ACTE PREMIER
CAROLINE
Oui; la marquise est adorable, et me voilà installée.
LÉOME.
C'est à merveille. Figure-toi que je cours depuis ce matin pour une chose bien sérieuse et bien délicate. Une bonne amie à moi, un peu mûre, est forcée de mener sa fdle au bal, le père l'exige; il est bien un peu despote, le cher homme; il trouve la jeune personne assez grande pour paraître dans le monde, la mère la trouve trop grande... non, je veux dire trop jeune. Ils m'avaient prise pour arbitre, j'y allais... mais, en route, j'ai changé d'avis.
LE DUC, qui a salué ironiqueuient Léonie à plusieurs reprises
Je suis là, baronne, vous savez? tout prêt à vous présenter mes hommages à la première virgule qui se glissera... Mais ne vous gênez pas, j'ai le temps.
LÉONIE
Je croyais vous avoir donné la main en entrant?
LE DUC
Ce n'est pas aujourd'hui, c'est la dernière fois que vous êtes venue.
LÉONIE
Ah! nous allons recommencer?
LE DUC
Non; ma mère m'a dit de faire les honneurs, et je les fais en vous laissant causer avec mademoiselle. C'est ce que vous voulez ?
LÉONIE
Une amie de couvent que je retrouve...
LE DUC
Avez-vous besoin de deux heures? C'est que, quand vous vous mettez à parler... Au fait, baronne, quel jour est-ce aujourd'hui ?
LÉONIE
Aujourd'hui?
38 LE MARQUIS D I- VILLEMEU.
LU bUC.
Oui.
LCONIE.
C'est lundi ou mardi... .le suis folle, c'est dimanche !
LE DUC
Li:OME.
C'est jeudi.
C'est vrai.
LE DU C
Baronne !
LÉONIE
Eh bien?
LE DUC
Fermez les yeux.
LÉONI E
Encore une plaisanterie?
LE DUC
Je ne plaisante pas, fermez les yeux.
LKOME.
Yoilà.
LE nue.
De quelle couleur est voire robe ? Pas de tricherie !
LÉONIE
Elle est verte.
LE DUC
Elle est grise; vous avez oublié que vous êtes en demi-deuil !
LÉONIE
Que voulez-vous ! ce n'est pas moi qui me suis habillée.
LE DUC
Voilà une raison.
LÉOME, h Caroline.
Voilà réternelle taquinerie de M. le duc! Eh bien, oui, je suis distraite pour les choses futiles. (EUe passe à droite.) Qu'est-ce