‹ Le marquis de VillemerChapitre 43 sur 197 · ACTE DHUXlKMi · texte numérisé non relu

ACTE DHUXlKMi

Est-ce certain, qu'il cliange fie condiiile?

L A Jl A R Q U I S I-: .

Ma chère, je ne ?ais pas comment Urbain a fait ce miracle : le duc est charmant pour moi, et je crois en vérité qu'il ne fait plus de folies.

LÉOXIK.

Alors, vous croyez que, s'il se trouvait ici tantôt, il ne dirait rien de déplacé ?

LA MARQLISt:.

Lui ? Jamais. Il sait son monde. (Les deux dames se lovent.) Mais ce n'est pas de lui qu'il s'agit... Ah! je suis émue! (EUe passe à gauche.) Pourvu que le maKjuis ne sorte pas! Je vais lui faire

dire.... (Elle va pour sonner.)

LIÎOME.

Non ! j'ai dit à Benoît de le surveiller; il est chez lui, il travaille. Calmez-vous, chère madame! (EUe reconduit la marquise à son fauteuil à droite.)

LA MARQUISE, s'asseyant.

C'est vrai ! je me fatigue, et il faut que je sois aimable tout à l'heure! Parlez-moi, baronne, mes idées sont toutes brouillées; vous dites que madame de Dunières...?

LEONIE, s'asseyant.

Elle craint un peu le duc ! Il a vu et il voit peut-être encore si mauvaise compagnie!...

LA MARQUISE

Non ! Urbain m'a assuré que non.

LÉONIi:.

Moi, je vous dis ce qu'on m'a dit, ce <|uc dit tout le monde ; vous devriez songer à marier le duc.

LA MARQUISE, rùveusfi.

Ah! 1x1 h!

LÉOXIE.

Cela fait, le marquis mettrait [)Ius d'empressement à s'éta-

blir, et la chose serait plus facile. Songez donc! il craint d'abandonner son frère à lui-même dans une situation... qui n'a rien

de gai. (La marquise s'endort. — Le duc entre par le fond et vient se mettre derrière la marquise. — Léonie continue sans le voir.) Il n a pluS rien, 06

pauvre duc ! Il n'est plus jeune, son esprit est bien connu, et pas de la première fraîcheur ! Je sais bien qu'on peut toujours se refaire quand on n'y regarde pas de trop près. Mais vous ne voudrez pas d'une fille de banquier, et il ne voudra pas d'une noble demoiselle laide ou bossue ! Ce qu'il lui faudrait, c'est quelqu'un qui, par dévouement pour vous, et sans regarder de trop près à ses avaries...

LE DUC, continuant la phrase de Léonie.

Consentirait à épouser ce vaurien qui n'est plus ni beau

ni jeune, dont l'esprit est fort usé, et qui ne sait plus à quel clou se pendre... mais à qui cependant il reste un beau nom, un vrai titre, et qui me procurerait un tabouret à la cour... d'Espagne! Ne vous donnez pas tant de peine, ma mère est endormie.

LÉONIE

Elle dort?

LE DUC

C'est ce qu'elle pouvait faire de mieux. C'est un beau succès, savez-vous? \'ous auriez pu ajouter, car enfin il faut faire valoir sa marchandise : « Jai trente ans, bien que j'en paraisse tout au d!us... vingt-neuf! Je suis encore bien; je suis née dans l'industrie, il n'y a pas de mal à ça; mais, que voulez-vous! j'ai la niaiserie d'en rougir... »

LÉONIE, se levant.

Je n'en ai jamais rougi!

LE DUC, s'approcliant d'elle en passant devant sa mère.

Si fait! le jour où vous avez épousé ce cher M. d'Arglade, vous avez eu une raison.

LÉONIE

Laquelle ?

LE DUC

Le désir d'être baronne. Mais il était plus fin que vous. Vous

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•étiez riclie, jolie, pimpante; il élait pauvre, ennuyeux, fort peu -agréable et pas baron du tout.

LiiONIE.

Ah ! monsieur le duc, me dire du mal de mon mari, le meilleur des hommes !

LE DLC.

• Il est bien meilleur à présent! Au reste, ça n'a pas dû lui •coûter de mourir, il était si peu né !

Ceci passe la plaisanterie.

LE DUC

Vous avez de l'esprit quelquefois, ripostez I Quand ma mère ■dort au bruit de la parole, il n'y a plus que le silence qui la réveille.

LÉONIE

Monsieur le duc, supposons que tout ce que vous avez dit soit exact, que j'aie trente ans, que je sois ambitieuse et que j'aie •eu l'intention... où serait pour vous le malheur d'épouser une femme à qui tout le monde donne vingt-deux ans, que vous avez trouvée jolie, puisque vous lui avez fait la cour, que vous savez vertueuse, puisqu'elle ne vous a pas écoulé, et qui exposerait sa fortune, péniblement acquise par d'honnêtes parents, à tomber dans le gouffre où se sont engloutis les héritages de vos aïeux illustres? Croiriez-vous qu? la fantaisie d'un titre pût motiver un pareil sacrifice? Ce serait là un bien sot calcul dans une àme si profonde, et vous seriez forcé de reconnaître que cette finisse niaise est une véritable fulle, ou que cette fausse baronne est capable d'un sentiment vrai.

LE DUC

Ce n'est pas mal répondu, ça, pour vous! (Uonie lui loume bms-

qiieiii'înl 1? (ios I hh bien, \OUS pai'tcz? (Lî-onie entre chez la marquise è .^auclip ; la mari] lise sV-ve!lle, le duc va Iji baiser la main.)

52 Ui MARQUIS DE VILLEMEI?.

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