OUI.ITA
.Mon Dieu !...
LE PRINCE
Pauvre Joë! Je me souviens encore de la dernière chasse que nous fimes ensemble... C'est à la fois un triste et charmant souvenir. Jugez-en : — Nous étions assis au bord de laDoura, cachés par un feuillage épais de sapins et de bouleau.^... A quelques pas de nous... vinrent s’asseoir deu.v jeunes gens, deux amoureux, sans doute; ils semblaient préoccupés et tristes... En les apercevant Joë devint pâle, il voulut se lever; je liniis signe de se rasseoir. 11 obéit silencieusement. La jeune fille se mit à pleurer. Le soigneur, car c’était un seigneur, ne songea pas à essuyer ses larmes... Tout à coup une voix se fit entendre au loin. «On m’appelle! s’écria la jeune fille. Adieu! adieu!...» Elle se mit à courir; puis, tout aussitôt, revenant sur ses pas : — «Tiens, dit-elle d’une voix émue, voici des gennandrées, de Pespargoutte, de pâles bluets attachés avec un brin d’herbe... tu le ■' suis, chez nous, ces fleurs sont l’emblème de l’amour constant. . . garde donc ce bouquet; garde-le toujours en souvenir de moi... » Et la jeune fille disparut ; ensuite...
OL'LITA.
Achevez !
LE PRINCE
Ensuite, le jeune seigneui* resta quelques moments debout; il n’était pas ému, lui... il était impatient... A la fin, il haussa les épaules, regarda le bouquet avec dédain, le laissa tomber... et s’éloigna à grands pas...
OL'LITA.
Ah!
LOUISE et AMANÜA.
Pauvre femme ! .
LE PRINCE
Duant à Joë, il pleurait... 11 alla ramasser le bouquet, le contempla tristement et le présentant à son compagnon : — « Moii- • .seigneur, dit-il, puisque vous daignez vous intéresser <à moi, consei*vez-le; vous le rendrez à... à la jeune fille, quand vous «■roirez le moment venu de la désabuser... » Le seigneur allenclri prit le bouquet; il l'emporta... et depuis ce jour, il l’a reii-
gieusement conservé. Maintenant, prononcez, Oulita : l’instant est-il venu de rendre à celle qui l’a cueilli le bouquet jeté par l'ingrat Nicolaï Pétrowitch, ramassé par le pauvre Joë et gardé
par un ami?... (n lui présente le buuquct <|ue le domestique a rapporté discrètement.)
OUUTA, le preaaiit avec émotion.
Monseigneur, merci! vous m’avez fait mal... (Avec fermeté.) Mais je guérirai... Merci !... Comment vous témoigner ma reconnaissance?...
LE PRINCE
En accordant, à votre tour, un peu de pitié à cette jeune fille qui plem’c et qui souffre comme vous avez souffert et pleuré.
OULITA, à Louise.
Venez, venez donc, mademoiselle ; et si je puis vous être utile, comptez désormais sur tout mon dévouement... Venez!... (Louise
congédie Amanda, qui s'éloigue par le fond. — Oulita entre sans difliculté dans la prison avec Louise, qui, de loin, envoie des remerciments an prince. Pendant la scène qui précède , on a vu BestuebeS désigner avec colère Louise à un homme du peuple.)