ACTE I
ALEXIS
Merci, mademoiselle; quoi qu^’il arrive, me vous restiez à Saint-Pétersbourg ou que vous soyez obligée de retourner en France, n'oubliez pas... [à Ma riol] ni vos ni vous^ (juc si
vous avez besoin du prince Alexis, il est franchement et complètement à votre service.
MAIUOL.
Ah ! prince... je... je... je vais vous ouvrir la porte.
PIERRE, assez haut pour être entendu.
Est-ce là le langage d’un seigneur russe ?
ALEXIS
Ah! vous me blâmez, monsieur Pierre BorilofT... vous êtes du parti ultra, vous?... Pas de concessions, n’est-ce pas? alors, (Etes donc aussi: point de progrès, point d’avenir... alors, supprimez d’un seul coup l’histoire, cette histoire glorieuse où l’on voit la France en lutte contre vingt peuples divers, sur cent cinijuante champs de bataille, faire jaillir partout sur le sol arrose de son sang et au profit des nations barbares, la civilisation, les arts, la lumière !
PIERRE, avec umotiou.
Prince Alexis Mouriatéguine, je ne sais qu’une chose, moi, c’est que je suis né à Saint-Pétersbourg, et que Sa Majesté le czar est mon maître.
ALEXIS
Monsieur Pierre Boriloff, à votre tour, sachez-le bien, je ne suis ni un de ces Russes prétentieux qui, voulant se donner un ail’ plus élégant, plus civilisé, affectent ou un profond dédain ou une ridicule réserve lorsqu’ils parlent de leur pays ; je ne suis pas non plus de ceux qu’un excès de zèle pour ïe service du maître pousse à des rigueurs exagérées, à de ridicules rodomontades, à un puritanisme laioucne ; cet orgueil n’est tolérable que chez un peuple libre... quand on se montre fier par flatterie, la cause me fait haïr l’effet. — Ce que je suis, je vais vous le dire : — en serrant la main de ces braves gens qui représentent à mes yeux un grand peuple, un gouvernement national, un règne respectable et respecté, et en lem- offrant mon amitié, moi. Russe et tout aussi Russe que vous, croyez-le, eh bien ! eu faisant cela, je suis un philosophe... peut-être un prophète, et dans tous les cas un homme de cœur !... Adieu, monsieur... mesdames... (xMarioi ci aux ouvrières. ) Au revoir, mes enfants...