‹ Le masque de velours vaudeville en deux actesChapitre 30 sur 60 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

LA MARQUISE

Trouves-en une meilleure ! Ambitieux et vain, ton prétendu t’abandonne et t’offense pour courir après une grande dame qui, sans le savoir, et sans le vouloir surtout, a causé l’inconstance qui désole sa sœur chérie ; toutes les circonstances se réunissent pour favoriser un projet de vengeance bizarre, romanesque, qui doit assurer ton bonheur, et satisfaire mon goû.t pour les aventures singulières... Dans cette terre, que je viens d’acheter, je suis entièrement étrangère... Ton perfide ne peut reconnaître ton visage et n'a jamais vu le mien : je te donne un nom, uu titre, je te prête mon château, mes parures et je te rends ton amoureux. Un billet lui annonce que la grande dame, touchée de sa passion, consent à l'épouser; et, le soir, sans éclat, sans bruit, dans ta chapelle du château. Il accourt heureux, enchanté... C’est toi qu’il trouve; tu signes ton vrai nom sur l’acte de mariage, que nous avons soin de ne pas laisser entre ses mains; et voilà, depuis huit jours, monsieur Paul Hubert bien et dûment l’époux de celle qu’il a trahie, quand il croit être le mari d’une comtesse ! Ainsi, je punis un infidèle, je répare mes torts, je te venge et je m’amuse ! M’est-ce pas à la fois une bonne plaisanterie et une bonne action? Est-ce que je pouvais balancer?

THERESE

Mais pourquoi vous déguiser aussi, vous?

LA MARQUISE

Pour avoir un rôle dans la comédie, et pour être toujours là, afin de te surveiller ; car souvent ta résolution fléchit. . . et tu oublies trop que tu joues une comtesse...

Air de la Bouquetière du roi.

'Je vois que dan* ton âme La pitié se glissa ;

Mais une grande dame Est moins faillie oui-da !

Dans son galant martyre Si bientôt ton époux Se jette à tes genoux,

Thérèse, il faut en rire. ,

Ah ! ah ! ah ! ah 1 Ma sœur,

Défends ton cœur Et punis un trompeur !

Non, non, non, non,

Pas de pardon Si prompt !

Affront pour affront!

Montre-toi rebelle,

Montre-toi cruelle t Siche refuser Le moindre baiser!

Oui, plus ta vengeance Aura de constance Et plus^os amours Auront de beaux jours. .

Plus sur vos amours Luiront de beaux jours!

THÉRÈSE

Quelquefois, il est vrai, j’ai pitié de sa folie ; puis, vous le diraisje, au milieu de l'éblouissement que lui cause sa situation nouvelle, souvent il a l’air triste ; il paraît m’aimer; et depuis huit jours que nous sommes mariés, il n'a pu me voir un instant seule; vous me forcez de le tenir à distance ; mon appartement lui est interdit, et il doit s’en étonner... car enfin c’est un peu étrange.

LA MARQUISE, souriant.

Et ça t’ennuie ?

THÉRÈSE

Je ne dis pas cela.

Je n’ai pas besoin que tu me le dises pour le savoir ; mais, rassuretoi, il n’en sera pas toujours ainsi !

THÉRÈSE

Et cette bonne dame Mathurine qui ne sait pas ce que je suis devenue !

LA MARQUISE

Tu la reverras.

THÉRÈSE

Quand?

LA MARQUISE

Peut-être aujourd’hui même. Elle sait qüe son neveu a épousé la comtesse de Sarliac.

THÉRÈSE

Oui, c’est le nom que vous m’avez fait prendre.

LA MARQUISE

C’est celui de cette terre, et tu l’as donné à ton mari. Je ne pouvais pas vous prêter le mien.

THÉRÈSE

Je comprends... à cause du vieux baron.

LA MARQUISE

Précisément ! il était impossible de lui montrer la marquise de Femelles mariée, à lui qui prétend l’épouser ou la ruiner.

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