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Le Martyre des Congolais rien de changé au Congo: principaux témoignages

La plupart des Belges ignorent à peu piès complètement ce qui se passe au Congo. Fresque tous les journaux font le silence sur les témoignages délavorables à l'Etat IndépeadaDt. Ceux même qui ne demandent pas mieux que de faire connaître la vérité, ne disposent, en général, que d'une documentation insuffisante. Presque tout ce qui se publie sur le Congo est en anglais, et. dans la presse démocratique, il n'y a pas beaucoup de rédacteurs qui lisent counamraent cette langue. Aussi ne faut il point s'étonner que des documents de premier ordre, comme le rapport du consul général Casement et, plus récemment, le « Livre Blanc », publié en avril dernier par le gouvernement britannique, aient passé presque inaperçus dans notre pays.

Cela étant, l'opinion belge reste b^silante, Elle sait, depuis !e rapport de la Commission d'enquête, qu'il y a de graves abus au Congo, Elle se rend compte que la politique coloniale du roi Léopold n'est point &ite pour lui concilier les sympathies du monde civilisé. Mais elle se méfie de la iicampagne anglaise». Elle croit volontiers que des réformes sérieuses ont été faites, dont il convient d'attendre les résultats. Elle se laisse dire — voir le récent rapport de secrétaires généraux de l'Etat — que, dépuis la loi des quarante heures, les indigènes ne sont plus astreints qu'au paiement d'impôts modérés, qui, pour être payés en nature, n'en équivalent pas moins à nos impôts en argent.

Or, il suffit de lire les rapports consulaires du n Livre Blanc », ou les nombreux témoignages transmis au gouvernement anglais par la « Congo Reform Association i> pour se convaincre qu'il n'en est pas ainsi,

A moins de considérer tous les missionnaires et tous les agents consulaires anglais comme de fieffés menteurs — ce qui est tout de même un peu bien difficile à faire admettre — on doit reconnaître que rien d'essentiel n'est changé au Congo, depuis le passage, en iqoS, de la Commission d'en-

quête. Dans quelques régions seulement, les exactions sont moins brutales, soit parce que le caoutchouc est épuisé, soit parce que la présence des missionnaires donne aux indigènes une protection efficace. Mais, dans l'ensemble, U fait que la froduciion du caoutchouc n'a pas Aickt, suffit à indiguer que la contrainte ne s'est pas adoucie. Aujourd'tiui, comme hier, si l'Etat parvient à. boucler ses budgets, si le Domaine de la Couronne continue à fournir ses recettes, c'est grâce à la confiscation des produits du sol et au travail forcé des populations indigènes

Voici environ quinze ans (1892-1907), que ce système est en vigueur.

Auparavant le commerce était libre. Les indigènes échangeaient leurs produits contre des marchandises qui ta représentaient la contre- valeur. Les progrès de la colonie étaient lents ; les revenus de l'Etat étaient modiques ! le roi Léopold y mettait de sa poche ; la Belgique y allait de ses deux millions par an ; mais, somme toute, les noirs n'avaient pas à se plaindre et l'on citait l'Etat du Congo en exemple à ceui qui prétendaient qu'il n'y a pas de colonisation, sous les tropiques, sans contrainte et sans coups de force.

C'estainsi que relisant le livre de Stanley, it Les Ténèbres de l'Afrique », publié en 1890, j'y ai trouvé un passage qui a sans doute passé inaperçu lors de son apparition, mais qui prend aujourd'hui tme allure vraiment prophétique.

Exposant à Emin pacha les causes qui, d'après lui. ont amené la chute de la domination égyptienne au Soudan, rexfdoratSur américain oppose les procédés pacifiques dç Léopold II aux agissements autoritaires du Khédive :

11 Maintenant — dit-iJ — regardez l'Etat du Congo, qui B s'est constitué beaucoup plus rapidement que l'autorité

■ du Caire ne s'est étendue sur le Soudan. Pas un coup de » fusil n'a été tiré; aucune violence n'a été faite ni à natif, » ni à ttaiiant, aucune taxe n'a été exigée ailleurs qu'au )i port de mer où le commerçant embarque ses objets » d'exportation. Des chefa d'indigènes ont spontanément » offert leurs territoires et rallié le drapeau bleu avec 11 l'étoile d'or. Pourquoi? Parce qu'ils tiraient divers avan- B tages des étrangers qui venaient vivre chez eux. D'abord, a ils étaient protégés contre des voisins plus puissants; tout

■ produit alimentaire qu'ils pouvaient vendre leur était » échangé pour son entière valeur en habillements ou

» autresobjets utiles. Tout commerce auquel ils pouvaient » se livrer, ivoire, caoutchouc, huile de palme, arachides, o était libre de taxe ; on ne touchait ni à leurs coutumes, ni . » à leurs institutions domestiques. L'Etat du Congo a été » fondé sans coup de force et subsiste sans violence Mais, » s'il inaugurait une politique nouvelle, imposait le comn merce, s'emparait de l'ivoire pour se faire un monopole, » s'immisçait dans toutes les institutions domestiques, » absorbait tyraiiniquemei)t tous les profits de l'Européen, » avant de s'être fermement implanté dans le sol et . » d'avoir réuni dans les stations une force matérielle qui » lui assurerait l'impunité — à son tour, il s'écroulerait non » moins subitement et aussi complètement que l'autorité » égyptienne a pu le faire au Soudan. »

On voit que ce n'est pas seulement Beemaert, ni Banning qui se sont montrés hostiles à la mise en servage des sujets noirs de Léopold II. Stanley lui-même, que l'on n'accusera pas de sensiblerie, se prononçait pour le commerce libre.

Malgré tout, cependant, à partir de 1892, l'Etat a inauguré une politique nouvelle. Il a non seulement imposé, mai? supprimé le commerce. Il s'est emparé du monopole de l'ivoire II a absorbé tyranniquement les profits. Et, s'il ne s'est pas écroulé, c'est parce qu'il est parvenu à faire garder les indigènes par les indigènes, à mettre au service de ses agents, quelques milliers de soldats noirs, toujours pjêts à brutaliser les gens appartenant à d'autres tribus que la leur.

Peut-être n'en sera t-il pas toujours ainsi. Des hommes qui connaissent bien le Congo ne considèrent pas comme impossibles des révoltes^es soulèvements assez étendus pour mettre l'Etal, à un moment donné, dans une situation très difficile. Mais, quoi qu'il en s«it à cet égard, une chose est certaine, c'est que Léopold 11 ou ses successeurs ne pourront continuer indéfiniment à traiter les indigènes soumis à leur tutelle civilisatrice » comme un peuple de serfe taillables et corvéables à merci.

Si eux-mêmes ne s'insurgent pas, la conscience des peuples civilisés s'insurgera contre pareil régime.

Déjà, partout ailleurs qu'en Belgique, l'opinion publique s'émeut. L'Etat léopoldien apparaît à tous comme l'expression la plus violente, -la plus cyniquement audacieuse des abus et des atrocités de la colonisation capitaliste. Ce n'est pas en Angleterre seulement, c'est en France, c'est aux

b, Cookie

Etat-Unis, que des protestations grandissantes s'élèvent contre les conséquences néfastes de l'absolutisme du Roi- Souverain.

Peut-être ces « campagnes étrangères » suffiroot-elles à imposer aux bénéficiaires du a rubber system » des réformes qui diminueront peut-ètr^ leurs profits, mais qui atténueront les souflirauces de leurs victimes.

Nous voudrions cependant que les Belges, que les prolétaires belges surtout, s'épargnent la honte de n'être pour rien, ou presque rien, dans cette 'œuvre de libération.

Beaucoup ignorent ce qu'on dit, ce qu'on écrit au dehors, sur la question congolaise. Nous voudrions qu'ils soient mis au courant, et c'est pourquoi cous publions dans cette brochure, la traduction des principaux documents qui ont paru à l'étranger, depuis le rapport de la Commission d'enquête.

Puissent ces documents, dont les uns sont ofUciels, dont les autres émanent d'hommes dont il est impossible de méconnaître la sincérité, ouvrir les yeux à ceux qui ne sont pas des aveugles volontaires. S'iif pouvaient contribuer, si peu que ce soit, à adoucir le malheureux sort des populations qui vivent sous le sceptre de Léopold II, nous n'aurions pas perdu notre peine.

Emile Vandervelde

Dans les Territoires concédés

Région A. B. I. R.

^Aujourd'hui reprisa par l'État «t oantrâlé* «xclusiva— m«ntpar )•• rap résantants de l'État.)

Pourquoi le régime spéclai militaire est appliqué.

1. Opinion de M. Arthur Nightingalè, Consul anglais à Borna. (1)

Voici ce qu'écrivait M, Nightingale au Ministre des ' Affaires Etrangères de la Grande Bretagne, Sir Edward Crey, le 20 août 1906 :

I Borna, le 20 août 1906.

Monsieur,

J'ai l'honneur de vous transmettre ci-joint, une copie ■d'un Arrêté promulgué par le Commissaire- Général du District' de l'Equateur, soumettant le territoire de l'A. B. I. E. au régime militaire spécial.

A mon avis, la seule raison de cet ordre est d'empêcher les missionnaires de pénétrer dans 'l'intérieur, ^fin qu'ils ne puissent p^as être témoins des mesures qui vont être prises pour forcei les indigènes à fournir du ■caoutchouc.

J'ai l'honneur, etc.

(Signé) A. Nightingale.

(1) Livre Blanc, publié par le Gouveraeraent anglais en avril 1907-

U'Etat d«* indigènes, !•* taxes, Iss nouvelles^ lois, l'appauvrissenisnt du pays.

2. Rapport du vice-consul anglais, M. Armstrong,. au Ministre des Affaires Etrangères de la

Grande-Bretagne. (1)

M Après avoir parcouru cette partie de la contrée, je suis forcé de conclure que la position du peuple dansle territoire de l'A. B. I. R. est dipiorabU, et, bien que^ les indigènes demeurant dans le voisinage des stations missionnaires soient plus ou moins à l'abri des mauvais traitements de la part des agents préposés à la lécoltedu caoutchouc et de leurs sentinelles armées, les autres, plus éloignés, sont soumis aux plus graves abus.

Il vient d'être émis un ordre, mettant tout le territoire de l'A. E. I. R, sous le régime militaire spécial. Selon moi , ce ne peut être que pour forcer les indigènesà payer leurs taxes de caoutchouc.

Des expéditions de police ne cessent de parcourir l'A. B, I- E. Une de ces expéditions eut lieu immédiatement après ma visite dans cette contrée, et la lettreci-jointe lut adressée au Commissaire du district pendant mon séjour à Coquilhatville. I! m'en lut envoyéune copie par le même courrier. En réponse à mesdemandes concernant cette affaire, le Procureur Général de l'Etat m'informa qu'une enquête aurait lieu aussitôt que possible. Le travail libre n'existe pas, les indigènes étant forcés de travailler pour des gages tout à fait dérisoires. En visitant les différentes villes où l'on exploite le caoutchoBc, on s'attend à voir diversesmarchandises d'Europe, reçues en échange des énormes quantités de caoutchouc extrait de ces parages,.

. Le nippon est daté de Londres en.

cependant les indigènes ne possèdent rien, absolument

Les conditions ordinaires de la vie sont déplorables et la saleté et la misère de leurs villages ne sont que trop évidentes. Les soldats peuvent an iver d'un jour & l'autre, chasser les nègres de chez eux, conime d'habitude et détruire leurs huttes: il leur est donc impossible d'améliorer leur position, et de bâiii des demeures plus convenables.

Il est inutile de s'attendie à un changement quelconque tant que le système actuel de taxes reste en vigueur. Ce système permet aux agents d'exfraire les plus grandes quantités possibles de caoutchouc pour les gages les plus minimes. Il permet aussi aux sentinelles armées de contraindre à les récolter dans ces tristes conditions.

Naturellement, le résultat en est que les relations entre les fonctionnaires de l'Etat et le peuple sont loin ) d'être cordiales, La sécurité des Européens dépend entièrement de la présence des sentinelles dans les différents postes commerciaux. De cette façon, les tribus de 'l'intérieur sont forcées de se soumettre.

La tournée de la Commission d'Enquête et les plaintes constantes des missionnaires ont eu pour résultat une période de paix relative dans tes districts de Baringa. Les gens de cette région ne paient pas d'impôts à l'heure qu'il est.

Le système d'impôt sous forme de denrées alimentaires a été fort onéreux, et de toutes les parties du Congo on se plaint amèrement de la taxe imposée qui accable le peuple de travail incessant-

A Lulanga, les missionnaires se plaignirent de l'injustice de cette taxe alimentaire et aussi de la corvée imposée aux femmes d'une ville avoisinante dans les travaux de plantation, pour lesquels elles ne reçurent ni nourriture ni rémunération. J'attirais l'attention d'un fonctionnaire judiciaire, de passage à Lulanga, sur cet abus, et il ordonna immédiatement qu'on fît cesser cette corvée et que l'impôt alimentaire fût réduit de

D.,:.ii6^b,C00gle

moitié. Le missionnaire du poste, M. Bond, trouva cet

arrangement raisonnable, et j'espère que la réussite

de mes représentations recevra votre approbation.

Sous la nouvelle loi, la capitation varie de 6 f. à

aS f. selon les ressources du district, L'A. B, I. R. étant un des districts les plus riches, la taxe sera sans doute fixée à aS f. par tête. Danç.ce cas, les pauvres indigènes de cette région seront forcés de fournir un peu plus de 4 kilogrammes de caoutchouc par mois pour arriver à couvrir cette somme. Or, une quantité de 4 kilogrammes de caoutchouc par mois représente une taxe presque impossible à payer, car le nègre n'aura plus le temps de travailler pour son propre compte et de gagner sa vie.

Il serait bon d'employer de vigoureux procédés pour remédier aux abus dé la taxe alimentaire dans la région de Stanley-Pool, où les habitants sont appelés à fournir des denrées pour les ouvriers de l'Etat employés à Léopoldville. Les voyages que ces indigènes sont obligés de faire pour transporter ces produits sont beaucoup trop longs, il en résulte que de jeunes enfants, incapables d'un pareil travail, sont employés à ces courses. La contrée entière est presque complètement privée de vivres : la volaille, les chèvres, les porcs, etc., tout a été réquisitionné pour nourrir les Européens de l'Etat à Léopoldville.

Ce que l'Etat paye est dérisoire, et à Lulanga j'appris que les indigènes étaient forcés de fournir de la volaille aux employés du gouvernement au taux de 10 mitakos, tandis que la valeur réelle était de 5o mitakos Ce système est universel sur le cours du Congo.

E^bvCoogle

3. Rapport de M. Charles Padfield, de la Congo Balolo Mission {!) {à Baringa).

Un cauchemar da deapotisma brutal at da cruauté.

Le révérend Charles Padfield, de la Congo Balolo Mission, de retour du Haut Congo, et l'un des passagers de l'infortuné « Jebba i, a fait les déclarations suivantes au repiésentant de l'Agence Reuter {9 avril) :

« J'ai passé trois ans et demi au Congo, principalement dans les territoires de l'A. B. I. R, et de Lulanga, visités il y a deux ans par la Commission d'Enquête du Congo, L'Administration Congolaise vient d'établir un contrôle direct dans l'A. B. L R. et si vous voulez savoir ce qu'au fond cela signifie, je vous répondrai ainsi qu'un chef indigène : « Vous pouvez changer le nom du léopard, mais vous ne changerez pas son caractère, m

Voilà bien des années que les agents de l'A. B. l. R. percevaient officiellement les impôts de l'Administration du Congo — c'est à-dire qu'ils étaient des a forceurs de taxes officiels ». Aujourd'hui, l'Administration du Congo perçoit ses impôts elle-même — c'est-à-dire que ses foq cti on n aires perçoivent l'impôt du caoutchouc. Plusieurs des anciens agents de l'A. B. L R. sont devenus les agents de l' Administration (2). L'ex-chel de « Police » avant l'arrivée de la Commission est actuellement commandant militaire de toute la région, et a sous ses ordres de nombreux soldats. Ce n'est donc qu'un changement de noms. Ce qui était illégal, selon l'interprétation de la loi par les Commissaires, lorsque la Compagnie (aidée par les fonctionnaires de l'Administration) forçait les naturels à payer leurs taxes, est devenu l^al maintenant que les noms sont changés. En

(i) Agence Reuter, mars J907.

(2) Pour confirmation voir La Tribani Congoiaisi, )uin igoS.

ce moment, dans ]e voisinage immédiat de ma station à Baringa, il y a une trêve, mais d'après ce qu'on me dit des régions siluéts en amont de Baiinga, nouvelles qui sont confirmées par la presse belge, l'étal dt choses est le même — envenimé par le régime miliiaire spécial, contre lequel l'indigène reste impuissant.

Et pourquoi sommes-nous favorisés actuellement? Pour deux raisons, probablement. D'abord, la présence des missionnaires. Depuis la visite de la commission, les agents européens de Bula Matadi (nom indigène de l'Administration du Congo) ont hésité à sévir dans le voisinage de ma station. Puis, il faut vous rappeler que compaiés aux autres régions de l'intérieur, les environs de Baringa produisent moins de caoutchouc, grâce à l'épuisement parliel des lianes. Ce qui reste de la population est aussi épuisé, au physique comme au moral.

Il arrive un moment où toutes ressources sont épuisées. Comme disent les indigènes : •• Que pouvons-nous faire? On nous a dit de fournir du caoutchouc. Nous sommes allés, après plusieurs jours de marche, à la rivière Juapa, puis à l'Ikelemba, et nous en avons obtenu. Mais il n'y en avait pas assez. Alors on nous a dit de couper les lianes. C'était toujours trop peu. Puis on nous a dit d'arracher les racmes, maintenant, que reste-t-il ? » Comment pouvons-nous savoir que la sécurité actuelle n'est autre que temporaire? Les soldats sont employés à terroriser d'autres i égions plus riches, voilà tout. Comment pouvons-nous nous bercer d'illusions, alors que le sy.stème en vogue reste immuable?

Lors de sa dernière visite, le Gouverneur-Général nous a déclaré, à mes collègues et à moi, que i l'Indigène ne possède rien (i). i Voilà justement le sujet de contention. L'indigène ne possède rien, et se trouve être lui-même la propriété de ceux qui se disent les

il à rien», M. de Srael de Naeyer»

maîtres du pays et des souches de caoutchouc. Tant que cette idée a couis, l'indigène ne sait pas quel peut être son sort d'un jour à l'autre. A l'occasion de sa visite, le Gouverneur- Général nous a dit que le système de sentinelles n'existait plus. Cela eût voulu dire que le caoutchouc n'existait plus pour l'Etat, car du moment que l'indigène ne possède pas le caoutchouc, il n'a pas le droit de le vendre, et sans la force armée comment l'obtenir puisque le commerce n'existe pas. Les procédés commerciaux ordinaires sont inconnus, et la « sentinelle n indigène, ou soldat de la Force Publique remplace le commerçant des autres pays plus favorisés de l'Afrique.

Quelques semaines api es cette visite, plusieurs de mes collègues trouvèrent certains villages situés à peu de distance de chez nous, existant à l'ombre des fusils des seritinelles. Leurs rapports ont été, je crois, envoyés au Ministère des Afilaires Étrangères. Certaines raisons m'ont empêché de voyager, dernièrement; mais on a parlé de combats acharnés, qui auraient eu lieu dans le Haut-Lopori et la Haute-Maringa pendant ces derniers mois. Je n'ose soupçonner ce qui se passe actuellement dans ces confiées.

Peu de temps avant mon départ, certaines rumeurs ont eu cours à Earinga. 11 m'est natui ellement impossible de les confirmer, mais d'après ce que nous avons vu nous-mêmes à Batinga, avant l'arrivée de la Cqmmission, il est malheureusement probable qu'elles sont véridiques. Ce ne sont que massacre, guerre, prisonniers fusillés, misère, outragea : voilà le résumé de ces rumeurs. Voici un message lamentable qui est arrivé jusqu'à moi avec difficulté au moment où j'allais partir ; il venait de bien loin, dans l'intérieur : a Pourquoi donc les missionnaires ne viennent-ils pas dans notre contrée, nous délivrer de la mort pour le caoutchouc? »

On nous accuse d'exciter les nègres à la révolte, mais nos accusateurs semblent n'avoir aucune idée de la topographie du district. Ces combats, signalés d'ailleurs par la presse belge, ont lieu à 332 IC"' de Barjnga,

DjIreobvGoOgle

dans des endroits qui n'ont malheureusement jamais été visités par les missionnaires.

Sur les lieux mêmes, on nous dit que la cause du

régime militaire spécial est l'esprit de révolte qui r^ne actuellement et le danger que courent les blancs de perdre leurs biens. Ce sont les mesures prises à l'intérieur du pays ainsi que l'esprit de profonde amertume parmi les indigènes qui en sont la cause.

Lorsque les Commissaires (vraiment sincèies dans leurs efforts pour découvrir la vérité et touchés par le récit des horreurs dévoilées) arrivèrent au Congo, on annonça aux indigènes que leur misère allait cesser. Nous le leur dîmes nous-mêmes à toute occasion. Ils furent invités à témoigner sans crainte, et ils le firent. L'attitude des Commissaires pendant les séances et la déroute des représentants de l'A. B, I. R., causée par ces témoignages irréfutables, se répandirent dans toute la contrée. C'était l'aurore d'un jour nouveau pour ce pauvre peuple, et l'on peut juger de l'effet de la déception qui suivit cet espoir.

En Europe, on s'imagine que l'effet de ces procédés, qui ont mis à s..ng et à feu le district de Baringa, n'est pas durable. B;,.r. au contraire. Il existe bien en ce moment une tièvc à B-iringn., ainsi que je l'ai expliqué, les atrocités ont l:,:n:>i)rr.::'ement cessé, mais le résultat de la tyrannie de ces dernières années est permanent. Prenons par exemple le rapt des femmes par les sentinelles, crime qui s'est commis d'une façon eflrayante pendant des années. Ces sentinelles sont actuellement installées dans leurs villages, et les parents de ces pauvres femmes cherchent sans cesse l'occasion de les reprendre, par la. t'oice s'il le faut. De là, des luttes innombrables, des bagarres sanglantes, résultats du chaos social causé par le système.

En réponse à des questions sur l'avenir en général, M. Padfield dit : u Lorsque le vol p^r et simple est la base de l'état de choses, quel peut être l'avenir ? Dans mon voisinage, les atrocités ont cessé pour le moment. Mais, en route, j'at passé à la station de Lukolela, où

se trouve mon collègue de la Baptist Missionaiy Society, M. Whitehead, Je l'ai trouvé harassé et accablé par les horreurs qui se déroulent sous ses yeux : ses rapports viennent d'être envoyés au Foreign-Offtce. A Stanley Pool, le travail forcé de la taxe alimentaire, imposé aux femmes, est toujours en vigueur.

Les I atrocités » ne forment qu'un des aspects de la question. C'est le système même qui est diabolique, basé comme il l'est sur l'appropriation forcée de tout. On parle de terres non-occupées et des droits de l'administration. Dans mon district, il n'y a pas de terres non-occupées. Il est impossible de trouver aucune partie de la forêt qui ne soit soumise aux lois indigènes, aucun cours d'eau qui ne soit divisé en sections attri* buées à de certaines communautés, aucun groupe de palmiers qui ne soit la propriété de quelque village.

N'oubliez pas que l'indigène n'a que la forêt pour vivre : il défriche, il cultive et il pêche : cette approprfation des terres est donc un vol, tout simplement. Les indigènes ne peuvent pourtant pas occuper chaque mètre carré de !a contrée, comme dans certaines parties de l'Europe. Ils ne connaissent pas les engrais chimiques. Ils sont obligés de laisser le terrain en &iche pendant un an ou deux lorsqu'il est épuisé par une série de récoltes.

Mais, selon l'interprétation de la loi, si les indigènes ' veulent déplacer leur village ou leurs plantations, ils se * rendent coupables de violation de propriété des Blancs. C'est monstrueux. Les naturels, les « citoyens » comme dit le rapport de la Coinmission, ne possèdent rien, d'après le Gouverneur-Général.

Lors de ma rentrée en Europe, j'ai fait une excursion à Duala dans le Caméron allemand et à Calabar dans le Protectorat du Niger, afin de me rendre compte de l'administrai ion de ces colonies. J'ai été frappé de la différence énorme qui existe entre ces parages et le Congo, et je suis de plus «n plus persuadé que l'état de choses au Congo n'est qu'un cauchemar de despotisme brutal et de çmaut^.

de M. Jeffrey de la Congo Balolo Mission (à ïkau). (i)

H L'Étatest en possession du territoire de l'A. B.l.R. et les indigènes commencent à s'en apercevoir, car la main de ier de l'esclavage se fait sentir et on nous supplie sans cesse d'user de notre influence pour améliorer leur sort. »

M. Jefirey raconte que la plupart des villages de. son voisinage sont maintenant forcés de fournir leur taxe hebdomadaire de poisson et de pain en quantités « considérablement » augmentées.

Un petit village doit fournir une centaine de ces miches de pain tous les mercredis, et une autre centaine tous les samedis ainsi qu'une poule et dix œufs. Il ne leur est rien donné en échange : les femmes sont même quelquefois appelées par les sentinelles à travailler de force sur les routes. C'est partout la même histoire : malheur à l'homme qui ne travaille pas, ou qui est « assis a, selon l'expression indigène.

M, Jeffrey cite un exemple. Un des ouvriers de la mission, après avoir travaillé pendant une année au poste missionnaire, selon son engagement, retourne à son village pour s'y reposer. Il y avait à peine trois jours qu'il s'y trouvait, qu'on le somma de s'engager comme pagayeur. Il répondit qu'il venait de travailler pendant une année et qu'il avait besoin de repos. On le fit immédiatement prisonnier et on l'envoya au chef, d'ur.e expédition soi-disant de police dans le Haut- Lopori, Là, on lui fit porter de lourds fardeaux et à son retour au poste d'Ikau, où il venait se plaindre des mauvais traitements, " les plaies sur ses épaules causées par ces fardeaux étaient encore béantes ^. Après cette aventure, il fut envoyé à Bassan-kusu, quartier général de

(i) Rapport daté le Sjanvier 1907. Transmis au Ministère des Affaires Etrangèrefi de la Grande-Bretagne par le Congo ReforCn- Association, le 2 avril 1907. Un rapport plus long et plus déiaillé a été reçu depuis de ce missionnaire,

l'Admiaistration, " pour y finir sa punition — c jouis déchaîne «.

M. Jeffrey ajoute que les naturels sont encore f de révolte, dans l'intérieur, et que la guerre continue : en d'autres termes, le e caoutchouc i et les s réformes » vont ensemble, (i)

Ajoutons que les journaux bruxellois à la dévotion de l'Etat du Congo, ont signalé au mois de juin que le commissaire Gérard se trouvait à Bassan-kusu, chargé de la tâche a ardue et périlleuse de remettre au travail les populations de l'ancienne concession A. B.I.R. On nous a signalé précédemment dans les mêmes feuilles la présence de 400 soldats de l'Etat dans ces parages! Tout commentaire serait inutile. '

Région de la Mongalla

(Autrafoia exploitée par la Société anvaraoiae du Cornmarc* au Congo; aujourd'hui «xploitée par Us représentants de l'Etat.)

1. Rapport de M. Charles Bond, de la Congo Balolo Mission {à Lolanga) (2).

Les taxes en copsi. La récit d'un chef,

n Le mardi 26 mars, je reçus la visite d'un chef indigène domicilié à 240 kilomètres en amont. Soc village était situé près de Mobeka (autiefois le quartier général de la Compagnie de la* Mongalla), actuellement un poste important du gouvernement. Comme cet homme n'était jamais venu à Lolanga, je lui exprimai ma surprise de lui >. oir faire un si long voyage et lui en demandai la raison. Sa réponse tut caractéristique :

(1) Confirmé tout « (ï) Transmis un Ministère des Aflain Bretagne par la Congo Reform Ass", en avril 1907.

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a Nous savons depuis longtemps qu'il se trouve à Lolanga un Angllsa (anglais) qui a ]e courage d'intercéder en laveur des nègres dans leurs palabres avec Bula Matadi (l'Etat du Congo'. Mes enfants (mon peuple) et moi avons tenu un grand, grand palabre et je suis venu. Viens à mon secours et dis-moi ce que je dois faire. » Comment ne pas intercéder pour ces misérables? Que ce que nous faisons est minime dans des cas pareils. Et pourtant, ce sont la faible sympathie et la pitié que nous avons témoignées, qui nous ont fait cette réputation dans un pays éloigné. Peut-on continuer à traiter les noirs du Congo d' » ingrats » et de « traîtres »?

L homme était arrivé avec cinq pagayeurs, y compris l'une de ses femmes, un groupe de pauvres misérables. Une taille de 6 pieds, des muscles à la Sandow et cependant il est incapable de marcher sans bâton. Lorsque je lui demandai la raison de son infirmité, il répondit : « J'ai eu la cuisse cassée dans un combat contre les aj/.mts de Bula Matadi. Je vous raconterai tout ceîa plus îhrd. » I! est juste de dire ici que la cuisse n'est pas casué-i, mai? peat-être eût-il mieux valu pour lui qu'elle '.<i iC:t, comme vous l'allez voir par son récit.

Je fis venir mon collègue, et le chef nous raconta ce qui suit {je répète ses propres paroles autant que possible) :

« Il y a (rois mois, le Blanc de Mobeka nous dit de lui appa«ter le nkone (copal) tous les mois, une corbeille par habitrir.î, une grande corbeille (montrant du geste une corbeille de 60 cms sur im2o). A chaque lune, une corbeille par homme. Jusqu'à cette époque-là, nous n'avions fourni, comme taxe, que du poisson frais chaque jour, du poisson fumé, du kwaiiga (pain) et du bois de chauffage pour les bateaux chaque semaine. Nous lui dîmes que nous ne pouvions pas faire ce mauvais (copal). Nous ne connaissons que les rivières (c. à d. que c'est une tribu riveraine). Nous sommes étrangers aux forêts et nous ne savons pas récolter le

Digiiis^b/Coogle

nkone. Mais le Blanc ne voulut pas nous écouter. Alors nous envoyâmes trois hommes {tous nommés) à Nouvelle- An ver s (quartier- général du gouvernement) faire des représentations au Grand Blanc, mais celui-ti répondit qu'il nous fallait travailler le copal : si nous en mourions, cela ne te regardait pas.

» Lorsque nos trois hommes arrivèrent avec le message du Grand Blanc, nous eûmes beaucoup de chagrin. Notre Blanc à Mobeka nous libéra de la taxe de bois de chauffage et de canotages mais 11 nous fît travailler au nkone. Nous nous mimes à l'œuvre et nous apportâmes la taxe d'un mois, une corbeille par homme [montrant' des bias la dimension de la corbeille). Il nous donna en échange à chacun une pièce d'étoffe d'environ un mètre de long (d'une valeur européAnne de 40 centimes).

» J'étais de nouveau sur la rivière avec sept de mes hommes, à la recherche du copal, lorsqu'un autre Blanc, à six galons (manière de décriie le grade d'un officier) arriva en steamer à Mobeka. Il demanda à notre Blant de lui fournir des hommes pour porter des caisses à travers le forêt jusqu'à une ville de l'intérieur (service de transport). Les soldats partirent immédiatement pour mon village, où ils saisirent cinq hommes, et dans un autre village, ils saisirent aussi le grand chet du district, Bukulu et un de ses hommes. Le Blanc envoya aussi des soldats à ma recherche, et je 1ns pris sur la rivière. Pendant la iutte, un des agents du Blanc me donna un coup de massue sur la cuisse et la fracassa (manière de décrire une forte claudication). Même aujourd'hui, je ne puis marcher sans bâton. Nous étions donc huit, et nous fûmes conduits en bateau à Ndobo, et, à notre arrivée on nous mit en prison. Nous y restâmes six jours, ayant de l'aau en suffisance, mais peu de nourriture. Un jour on nous donna un plantain à partager entre huit hommes : une autre fois un morceau de kwanga long de 25 cms. et de la grosseur du poignet.

■» Après nos six jours de prison, on nous mît, Bmmlu et moi, à sarcler le poste du Blanc. On envoya les

b, Cookie

jeunes gens porter des caisses à Yalombo, ville située au fond de la forêt. Pendant que nous travaillions avec nos sarcloirs, un soldat qui nous surveillait, s'approcha de nous, nous parla et Bukulu lui demanda r « Pourquoi nous faites- vous faire cela à nous, des chefs ? C'est du travail d'enfants (c. à d, humiliant). Pour toute réponse, le soldat lui porta un vigoureux coup de crosse sur les fesses. Bukulu tomba à terre. Le soldat lui administra alors un second coup sur la nuque. Bukulu n'ouvrit plus jamais la bouche. Deux hommes m'aidèrent à le transporter au Blanc qui nous dit : n Emportezle, emportez-le chez lui, je ne veux pas de lui ici. » Nous l'emportâmes à son village, et le lendemain, avant que le soleil fût haut dans le ciel, Bukulu mourut.

» Après le mort de Bukulu, mon travail prit fin, mais on me garda en prison, la chaîne au cou. J'y restai un jour et le Blanc vint me faire remettre en Jiberté. Le lendemain de mon élargissement, le jeune Asukaleka mourut dans ses chaînes.

M II était de mon village, et avait dû porter des caisses à Yalombo, dans la forêt. Les soldats l'avaient battu parce qu'il ne marchait pas assez vite. Il mourut de faim et de mauvais traitements. Le même jour, à midi, Mbombo, aussi de mon village, mourut, la chaîne au cou. Il avait porté des caisses et avait reçu le même traitement qu'Asukaleka. Il avait les épaules blessées, La peau en était arrachée, ainsi qu'à la nuque, par les caisses rugueuses et lourdes qu'il avait du porter. On le mit à la chaîne dans cft état, et il y mourut. Nous les ensevelîmes tous deux, et le Blanc nous refusa du drap pour leur faire un linceul (ceci est considéré comme étant une terrible dégradation).

« Deux de mes hommes lentrèrent avec moi par le steamer, et arrivés chez nous, je demandai au Blanc de nous libérer de la taxe en copal, mais il refusa. Je lui dis que j'irais de nouveau à Nouvelle- Anvers parler au Giand-Blanc, mais il me dit de rester. Cependant, le Grand- Blanc vint à Mobeka et m'envoya chercher.

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J'obéis et il médît ; « Viens me voir demain avec tout ton village ». Je répondis ; « Kous ne sommes plus que huit. » « D'après le livre (registre) n, me dit le Blanc, ( tu dois avoir 39 hommes dans ton village, et tu vas me les amener demain matin, » Je lui expliquai alors que beaucoup étaient morts, soit de la maladie du sommeil, soit à la chaîne — mais il ne voulut pas me croire. « Si tu ne viens pas demain matin, dit-il, avec tes 39 hommes, je t'enverrai à Ngirt pour six mois. » Cette menace me fit peur. Je savais qu'il pouvait la mettre à exécuiion et comme je n'avais vraiment que huit hommes, je me mis en route avec ces enfants (jeunes gens) et une de mes femmes, au milieu de la nuit : nous avons voyagé six jours et me voicit Maintenant que vas-tu faire pour moi ? n

Le récit n'est pas long. Par écrit, il serhble peu intéressant ; mais je voudrais pouvoir déciiie son expressipn et ses gestes pendant qu'il me racontait son histoire. Il semblait revivre dans ces différentes scènes. Essayez de les faire vivre vous-même afin d'inciter l'Europe à l'action. Ces pauvres gens sont exterminés aussi sûrement que si des milliers de soldats les poursuivaient. Les uns meurent sous les coups, d'autres de faim, d'autres de la poitrine, ayant attrapé leurs maladies dans les marécages, à la recherche de poisson et d'autres denrées qui leur permettent de payer leurs taxes. Les uns meurent de tristesse, le cœur brisé, car ils. n'ont plus rien à espérer dans ce monde : d'autres enfin meurent de la maladie du sommeil. Bref, la plupart meurent à cause de l'indifférence de l'Europe ■ envers leur misère'. Pour terminer leurs maux, il est nécessaire de changer le système de gouvernement.

Région du Kaaai

1. Rapport de M. W. W. Morrison de " The American Presbyterian Mission », à Luebç. (i)

« Depuis mon retour ici n — écrit M . Morrison — « je deviens de jour en jour plus passionné pour la Réforme au Congo, Je vous enverrai des détails par un prochain courrier. Bien que dans ce voisinage immédiat — à l'exception des troubles avec le grand chef Kalumba il y a quelques mois — il n'y ait pas eu d'outrages marqués, l'oppression systématique des taxes, du recrutement et du travail forcé continue comme auparavant. Les noirs sont si découragés, qu'ils obéissent à tout ordre, pourvu qu'il soit dans la masure du possible, n

L'État et la Société du Kasai ont annoncé à tout venant que Kalumba, le grand chef Lulua avait été complètement battu. Ceci est absolument faux. Il est aussi puissant qu'avant, et il guette les événements à distance. D'après ce que j'ai observé, la campagne menée en Angleterre et en Amérique a rendu l'État un peu plus soigneux de ses actions dans les endroits accessibles et surtout beaucoup plus rusé. Autrefois l'œuvre diabolique se faisait ouvertement, car on pensait que persoruie n'oserait élever ta voix contre l'absolutisme tout-puissant. Actuellement le système continue à fonctionner dans l'intérieur, pire qu'auparavant, loin des grands centres et des grands chemins, tandis qu'aux endroits plus connus, il existe un é'alage de « justice » plein d'ostentation.

'Z.Rapport du Vice-Consul anglais, M. Artnstrong (i)

Dans le district du Kaaai les indigènes reçoivent du sel en échange du caoutchouc, à raison d'un kilogr., de sel pour un kilogr. de caoutchouc. Le sel vaut, dans ce district de 80 à 5o centimes le kilogr.; c'est à dire que les naturels sont forcés de fournir du caoutchouc au prix de 80 à 5o centimes tandis que la valeur moyenne est de 8 à 10 francs te kilogramme.

3. Rapport de M. Richard Harding Davis, journaliste américain, qui fut envoyé par " Vollier's Weekly « de New York, un journal hautement estimé en Amérique, au Kasai (2).

a Je suis i ^teJtly, et 11

s allé au Congo, dit-il, à la requête de Coîlier's

ikly, et ma mission était de faire une enquête sur trois accusations contre Léopold.

g On l'accuse d'avoir réduit à l'esclavage vingt millions d'êtres humains qu'il était chargé de protéger ; on l'accuse d'avoir empêché les étrangers de faire le commerce au Congo, bien que l'Etat ait été placé sous sa suzeraineté à la condition expresse que tou'es les nations eussent le droit d'y trafiquer; on l'accusa enfin de s'être approprié le commerce et les produits qui devraient appartenir au monde entier.

* A mon avis, » dît M. Davis, « ces accusations sont fondées.

"v joii'ai pas vu d'atrocités. Pour arriver à la zone des atrocités, il tant voyager pendant trois ou quatre mois. Aussi, je n'en parlerai pas.

• Mais les autres accusations sont vraies, sans aucun

{1) Livre Blanc ; op. cit.

(a) Rapport paru dans le Daily Mirror de Londres le îo avril. Des loQgues lettres dénonçant le système en vigueur ont paru depuis par le même auteurdans le ColUifa Wtikly.

-obvGoogle

doute, et je suis tout porté à croire que si l'on pouvait seulement se rendie dans les régions reculées où un seul homme à le contiôle absolu de milliers d'habitants, il serait aiséde prouver aussi les récits de barbatie et de cruauté. Je suis prêt à accepter à ce sujet le témoignage d'anciens officiers, de missionnaires et de commerçants.

» Mais cette politique est déplorable, même au point de vue de Léopold,

)) Il n'y a pas d'apparence de colonisation ; on n'a pas l'air de s'occuper du bien-être de ces 20.000,000 d'habitants.

n Le Gouverneur, Van Uamme, est un homme d'esprit et d'intelligence, un excellent homme et un paifait gentleman. Beaucoup de ses subordonnés lui ressemblent. Mais la plupart des fonclionr, aires belges sont des gens à antécédents douteux. Ils ont commis quelque indiscrétion en Europe et on leur a donné l'occasion de se refaire une réputation ici. Ils n'ont aucun scrupule et sont complètement à la merci de Léopold .

» je désire ajouter un mot sur le célèbre ouvrage de M. Morel, fied Rubber, Autant (^ue j'ai pu le vérifier, tout ce qu'il dit est absolument vrai, n

ejbvCoogle

Dans le " Domaine national '^

Région Aruwimi, Haut-lturI, etc.

Rapport du vice-consul anglais, M. Michell{i).

Il Dans tous les villages Basenji que j'ai traversés pendant mes deux voyages, les indigènes m'ont affirmé qu'ils passent trois semaines à récoller le caoutchouc réclamé d'eux à titre d'impôt. De plus, tous les (rois mois, ils doivent le transporter au poste de l'Etat, situé de quatre à six jours de marche.

Les villages Bangwana se trouvent sur les grandes routes, à une distance de 12 à 34 kilomètres les uns des autres. Ils sont chargés de maintenir les communications. Je vais citer comme exemple spécial, plutôt favorable, celui d'un village sur la route de Stanleyville à Avakubi. C'est la grande route qui conduit au nord-est, et c'est par la qu'on dirige les provisions et les produits vers le Nil et l'enclave de Ladb.

Le village dont je parle contient en tout 3o habitants, dont la hommes, sans compter le chef. Ils paraissent tous âgés de 16 à 20 ans. Selon le chef, les veillards auraient été tués ou emmenés en esclavage par les Mahométans, il y a quelques années. Voici les obligagations du chef :

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