ACTE I
PAUL
Et, si je t’avais trouvé, je ne serais pas venu jusqu’ici.
MACLOU
Parle vite, Paul, parle vite !
PAUL
Tu vas m’accuser... me condamner?...
MACLOU
Moi, t’accuser?... Ohîquetume connais mal!
PAUL
C’est que j’ai tort, je le sens, envers cette pauvre Thérèse, qui pense toujours à moi... qui m’aime toujours, n’est-ce pas?
MACLCU.
Peut-être bien!... Ces jeunes filles, ça a l’esprit si contrariant !
PAUL
Mais ce n’est pas ma faute... ç’a été plus fort que moi.
MACLOU
Pardine ! est-ce qu’on est maître de ça !
PAUL
Et puis... sept années!
MACLOU
C’est bien long !
p ALU.
Quand j’ai quitté le village, Thérèse était encore une enfant. MACLOU.
Oh ! tu ne la reconnaîtrais pas ! Elle est si changée !... Pas en bien par exemple.
PAUL
Est-ce qu’elle n’est plus jolie?
MACLOU
Hum ! ça dépend des goûts.
PAUL
Mon inconstance la désolera... mais, si je te racontais...
MACLOU
Oh! oui!... oh! oui!... raconte?
PAUL
C’est une chose bien extraordinaire, va!
MACLOU
Tant mieux ! j’aime beaucoup les choses extraordinaires.
PAUL
Figure-toi...
.MACLOU, vivement.
Ah ! je devine ! Tu as toujours été un brin ambitieux ; quand nous jouions à la bataille, lu voulais sans cesse être le général... Tu auras fait, à Paris, une belle conquête... quelque chose de hupé?
PAUL
Oui.
MACLOU
Peut-être ben la fille d’un épicier eu gros?
PAUL
Ah! Maclou... plus brillant que ça!
MACLOU
Plus brillant ! c’est la fille d’un orfèvre, hein?
PAUL
Tu auras beau chercher, tu ne trouveras pas.
MACLOU
. C’est donc bien magnifique?... Voyons, dis, dis vite!
PAUL
Pas ici... pas sous la fenêtre de Thérèse... Si elle venait à m’entendre...
MACLOU
C’est juste; filons ailleurs. (En montant adroite.) Viens, Paul. (Mathurine paraît, venant de la gauche du fond.) Ah ! mon Dieu!... v’ià la tante.