un homme qui a deux cent mille francs pour ses amis! Quand je vous le disais, que les jeunes filles étaient au plus offrant!

ANDRÉE

Monsieur !

OLIVIER

Oh! cet homme, quel est-il? Je lui parlerai, moi, à cet homme qui achète sa femme ! Quel est cet homme?

ANDRÉE

Cet homme... (La porte du fond s'ouvre, paraît Jean Baudry. Andrée le montre à Olivier.)

Page 1