SCÈNE IL
AMANDA, SAÜTRIOT.
SACTRIOT, entrant.
Quand vous y pensez, ça vous fait venir l'eau à la bouche, ’cst-ce pas, charmante Amanda?
AMANDA
Tiens, monsieur Sautriot.
SAÜTRIOT.
Lui-même... Sautriot en personne.
AMANDA
Toujours gai, toujours pimpant, toujours alerte!
Dam ! un professeur de danse ; si on n'avait pas un peu de amure, un peu d'élégance et du jarret, vive Dieu!... ce seit comproraetti’e la France à l’étranger!... Mais à proços du ys, comment se porte toute notre petite colonie française?...
et Lucien, le brave armurier?... et Mariol, mon bon Mariol? et l’excellente Louise, la maîtresse de votre magasin?... entin, tous nos bons amis... comment vont-ils?
AMANOA.
Très-bien, monsieui- Sautriot, vous êtes bien honnête... Quand je dis très-bien, je parle de mademoiselle Louise, que je vois à tous les instants du jour, et de monsieur Lucien, que je vois... souvent... mais, pour ce qui regarde monsieur Mariol, je me suis peut-être trop avancée en vous donnant de ses nouvelles, vu que pour le quart d’hem’e, je n’en ai guère.
SAUTRIOT.
Comment cela?
AMANDA, comptant sur scs doigts.
Quinze, seize, dix-sept... oui, voilà dix-sept jours qu’il est parti, sans nous dire où il allait... après ça, il est si original!
SAUTRIOT.
Il loge toujours ici?
Mais sans doute : à moins qu’il ne donne lui-même son congé... c’est pas mademoiselle qui le renverra, à coup sûr! c’est comme qui dirait l’enfant gâté de la maison.
SAUTRIOT.
Oh! c’est bien naturel!... Louise n’a pas de meilleur ami, si ce n’est Lucien et moi... vous voudriez bien apprendre comment cela se fait, curieuse!... plus tard, peut-être... vous saurez, oui, quand vous serez ma femme!... Pour en revenir à Mariol, est-ce toujours lui qui fait les courses, les commissions?...
AMANDA.'
Certainement... comme on dit à Paris, c’est le trottin de notre maison.
SAUTRIOT.
Mariol... trottin de modiste... ah! je le reconnais bien là!... toujours le même... il me semble encore le voir à Paris, sm- les boule varts : paresseux, goguenard, flâneur, ayant un talent particulier pour imiter la voLx des gens, leurs allures, leurs gestes, et surtout constamment prêt à se moquer du monde !
AMANDA
Sous ce rapport il n’est pas changé.
SAUTRIOT.
Faisant tous les métiers... et quels métiers!... l’été, il repêchait au fond du canal les pièces de deux sous que les badauds lui jetaient... et dans quel costume!... l’hiver, autre genre! c’él^ùla boxe et la savate, ses amours... professeur de billard... cuiolteur de pipes ...
AMANDA
Comment, il vivait avec ç»
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Avec ça... <it dos pommes de terre frites... et le soir pour linir sa journée, il vendait des contremarques aux portes des théâtres du Ijoulevart du Temple, et criant à la sortie : Voilà une voiture!... voilà!
AMANDA , reilesceiidant.
lîst-il drôle, ce monsieur Sautriot!
SAUTRIOT.
.Maintenant, il est trottin de modiste à Saint-Pétersbom-g ! Du reste, bon enfant, excellent cœur... prompt comme la poudre, l)iave comme un César, bavard comme une pie dans un pays oii le silence est de rigueur; après ç;i, ce qui rachète tout, c'est (pi’il aime ses amis avec passion! C’est égal... francheincut, Louise aurait dû lui faire prendre un autre état.
AMANDA
Ah bien oui! Elle le lui a proposé cent fois. 11 n'a jamais voulu. Toute autre profession m’éloignerait de toi, a-t-il dit à Louise. Lucien est occupé à sa fabrique d’armes. Sautriot, uni a appris à danstu’ derrière les coulisses d’un théâtre des boule- \ards...
SAUTRIOT.
A l’Opéra...
c’est Mariol qui parle... Pendant que moi je foulais le bitume par devant, Sautriot donne des leçons dans la haute, et cependant en venant tous les trois en Russie avec toi, Louise, nous nous étions jui é de rester inséparable. . . La nécessité nous a divisés; mais puisque moi seul je suis libre de demeurer auprès de toi, j’y resterai, nom d’une pipe!., quand je devrais te servir de domestique, et voilà!... 11 a bien fallu se soumettre et le laisser faire.
SAUTRIOT.
Je comprends cela... Mais je ne vois pas notre chère Louise.
(il cnlr’ouvrc l.i poitc üii magasin. — On entend le cri des demoiselles: A/t/
monsieur Sautriot ! )
AMA.NDA.
Mademoiselle Louise sort tous les jom’s de très-bonne heure. Mais elle devrait déjà être rentrée.
SAUTRIOT, bas avec malice.
Elle est sans doute avec Lucien, son amoui’eux.
AMAISUA.
Oh ! vous n’avez pas besoin de baisser la voix pom' parler de ça. . . Allez!. . c’est connu maintenant.
SAUTRIOT.
Ah bah!
AMA.NDA.
Pardine!. . ils se sont expliqués. . . ils se sont tout avoué!. . . Et ma foi, au premier jour la noce!.. . Vous en serez, monsieur Sautriot?...
SAUTniOT.
Cette question!... Ah! cependant... pom-vu que mes leçons m’en laissent le temps. . . Par bonheur, voici la saison d’éte, et mes élèves vont aiu îles.
A-M.ANDA
Aux îles? •:
SAUTRIOI-
Comment, vous ne savez pas cela? Les îles... ces endroits marécageux situés aux portes de Saint-Pétersbourg, et qu’on a convertis avec des peines infinies et des sommes énormes, en ^ jolies résidences d’été. C’est charmant, mais peu solide... Que de soins il faut pour les garantir pendant l’hiver ! Si vous saviez!. . . on les met sous verre comme des joujoux. On les empaquète. . . et l’été venu, ou défait le paquet et l’on tire la maison ' ci
de campagne de son étui. . . voilà ! , n