‹ Le masque de poix drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 13 sur 121 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Les Mêmes. — on vou LE PRINCE ALEXIS un deliur>j suivi du plnviuiu!.

Franuais.

MARIOLà l'avanl-scunc.

Ah! un brave jeune homme de prince russe!... une pratique qui nous aime bien. (Bas à sauuioi) . C’est presque pas un Moscovite , celui-là. — C’est un des nôtres qu’on nous a enlevé en nourrice...

^Au prince qui est ciilré). Ça Va biCOj mOnseigneUl’? (ll Uu offre limideineut la :r.ain).

ALEXIS, la lui serrant.

Merci, mon ami, et vous ?

MARIOL, bas.

Oh! il m’a serré la main... as-tu vu, Sautriot?(Au prince.) Ç«i boulotte, prince, ça boulotte.

IXCIEX, saluant.

Prince...

SAUTRlOr.

Mes hommages respectueux à son excellence.

MARIOL, se moquant de Sautrint.

Oh! des phrases... des manières ! tu parles à la première position, as-tu fini? (au prince.) Vous le voyez, prince, j’avais bien raison de dire que vous aviez comme ça un brin d’amitié pour nous autres.

LE PRINCE

Oui, messieurs, oui, j’aime les Français, j’aime la France... c’est un noble pays, sur lequel Dieu a répandu ses plus riches trésors. — C’est là qu’on vit... c’est là qu’on pense. — La France, c’est le génie, c’est la gloire, c’est l’ange de la civilisation éten-

dant ses vastes ailes sur runivers entier, et disant : Je suis la soui ce tjui désaltère, je suis la parole qui console, je suis la main qui guérit. Laissez venir à moi ceux qui ont soif, laissez venir à moi ceux qui soutirent !

MARIOL, à Sautriot.

Il rédige encore mieux que toi, hein?

AI.EXIS.

La France, qui d’un signe et dans un moment suprême, évoque un homme, fait jaillir une idée. — La France que le grand maître a placé à la tète des nations poim que toutes marchent à sa lumière, phare étincelant que n’éteindront jamais nos tempêtes humaines.

MAUIOL.

Eteindre la France!... non!... faudrait pour ça un trop fameux éteignoir.

LUCIEN

Merci, prince, au nom de tous les Français qui habitent cette contiée.

ALEXIS

Cela vous surprend peut-être de m’entendre parler ainsi, moi. Russe ?

AMANDA

11 y a des braves gens partout.

SAUTRIOT, bas à Amanda.

Amanda, vous faites de l’œil au prince.

ALEXIS

C’est que mon père, qui avait passé plusieurs années en France, était admiialeur enthousiaste de votre nation... il m’avait donné pour nourrice une Française, et dans mon enfance, je ne connus pas d’autre langue que la vôtre. Plus lard j'assistai par la pensée à cette œuvre incessante à laquelle chacun de vous, artisan ou grand seigneui-, noble ou prolétaire, riche ou pauvre, apporte sa pierre cl sou idée... Aussi voir la France était le rêve de ma vie... j’avais soif de Paris... et depuis qu’il m’a fallu renoncer à cet espoir, il m’a semblé que j’étais enfermé vivant dans un tombeau... et du fond de mes ténèbres, je porte mes regards vers cette terre promise, source de lumière ou s’envole une partie de mon cœui’ et mon âme tout entière.

LUCIEN

Quoi, prince, vous ne viendrez jamais en France ?

-MARIOL.

Oh! venez-y... venez-y, je vous conduirai partout... en voiture, vous dedans, moi derrière.

ALEXIS

Les sujets russes ne s’appartiennent pas ! Un nouveau regret pour moi, c’est que bientôt peut-être je ne vous verrai plus.

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